Le Parlement irakien réclame l’expulsion des troupes étrangères du pays

Des députés iraniens ont scandé « Mort aux États-Unis » tout en levant les poings lors d'une réunion à Téhéran, dimanche.. [AFP]
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Le Parlement irakien a demandé dimanche au gouvernement de «mettre fin à la présence des troupes étrangères» en Irak, lors d’une séance extraordinaire en présence du premier ministre démissionnaire Adel Abdel Mahdi.


Mise à jour 05/01/2020, 21h15

Donald Trump a menacé dimanche l’Irak de «très fortes» sanctions si les troupes américaines étaient contraintes de quitter le pays, après le vote dimanche du Parlement irakien pour réclamer leur expulsion.

«S’ils nous demandent effectivement de partir, si nous ne le faisons pas sur une base très amicale, nous leur imposerons des sanctions comme ils n’en ont jamais vu auparavant », a déclaré le président américain à bord d’Air Force One, de retour de Floride où il était en vacances. «Elles feront apparaître les sanctions contre l’Iran comme presque faibles», a-t-il ajouté.

«Nous avons une base aérienne extraordinairement chère là-bas. Elle a coûté des milliards de dollars à construire. Nous ne partirons pas s’ils ne nous remboursent pas», a-t-il encore dit.


Le Parlement irakien a réclamé dimanche au gouvernement ni plus ni moins que l’expulsion des troupes étrangères, visant particulièrement les troupes américaines américaines du pays, où une faction pro-iran a appelé les soldats irakiens à s’éloigner des bases où se trouvent les forces américaines, faisant redouter plus de violence encore.

Le Parlement irakien devait décider aujourd’hui du sort des 5.200 soldats américains sur son sol que les factions pro-Iran se disent prêtes à attaquer, malgré les menaces de Washington qui dit avoir sélectionné 52 sites en Iran à frapper « très rapidement et très durement ».

Les 329 députés ne se sont toutefois pas tous présentés. Malgré les menaces des pro-Iran contre les «traîtres» qui ne voteront pas comme eux, la cinquantaine de députés kurdes n’était pas là, a constaté un correspondant de l’AFP. Les sunnites, comme eux, traînaient des pieds pour tenter de sauvegarder une présence américaine qui contrebalance l’influence grandissante de l’Iran dans le pays.

Faute de quorum, la cloche du Parlement a sonné depuis plusieurs heures avant que la séance ne soit ouverte.

«Si le Parlement ne prend pas la décision qu’il faut face aux agressions américaines contre la souveraineté […] ses séances et ses décisions ne vaudront plus rien», avait prévenu Qaïs al-Khazali, un des chefs du Hachd inscrit cette semaine sur la liste des «terroristes» de Washington.

Finalement, le premier ministre démissionnaire Adel Abdel Mahdi a dénoncé «un assassinat politique» de Soleimani et de Mouhandis, qui ne laisse plus que deux choix: «appeler les troupes étrangères à partir immédiatement ou revoir leur mandat par un processus parlementaire».

Alors que les 168 députés présents –sur 329– réclamaient un vote, le chef du Parlement Mohammed al-Halboussi a lu alors une décision qui «contraint le gouvernement à préserver la souveraineté du pays en retirant sa demande d’aide» adressée à la communauté internationale pour combattre le groupe Etat islamique (EI) –et donc à retirer son invitation à la coalition internationale, annonçant «décision adoptée!» avant de se retirer.

Interrogé sur la décision du Parlement irakien alors que la nouvelle venait à peine de tomber,le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo a tenté de minimiser l’importance de la décision, soulignant que le premier ministre était démissionnaire et affirmant qu’il faisait face à «d’immenses menaces de la part» des dirigeants iraniens.  

«Nous sommes convaincus que les Irakiens veulent que les États-Unis restent là-bas pour mener le combat anti-terroriste. Et nous continuerons à faire tout le nécessaire pour protéger l’Amérique», a ajouté le chef de la diplomatie américaine.

Les États-Unis ont actuellement 5200 militaires déployés en Irak, officiellement pour «assister et former» l’armée irakienne, et pour éviter une résurgence du groupe État islamique. Leurs effectifs globaux au Proche-Orient s’élèvent à environ 60 000 personnes.

La coalition antidjihadistes emmenée par les États-Unis a annoncé dimanche « suspendre » l’entraînement des forces irakiennes et le combat contre le groupe État islamique (EI) afin de « protéger les bases irakiennes qui accueillent [ses] troupes ».

Par peur des représailles, l’Otan a pour sa part suspendu ses opérations en Irak.

