La contribution à l’OTAN est faite de sacrifices, pas seulement d’argent

Le premier ministre Justin Trudeau rencontre le président de la Lettonie, Egils Levits, aujourd’hui à Londres, au Royaume-Uni. Apprenez davantage à propos de leur rencontre. [Bureau du premier ministre du Canada]
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Le premier ministre Justin Trudeau, qui n’a pu éviter les questions posées par Donald Trump sur les dépenses militaires du Canada alors que les deux dirigeants sont actuellement à Londres à l’occasion de la réunion des dirigeants de l’OTAN, a souligné la contribution du Canada à l’OTAN, s’entretenant d’ailleurs aussi avec Egils Levits, le président de la Lettonie, où le Canada dirige un groupement tactique de présence avancée renforcée de l’OTAN .

Le président letton a remercié le premier ministre Trudeau pour le leadership canadien du groupement tactique de présence avancée renforcée de l’OTAN en Lettonie et pour la contribution du Canada au Centre d’excellence pour la communication stratégique de l’OTAN à Riga.

Le premier ministre Trudeau a quant à lui exprimé la reconnaissance du Canada pour le soutien chaleureux de la Lettonie à l’égard des membres des Forces armées canadiennes affectés à cette mission.

Passation de commandement du Groupement tactique multinational de la présence avancée renforcée en Lettonie, le 9 janvier 2019 (FAC)

Le premier ministre canadien et le président letton ont discuté lors de leur rencontre du rôle crucial de l’OTAN dans la sécurité transatlantique et des importantes contributions qu’elle apporte à l’ordre international fondé sur des règles, en sa qualité d’alliance politico-militaire la plus fructueuse de l’histoire.

Le premier ministre Trudeau et le président Levits ont également échangé leurs points de vue concernant les problèmes liés à la sécurité, notamment les cybermenaces et la désinformation sur le Web, qui représentent une importante part du travail qu’accomplissent les Canada et les autres alliés de l’OTAN au Centre d’excellence pour la communication stratégique.

La contribution canadienne à l’OTAN

Le Canada dirige non seulement le groupement tactique de la présence avancée renforcée de l’OTAN en Lettonie, où 600 soldats canadiens sont déployés pour contrer la menace russe, mais aussi la mission de l’OTAN en Irak et un groupe maritime de l’OTAN.

Le premier ministre Trudeau a donc souligné aujourd’hui à Donald Trump que le Canada, en participant à toutes les missions de l’OTAN, dont celles en cours en Lettonie et en Irak, n’hésite pas lui non plus à placer ses soldats dans des situations dangereuses (in harm’s way).

Par ailleurs, le président français Emmanuel Macron, qui n’a pas manqué d’évoquer le sacrifice des soldats français en Irak, en Syrie et au Sahel, a rappelé lui aussi à Donald Trump que les dépenses militaires ne sont pas tout quand on parle de contribution à la paix et à la sécurité.

La coordination stratégique et les sacrifices sont tout aussi importants.

Par ailleurs, le président américain a profité de la conférence de presse commune qui a suivi sa rencontre avec le premier ministre canadien en marge du sommet pour rappeler qu’il avait glissé un mot en faveur des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor, accusés d’espionnage en Chine, lors d’une rencontre avec le président chinois Xi cet été. Un «mot» qui, semble-t-il, n’a jusqu’ici pas beaucoup changé la situation des deux ressortissants canadiens.

Trump sera-t-il un jour satisfait ?

Quant aux dépenses du gouvernement canadien en matière de défense nationale, même si elles n’atteignent encore pas l’objectif de 2% que se sont fixés les Alliés, le président américain a dû reconnaître les efforts et le progrès du Canada à cet égard.

Certes, les 29 pays membres de l’Alliance ont convenu en 2014 de consacrer 2 % de leur produit intérieur brut à la défense d’ici 2024 et peu atteignent ce seuil à l’heure actuelle.

Mais, alors que Donald Trump ne cessait de mettre de la pression sur les Alliés pour qu’ils augmentent leurs dépenses militaires, avec l’espoir non dissimulé que, ce faisant, ils achètent davantage de matériel américain, les dépenses en défense du Canada ont augmenté de 70 % depuis 10 ans, représentant aujourd’hui 1,4 % du p.i.b et se rapprochant de l’objectif de 2%.

Les libéraux ont par ailleurs modifié en 2017 la façon dont le gouvernement calcule ses dépenses militaires, pour inclure, notamment, les programmes pour anciens combattants et la Garde côtière canadienne. Un changement comptable qui a été approuvé par l’OTAN.

Avant la réunion des dirigeants de l’OTAN à Londres, le secrétaire général Jens Stoltenberg avait de son côté annoncé vendredi 29 novembre 2019 les détails de l’augmentation importante des dépenses de défense du Canada et des Alliés. Les dépenses consacrées à la défense par les Alliés européens et le Canada ont augmenté en termes réels de 4,6%, avait alors indiqué le secrétaire général de l’OTAN, ce qui en fait la cinquième année consécutive de croissance.

Le secrétaire général de l’OTAN avait également révélé que, d’ici la fin de 2020, les alliés auront investi 130 milliards de dollars supplémentaires depuis 2016. Selon ses dernières estimations, l’augmentation cumulée des dépenses de défense à la fin de 2024 sera de 400 milliards de dollars.

« C’est un progrès sans précédent et cela renforce l’OTAN. », avait alors déclaré Jen Stoltenberg.

Toutefois, Trump affirme maintenant que le seuil de 2 % du PIB pour les dépenses en défense est insuffisant à ses yeux, et qu’il faudrait plutôt l’établir à 4 %, évoquant l’idée d’adopter des sanctions commerciales contre les pays qui n’y parviendraient pas, citant à plusieurs reprises le cas de l’Allemagne, tout en oubliant commodément les autres formes de contribution à la paix et à la sécurité mondiale, comme l’aide internationale ou l’accueil par l’Allemagne de près d’un million de réfugiés quand la situation devenait explosive dans les pays limitrophes de la Syrie en guerre.

Mais, comme l’accueil de réfugiés ne profite pas à l’industrie américaine de la défense…