Le Canada se retire temporairement de l’Irak, mais reste engagé à soutenir la stabilité dans la région

Un militaire du 408e Escadron tactique d’hélicoptères se prépare au déploiement à Erbil, en Irak, depuis Edmonton, en Alberta, le 17 avril 2017. Archives/(Capt Donna Riguidel/FAC)
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Dans une «lettre aux Canadiens» publiée aujourd’hui, le chef d’état-major de la Défense, le général Jonathan Vance, a indiqué que les Forces armées canadiennes allaient déplacer temporairement certains de ses soldats de l’Irak vers le Koweït.

Les Forces armées canadiennes suspendent pour le moment donc leur efforts, tant en ce qui a trait aux effectifs œuvrant au sein de la mission de l’OTAN qu’opération IMPACT.

Nous reproduisons ici intégralement la version française de la lettre du général Vance.

Une lettre aux Canadiens du général Jonathan Vance, CEMD, au sujet de notre personnel déployé au Moyen-Orient.

Pour nos familles,

Les nouvelles qui nous proviennent du Moyen‑Orient sont alarmantes pour bon nombre d’entre vous. J’ai donc jugé préférable de communiquer directement avec vous pour faire le point sur les missions menées par le Canada dans la région et surtout, l’état et le bien-être des membres de votre famille et de vos amis en déploiement en Irak, au Koweït et ailleurs dans la région.

D’abord et avant tout, je vous assure que l’on a pris toutes les mesures de protection de la force requises qui étaient possibles. La sûreté et la sécurité du personnel des Forces armées canadiennes (FAC) constituent ma priorité, ainsi que celle de mes hauts dirigeants. Au quotidien, nous continuons d’explorer, de réexaminer et de modifier les mesures de protection de la force, le cas échéant.

En réponse aux événements survenus dernièrement, les FAC, en collaboration avec leurs partenaires internationaux, ont suspendu temporairement leurs efforts déployés en Irak dans le cadre de l’opération IMPACT et de la mission de l’OTAN en Irak. Puisque la situation en Irak est complexe, il vaut mieux interrompre les activités que nous menons là-bas de sorte à pouvoir concentrer entièrement notre attention et nos efforts sur la sûreté et la sécurité de notre personnel tandis que la situation évolue.

Quelque 800 militaires se trouvent dans la région, dont environ 500 en Irak. Certains prennent part à l’opération IMPACT, tandis que d’autres participent à la mission de l’OTAN en Irak, deux missions distinctes. Au cours des prochains jours, des effectifs quitteront temporairement l’Irak pour s’installer au Koweït, grâce aux efforts de planification déployés par la Coalition et l’OTAN. En termes simples, nous prenons ces mesures pour veiller à la sûreté et à la sécurité de nos effectifs. Il en va de même pour la mission de l’OTAN en Irak.‎ Au moment où nous modifions notre position, nous devons suspendre toute indemnité de retour au domicile (congé) et toute rotation de personnel entamant ou achevant un déploiement.

Malgré la pause opérationnelle en Irak, nous poursuivons notre mission au Moyen‑Orient par l’intermédiaire de multiples autres opérations dans la région. Naturellement, le travail que nous accomplissons dans le cadre de ces missions et l’avenir des opérations en Irak dépendent du maintien d’un environnement opérationnel suffisamment sécuritaire et productif.Au cours des jours et des semaines qui suivront, les dirigeants des Forces armées canadiennes communiqueront de nouveau avec vous, et aussi souvent qu’il le faudra, pour veiller à ce que vous soyez au fait de l’état de vos proches au sein des FAC. Je vous remercie du soutien continu que vous apportez aux personnes prenant part à un déploiement au service du Canada.Je vous prie d’accepter l’expression de mes sentiments distingués.

J.H. Vance
Général
Chef d’état-major de la Défense

Le Canada compte environ 800 militaires se trouvent dans la région, dont 500 soldats en Irak, incluant les 220 qui oeuvrent au sein de la mission de l’OTAN dirigée par la major-générale canadienne Jennie Carignan.

Toutes les troupes des puissances occidentales en Irak sont sur le qui-vive depuis la mort du général iranien Qassem Soleimani, tué par un drone américain ce week-end.

L’OTAN avait déjà suspendu ses opérations d’entraînement en Irak, avait indiqué samedi le porte-parole de l’Alliance nord-atlantique.