Le Conseil de l’Atlantique Nord se penchera sur la situation dans la région lundi 6 janvier 2019. Le Secrétaire général a décidé de convoquer la réunion des ambassadeurs de l’OTAN à l’issue de consultations avec les Alliés.

Pas encore fixé sur le sort des soldats canadiens.

Il y a quelques heures, le premier ministre irakien Adel Abdel Mahdi s’est entretenu avec le président français Emmanuel Macron pour tenter de trouver un compromis qui sauvegarderait la souveraineté irakienne bafouée par l’administration Trump sans trop sacrifier la lutte contre Daech.

Un peu plus tôt, il avait reçu, a-t-il écrit sur son compte Twitter «un appel du ministre britannique des Affaires étrangères pour discuter de l’évolution de la situation et des tensions dans la région et des graves répercussions de la confrontation militaire.»

Pour l’instant, alors que nous ne savons pas comment le gouvernement irakien compte mettre en oeuvre la résolution du Parlement, le gouvernement canadien a dit pour sa part suivre de près l’évolution de la situation.

Todd Lane, le porte-parole du ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan, s’esdt refusé à indiqué si des plans sont en préparation ou non afin de faire sortir le personnel militaire canadien de l’Irak.

Il faudra voir l’évolution de la situation.

Il n’y a pas que la résolution du Parlement ou sa mise en oeuvre par le gouvernement irakien qui comptent, il faudra voir également à quels dangers réels s’exposent nos militaires.

On ne peut pas leur demander d’accomplir une mission «advise and assist» en plein chaos alors que toutes leurs ressources et leur énergie devront être consacrées à la protection de la force.

«Nous continuons de surveiller et d’évaluer la situation. Nous restons en étroite coordination avec nos partenaires internationaux», a conclut Todd Lane. «Notre objectif reste un Irak uni et stable. Nous voulons empêcher le retour de Daech».

Nonobstant la résolution du Parlement, notre ambassadeur à Bagdad, Ulric Shannon, a pour sa part demandé au gouvernement irakien de trouver une solution pour mettre fin au ciblage des forces de l’OTAN en Irak.

Éloignez-vous des soldats américains, enjoignent les pro-Iran

A l’issue de cette séance au Parlement, une autre échéance a été fixée par les pro-Iran quant à la présence des soldats irakiens près des sites ou sont présents des soldats américains. 

Les Brigades du Hezbollah, la faction la plus radicale du Hachd, ont appelé les soldats irakiens à s’éloigner « d’au moins 1.000 mètres » des sites où sont présents des soldats américains à partir de 14H00 GMT.

Le Hachd a appelé ses combattants à se « tenir prêts », tandis qu’un de ses leaders, Qaïs al-Khazali, inscrit cette semaine sur la liste des « terroristes » de Washington a délaissé sa tenue de dignitaire religieux pour l’uniforme militaire.

Le leader chiite irakien Moqtada Sadr, terreur des Américains durant l’occupation de l’Irak de 2003 à 2011 a lui réactivé sa milice.

Depuis l’assassinat dans un raid américain vendredi du général iranien, architecte de la stratégie iranienne au Moyen-Orient, et d’Abou Mehdi al-Mouhandis, l’homme de l’Iran en Irak et numéro deux du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires pro-Iran intégrés aux forces de sécurité, le monde entier redoute la déflagration.

D’un côté, Téhéran crie « vengeance » et menace d’une réponse « militaire », de l’autre, le président américain Donald Trump menace de détruire 52 sites iraniens –autant que le nombre d’Américains otages pendant plus d’un an dans l’ambassade américaine à Téhéran en 1979.

Depuis plus de deux mois, des dizaines de roquettes se sont abattues sur des zones où se trouvent diplomates et militaires américains. Elles ont tué fin décembre un sous-traitant américain, dans ce que les experts qualifient de guerre par procuration entre l’Iran et les Etats-Unis sur le sol irakien.

Mais après la mort de Soleimani, « ce n’est plus une guerre par procuration, c’est une guerre directe », assure à l’AFP Erica Gaston, spécialiste de l’Iran à la New America Foundation.

Samedi, les appels à la vengeance avaient fusé au milieu des drapeaux américains en feu dans des défilés de dizaines de milliers d’Iraniens en pleurs à Téhéran, ou d’Irakiens se frappant la poitrine à Bagdad ainsi qu’à Kerbala et Najaf, deux villes saintes au sud de la capitale.

En présence du Premier ministre démissionnaire Adel Abdel Mahdi et de commandants du Hachd, les cercueils des dix morts de vendredi ont été portés par des foules en Irak où l’assassinat de Soleimani a créé un consensus rare contre les Etats-Unis dans un pays secoué depuis des mois par une révolte notamment contre la mainmise de l’Iran.

*Avec AFP