Crash en Iran: «justice sera faite», promet Trudeau aux familles des victimes

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau lors d'une cérémonie en mémoire des victimes canadiennes du crash en Iran d'un avion ukrainien, le 12 janvier 2020 à Edmonton, au Canada. [AFP]
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« Nous ne nous arrêterons pas tant que justice ne sera pas faite » pour les familles des victimes canadiennes du crash en Iran, a promis dimanche le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, très ému, lors d’une cérémonie d’hommage à Edmonton (ouest).

« Vous devez vous sentir insupportablement seuls, mais vous ne l’êtes pas », a estimé le chef du gouvernement. 

« Tout le pays est à vos côtés, ce soir, demain et pour les années à venir », a-t-il déclaré devant quelque 1.700 personnes réunies dans un gymnase de l’université d’Edmonton, dans l’ouest du pays. Plus de la moitié des 57 victimes de l’accident vivaient en Alberta, dont 13 dans la seule ville d’Edmonton, selon les médias canadiens.

« Vous nous donnez la détermination de demander en votre nom que justice soit faite et que des comptes soient rendus », a-t-il ajouté devant une assistance souvent en larmes.

« Nous continuerons de travailler avec nos partenaires pour faire en sorte qu’une enquête transparente et complète soit menée », a réaffirmé le Premier ministre. « Nous ne nous arrêterons pas tant que nous n’aurons pas obtenu de réponses » à nos questions, a-t-il ajouté.

M. Trudeau exige depuis plusieurs jours une « enquête complète et transparente » après le crash du Boeing 737-800 de la compagnie Ukraine Airlines International, à bord duquel 176 personnes, parmi lesquelles 57 Canadiens, ont trouvé la mort.

La veille, après que l’Iran a reconnu avoir abattu par erreur l’avion, Justin Trudeau s’était dit « furieux et scandalisé ». Il avait demandé au président iranien de faire « toute la lumière » sur la catastrophe et d’en « assumer l’entière responsabilité », y compris sous la forme de compensations financières pour les familles.

« Choqués et scandalisés »

« Tous les Canadiens ont eu le cœur brisé », tous ont été « choqués et scandalisés », a-t-il réaffirmé dimanche.

« Cette tragédie a frappé la communauté irano-canadienne, laissé des villes comme Edmonton sous le choc, mais c’était sincèrement une tragédie canadienne », a estimé Justin Trudeau évoquant des témoignages « déchirants » de familles de victimes qu’il a rencontrées ces derniers jours.

Quelques heures plus tôt, plusieurs milliers de personnes s’étaient rassemblées à l’université de Toronto (sud-est) pour une autre cérémonie d’hommages aux victimes. Plusieurs proches y ont exprimé leur tristesse et leur colère.

« C’est une histoire qui interpelle les gens, les immigrants qui ont des espoirs et des rêves. Ils ont travaillé très dur, c’était des gens qui ont réussi et ils arrivent ici pour être abattus en plein vol », accuse Ali Esnaashani, 30 ans, interrogé par l’AFP.

« Je suis en colère » et « triste », explique-t-il. « Mais je me sens aussi inspiré de voir la communauté se rassembler comme cela », ajoute-t-il. 

Le Canada héberge l’une des plus importantes diasporas iraniennes d’Amérique du Nord, avec 210.000 Canadiens d’origine iranienne recensés en 2016, selon les chiffres officiels.

Sur l’estrade, Mehrdad Ariannejad, à la tête de l’organisation pour le dialogue culturel irano-canadien Tirgan, a pleuré au début de son discours. « Le choc a fait place au chagrin et à la colère », explique-t-il. 

« Nous devons exiger justice des autorités de la République islamique, des réponses et des compensations pour la négligence et le manque de respect pour la vie humaine qui ont conduit à cette tragédie », dit-il.

Le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Xavier Champagne, a pour sa part annoncé dans la journée que l’Iran avait délivré huit nouveaux visas dimanche pour l’équipe canadienne composée de 10 représentants consulaires et deux enquêteurs du Bureau de la sécurité des transports (BST). Celle-ci devrait être à pied d’oeuvre à Téhéran « d’ici mardi », selon lui.

Trois premiers membres de cette équipe sont arrivés à Téhéran dans la nuit de samedi à dimanche, comme l’avait annoncé samedi M. Trudeau.

