Palestiniens et colons israéliens dans l’attente fébrile du plan américain

Des Palestiniens manifestent contre l'annonce d'un plan de paix américain, dans un camp de réfugiés palestiniens, dans le centre de la bande de Gaza, le 28 janvier 2020. [AFP]
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Rejet palestinien, stress chez les colons israéliens: les acteurs du conflit israélo-palestinien attendent mardi les détails du plan de Washington pour le Moyen-Orient, qui pourrait raviver des hostilités restées à l’ombre des autres soubresauts régionaux depuis près d’une décennie.

Le président américain Donald Trump, qui a reçu dès lundi à Washington son « ami » le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le chef de l’opposition israélienne Benny Gantz, doit dévoiler vers 17H00 GMT (19H00 locale) son projet.

Dans les grandes villes palestiniennes de la bande de Gaza et à Naplouse et Ramallah, en Cisjordanie occupée, des manifestations sont prévues pour protester contre l’annonce de M. Trump, en cette journée sensible, et devraient continuer de nuit.

A Ramallah, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, doit en outre diriger en soirée une réunion « d’urgence » des factions palestiniennes, qui ont déjà rejeté le plan américain, jugé à l’inverse « historique » par MM. Netanyahu et Gantz.

Selon les Palestiniens, le plan comprendrait entre autres l’annexion des colonies israéliennes en Cisjordanie et de la vallée du Jourdain, zone agricole et stratégique comptant pour environ 30% de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis des décennies.

L’armée israélienne a annoncé mardi avoir décidé « de déployer des renforts dans la vallée du Jourdain avec des troupes d’infanterie ».

Le projet américain prévoit aussi la reconnaissance officielle par toutes les parties de Jérusalem comme seule capitale d’Israël, selon les Palestiniens, qui veulent eux faire de Jérusalem-Est, partie de la ville occupée depuis 1967 par Israël puis annexée, la capitale du futur Etat auquel ils aspirent.

« Pas de discussion »

Fait assez rare, le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle Gaza et est hostile au Fatah laïc de M. Abbas au pouvoir en Cisjordanie, participera à la réunion de Ramallah.

« Nous avons invité le Hamas à la rencontre d’urgence de la direction palestinienne et ils seront présents », a déclaré mardi à l’AFP un haut responsable palestinien, Azzam al-Ahmed.

Un cadre du Hamas, Nasser al-Din al-Shaar, a confirmé la présence du mouvement.

Les Palestiniens ont déjà appelé la communauté internationale à boycotter le projet américain, dont Mahmoud Abbas a refusé de discuter avec Donald Trump, jugé trop favorable à Israël.

« Il n’y aura pas de discussion avec les Américains tant qu’ils ne reconnaîtront pas la solution à deux Etats », soit un Etat palestinien viable aux côtés d’Israël, a indiqué un responsable palestinien requérant l’anonymat.

Les Palestiniens doivent aussi tenir des discussions avec des responsables des Etats arabes afin de formaliser les réactions de chacun au projet américain, qui doit être dévoilé au moment où Israël montre des signes de rapprochement avec certaines monarchies du Golfe, dont l’Arabie Saoudite.

Colons vs. Etat palestinien  

Selon des détails du plan ayant fuité dans la presse israélienne, les Etats-Unis prévoient la création d’un petit Etat palestinien « démilitarisé », ce qui suscite de vives craintes dans le mouvement procolonisation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Aujourd’hui, quelque 600.000 personnes vivent dans les colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, un mouvement qui a pris de l’essor sous Benjamin Netanyahu –au pouvoir sans discontinuer depuis une décennie– et plus particulièrement depuis l’arrivée de son allié Donald Trump à la Maison Blanche.

Le parti israélien de droite radicale Yamina « s’opposera totalement à la création d’un Etat palestinien et à toute renonciation y compris d’un centimètre de la terre de notre pays », a déclaré cette semaine le ministre de la Défense Naftali Bennett, un des ténors du parti. 

« En cas d’annexion (des localités juives) nous soutiendrons ce plan, sinon, nous nous y opposerons », a-t-il prévenu.

Des responsables des colonies israéliennes ont fait le voyage à Washington pour discuter du plan américain.

« Nous sommes vraiment perturbés. Nous ne pouvons souscrire à un plan prévoyant la création d’un Etat palestinien qui poserait une menace à la sécurité d’Israël et menacerait notre futur », a déclaré mardi le président du Conseil régional des colonies en Cisjordanie, David Ehhayani.

Manifestations à Gaza contre le plan de paix américain

Des Palestinians manifestent le 28 janvier 2020 à Gaza, avant l’annonce du plan de paix américain. [AFP]

Plusieurs milliers de personnes manifestent mardi dans la ville de Gaza contre le plan de paix que Washington doit dévoiler dans la journée, censé régler le conflit israélo-palestinien mais déjà rejeté par les Palestiniens.

Scandant « le plan ne passera pas », les manifestants ont brûlé des pneus, des drapeaux américains et des portraits du président américain Donald Trump. 

A Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, des contestataires ont brandi des drapeaux palestiniens et piétiné des portraits de Donald Trump.

Des rassemblements sont également prévus à Naplouse et Ramallah en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967 par Israël, et devraient se poursuivre dans la nuit.

La bande de Gaza, dont Israël s’est retiré en 2005, est une enclave appauvrie gouvernée depuis 2007 par le mouvement islamiste Hamas.

Le Hamas et Israël se sont livré trois guerres depuis cette date.