Le NORAD repère deux Tu-160 Blackjack dans la zone d’identification de défense aérienne du Canada

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Le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord déclare par voie de communiqué aujourd’hui avoir identifié positivement deux bombardiers russes Tu-160 Blackjack entrant dans la zone d’identification de défense aérienne du Canada le vendredi 31 janvier 2020.

Le Tu-160 est un bombardier stratégique datant de l’ère soviétique construit par Tupolev pendant la guerre froide pour l’arsenal nucléaire de la Russie. Ses ailes sont à géométrie variable. Il est le plus gros avion supersonique au monde et le plus lourd avion de combat au monde.

La flotte russe de Tu-160 fait l’objet de mises à niveau des systèmes électroniques depuis le début des années 2000, le programme de modernisation ayant livré le premier avion mis à jour en décembre 2014.

Ce vendredi 31 janvier, l’avion russe est resté dans l’espace aérien international et à aucun moment il n’a pénétré dans l’espace aérien souverain américain ou canadien, indique le NORAD.

« Nos adversaires continuent de jouer des muscles avec leurs systèmes d’armes à longue portée et de s’engager dans des efforts de plus en plus agressifs, incluant les approches vers les États-Unis et le Canada », a déclaré le général Terrence J. O’Shaughnessy, commandant du NORAD. «Le NORAD est motivé par une seule priorité inflexible: défendre les États-Unis et le Canada, nos pays d’origine, contre les attaques.»

Le NORAD utilise un réseau de défense par couches composé de radars, de satellites et d’avions de chasse pour identifier les aéronefs et déterminer la réponse appropriée, rappelle le communiqué du Commandement de la défense aérospatiale.

Le Commandement de la défense aérospatiale, comme toujours, a voulu se faire rassurant.

L’identification et la surveillance des aéronefs entrant dans une ADIZ (zone d’identification de défense aérienne ) américaine ou canadienne illustrent bien comment le NORAD exécute ses missions d’alerte aérospatiale et de contrôle aérospatial pour les États-Unis et le Canada.

Le NORAD est un commandement binational axé sur la défense des États-Unis et du Canada, la réponse aux menaces aérospatiales potentielles ne fait pas de distinction entre les deux nations et fait appel aux forces des deux pays, ne manque pas de souligner le communiqué.

Mais cet événement ramène dans l’actualité les nombreux avertissement de responsables militaires canadiens et américains, dont le général O’Shaughnessy lui-même, selon lesquels la technologie sur laquelle repose le système NORAD est obsolète.

Pour sa part, le commodore canadien Jamie Clarke, directeur adjoint de la stratégie du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, a déclaré aussi récemment que cette semaine que le NORAD ne peut pas identifier et suivre les bombardiers russes à longue portée avant qu’ils ne soient suffisamment proches pour lancer des missiles sur le continent.

On ne cesse de parler de la modernisation du NORASD depuis plusieurs années, un projet de plusieurs milliards de dollars, mais, jusqu’ici, on ne voit rien venir.

La dernière fois que la technologie de NORAD a été sérieusement mise à niveau remonte aux années 80, avant la fin de la guerre froide.

Les États-Unis ont toutefois intégré pour leur part la capacité de tirer sur les missiles entrants au milieu des années 2000, mais le Canada a refusé de participer à ce programme.

Le bouclier antimissile américain

À bord de l’USS VINCENNES (CG-49) des membres d’équipage surveillent les radars (Archives/Tim Masterson/US Navy)

Si une bombe est largué depuis un avion, c’est le NORAD [États-Unis et Canada] qui intervient, mais, dans le cas de missiles balistiques, c’est le NORTHCOM [États-Unis seulement].

Le Canada a décidé en 2005 de ne pas participer au bouclier antimissile américain et maintient depuis ce refus.

Si le Canada devait subir une attaque de missiles balistiques, le pays serait donc vulnérable! Rien dans l’arsenal canadien ne permettrait actuellement de contrer une attaque de ce genre,

Certes, même si nous ne avons refusé de participer au programme de bouclier antimissile américain, les États-unis pourraient intercepter un missile en direction du Canada, même sans accord les y contraignant, mais ils n’ont aucune obligation d’intervenir sur le champ, malgré l’article 5 de l’OTAN stipulant qu’une attaque contre un pays membre de l’OTAN est une attaque contre tous.

Une participation canadienne, au contraire, obligerait les États-Unis à abattre sur le champ tout missile qui se dirigerait vers le Canada.

Les opposants à la participation canadienne au bouclier anti-missile expliquent quant à eux leur refus par la conviction que cela ne ferait qu’envenimer la situation et qu’Ottawa devrait concentrer plutôt ses énergies sur le front diplomatique… faisant fi de l’adage Si vis pacempara bellum.