«Dans tout ce que nous faisons, la sécurité de notre personnel est primordiale. En tant que tel, nous avons temporairement suspendu notre formation sur le terrain, et nous prenons toutes les précautions nécessaires pour protéger notre personnel. Cela comprend le repositionnement temporaire de certains membres du personnel à l’intérieur et à l’extérieur de l’Irak.», avait alors expliqué le responsable de l’OTAN à 45eNord.ca, sans pouvoir, bien sûr «entrer dans les détails opérationnels pour protéger la sécurité [du] personnel sur le terrain».

Et dimanche, le Parlement irakien a demandé au gouvernement de «mettre fin à la présence des troupes étrangères» en Irak, lors d’une séance extraordinaire en présence du premier ministre démissionnaire Adel Abdel Mahdi.

En principe, la résolution n’est pas contraignante et il reste maintenant à voir comment les autorités irakiennes comptent la mettre en oeuvre, mais, chose certaine, rien ne peut plus être comme avant la frappe américaine qui a éliminé le général iranien Qassem Soleimani vendredi dernier alors qu’il rendait visite aux dirigeants irakiens.

Hier, les ambassadeurs des 29 pays membres de l’OTAN, réunis au QG de l’Alliance dès 15h (heure de Bruxelles) pour discuter de l’avenir de la mission en Irak, commandée actuellement par la major-général canadienne Jennie Carignan, et de la situation au Moyen-Orient, ont maintenu la décision de suspendre temporairement la mission, entraînant le repositionnement du personnel.

L’engagement continu du Canada envers un Irak stable et pour la défaite durable de Daech n’est pas pour autant oublié, mais aujourd’hui, tous focalisent sur la sécurité du personnel et la nécessité d’une désescalade, expliquait le ministre.

La décision que vient d’annoncer le chef d’état-major de la Défense suit l’exemple de l’Allemagne, la Croatie et la Roumanie  et de plusieurs autres alliés qui ont également retiré certaines de leurs troupes.

Si le retrait temporaire annoncé par le général Vance peut y contribuer, tout en assurant la sécurité des hommes et femmes en uniforme que le Canada déploient dans cette région du monde, tant mieux.

Ce retrait canadien préfigure-t-il un retrait américain ?

Une lettre envoyée par erreur lundi par l’armée américaine suggérait que la coalition anti-Daech, dont le Canada fait partie, s’apprêtait à plier bagage et quitter le pays.

Le secrétaire américain à la Défense, Mark Esper, et le chef de l’état-major américain, Mark Milley, ont insisté qu’aucune décision n’a été prise, mais une seule chose est sûre après le cafouillage de lundi soir autour d’une lettre envoyée aux Irakiens puis présentée comme un « brouillon »: l’option d’un départ des Américains, qui s’étaient déjà retirés en 2011 après huit ans d’occupation, est maintenant sur la table.

Le Canada déclare rester engagé à soutenir la stabilité en Irak et à poursuivre la lutte contre Daech

Malgré cela, le Canada déclare rester engagé à soutenir la stabilité en Irak et à poursuivre la lutte contre Daech.

Le premier ministre Justin Trudeau, qui s’est entretenu avec le secrétaire général de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), Jens Stoltenberg, avait assuré clairement hier que le Canada restait engagé à soutenir la stabilité en Irak et à poursuivre la lutte contre Daech.

Le premier ministre et le secrétaire général ont discuté lundi de la situation actuelle en Irak. Ils ont souligné qu’il est important de réduire les tensions ainsi que de soutenir la sécurité et la stabilité en Irak et dans l’ensemble de la région, notamment en poursuivant la lutte contre Daech. Ils ont convenu du rôle important que joue la mission de formation de l’OTAN dans le renforcement de la capacité de l’Irak en matière de sécurité.

Mais le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, s’est toutefois déclaré prêt à recommencer l’entraînement des forces irakiennes quand la situation le permettra.

Le premier ministre Justin Trudeau s’est également entretenu hier avec le président du Conseil européen, Charles Michel.

Les deux dirigeants ont discuté de la situation en Irak. Ils ont souligné l’importance de réduire les tensions et de forger un dialogue, et ils ont appelé toutes les parties à faire preuve de retenue. Ils ont convenu de l’importance de la lutte en cours contre Daech et des efforts déployés pour promouvoir l’unité et la stabilité en Irak.

Le premier ministre Trudeau et le président Michel ont également exprimé leur soutien commun à la poursuite du Plan d’action global conjoint (PAGC), précisant que le Plan est essentiel à la sécurité régionale et mondiale.

Les dirigeants ont convenu que le Canada et l’Union européenne continueront donc de travailler ensemble et avec d’autres partenaires internationaux pour favoriser la stabilité dans la région, en espérant qu’il n’y ait pas d’autres mauvaises surprises de la taille de celle qui nous a amené à la crise actuelle.