Les deux enquêteurs du Bureau de la sécurité des transports (BST), qui étaient également en attente à Ankara, ont obtenu leur visa et devraient rejoindre Téhéran lundi, a-t-il précisé.

Crash en Iran: Téhéran dément toute « tentative d’étouffer l’affaire »

Carte et données du déroulé du vol PS-752 de la compagnie aérienne ukrainienne et de son crash près de Téhéran le 8 janvier. [AFP]

Le gouvernement iranien a nié lundi avoir tenté « d’étouffer » la responsabilité des autorités dans le drame de l’avion de ligne ukrainien abattu par erreur le 8 janvier près de Téhéran.

« En ces jours de tristesse, des critiques ont été adressées aux responsables et aux autorités du pays. Certains responsables ont même été accusés de mensonge et de tentative d’étouffer l’affaire, alors que vraiment, honnêtement, cela n’a pas été le cas », a déclaré à la presse le porte-parole du gouvernement, Ali Rabii.

« La vérité est que nous n’avons pas menti. Mentir, c’est travestir la vérité, intentionnellement et sciemment. Mentir, c’est étouffer des informations. Mentir, c’est connaître un fait et ne pas le dire ou déformer la réalité » sur ce fait, a ajouté M. Rabii.

« Ce que nous avons dit jeudi (…) était basé (…) sur les renseignements qui avaient été présentés à l’ensemble du gouvernement selon lesquels il n’y avait aucun rapport entre l’accident et un (tir de) missile », a encore dit ce responsable.Les forces armées iraniennes ont reconnu samedi leur responsabilité dans le drame du vol PS572 d’Ukraine International Airlines abattu le 8 janvier avant le lever du jour très vite après avoir décollé de Téhéran.

Jeudi et vendredi, l’Organisation de l’aviation civile iranienne et le gouvernement ont nié l’hypothèse que l’avion ait pu être abattu par un missile, avancée dès mercredi soir par Ottawa.

Les 176 personnes à bord de l’avion, des Iraniens et des Canadiens en majorité, ont péri dans la catastrophe.

L’annonce de la responsabilité des forces armées a créé un choc en Iran et une vague d’indignation.

Dès samedi soir, une cérémonie d’hommage aux victimes dans une université de Téhéran a viré à la manifestation contre les autorités, aux cris de « morts aux menteurs », avant d’être dispersée par la police.

Dimanche soir, de nouveau, des rassemblements de colère -d’une ampleur difficile à évaluer- ont eu lieu à Téhéran selon des vidéos publiées sur les réseaux sociaux et qui n’ont pu être authentifiées immédiatement.

Manifestations en Iran: la police a reçu des consignes de « retenue »

Des étudiants iraniens défilent en hommage aux victimes du crash d’un Boeing ukrainien, le 11 janvier 2020 à Téhéran. [AFP]

Le chef de la police de Téhéran a déclaré lundi avoir reçu des consignes de « retenue » face aux manifestations de colère contre les autorités observées depuis samedi soir après que l’Iran a reconnu avoir abattu par erreur un avion civil ukrainien.

« La police a traité les personnes qui se sont rassemblées avec patience et tolérance. La police n’a pas du tout tiré sur les rassemblements parce que la retenue était à l’ordre du jour des policiers de la capitale », a déclaré le général Hossein Rahimi dans des propos publiés par la télévision d’Etat.

Les forces armées iraniennes ont reconnu samedi que le vol PS572 d’Ukraine International Airlines tombé le 8 janvier après son décollage de Téhéran avait été abattu par un missile tiré « par erreur » alors que la défense du pays était en état d’alerte de niveau « guerre » par crainte d’une attaque américaine.

L’annonce de la responsabilité des forces armées a créé un choc en Iran et une vague d’indignation.

Dès samedi soir, une cérémonie d’hommage aux victimes dans une université de Téhéran a viré à la manifestation contre les autorités, aux cris de « mort aux menteurs », avant d’être dispersée par la police.

Dimanche soir, de nouveau, des rassemblements de colère, d’une ampleur difficile à évaluer, ont eu lieu

Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux et qui n’ont pu être authentifiées immédiatement laissent penser que plusieurs personnes pourraient avoir été blessées par des tirs de grenades lacrymogènes.