Un fusil d’assaut, 1 650 cartouches: l’ex-réserviste canadien proche des néonazis rêvait d’attentats

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L’ancien réserviste des Forces canadiennes Patrik Jordan Mathews, 27 ans, arrêté jeudi 16 janvier par la police fédérale américaine en compagnie de deux autres hommes s’est filmé en plaidant pour l’assassinat de personnes, l’empoisonnement de l’eau potable et le déraillement de trains, a soutenu mardi un procureur du Maryland.


Mise à jour, 22/01/2020, 16h55

Comme il fallait s’y attendre, Mathews, dont le risque qu’il pourrait tenter d’échapper à la justice est très grand, restera détenu au moins jusqu’à l’audience préliminaire prévue le 30 janvier.

Le juge Timothy Sullivan de la United States District Court, District du Maryland à Greenbelt, a refusé de fixer une caution pour la libération de Mathews, qui se trouve aux États-Unis illégalement, n’a aucun lien avec les États-Unis et fait face à de graves accusations qui découlent de son rôle dans un complot présumé pour semer la violence et la mort, notamment lors d’un rassemblement pro-armes plus tôt cette semaine en Virginie – un complot qui relève selon le procureur américain adjoint, Thomas Windom, du terrorisme domestique.

Ses comparses, Brian Lemley et William Bilbrough restent aussi détenus.


Des agents de la police fédérale américaine (FBI) ont arrêté jeudi dernier Patrik Jordan Mathews et deux hommes du Maryland – Brian Mark Lemley Jr., 33 ans, et William Garfield Bilbrough IV, 19 ans –, dans le cadre de leur enquête plus large sur le groupe «The Base». Les autorités de Géorgie et du Wisconsin ont également arrêté quatre autres hommes liés à ce groupe.

L’ADL, l’Anti Defamation League, qui se donne pour mission le «combat toute forme d’intolérance, la défense défend des idéaux démocratiques et la sauvegarde les droits civiques pour tous», indique que des membres de «The Base» et d’autres groupes suprémacistes blancs ont fréquemment publié en ligne des messages prônant «l’accélérationnisme», un courant marginal de l’extrême droite qui militerait pour «l’accélération de l’effondrement de la société actuelle».

Selon la plainte déposée en Cour, dans des forums de discussion cryptés de «The Base», les membres discutent, entre autres, du recrutement, de la création d’un ethno-État blanc, de commettre des actes de violence contre les communautés minoritaires (y compris les Afro-Américains et les Juifs-Américains), l’organisation camps d’entraînement de style militaire et façons de fabriquer des engins explosifs improvisés. Lemley a précédemment servi comme éclaireur de cavalerie dans l’armée des États-Unis et, en août 2019, Mathews, citoyen canadien aux États-Unis illégalement, était ingénieur de combat dans la Réserve de l’Armée canadienne.

Une caméra cachée a enregistré des membres de ce violent groupe suprémaciste blanc qui espéraient que des actes violents lors d’un rassemblement pour les armes à feu en Virginie cette semaine mènent à une guerre civile, soutiennent des procureurs fédéraux américains dans leur requête écrite.

Dans une vidéo tournée le mois dernier, M. Mathews parlait de ce rassemblement en Virginie comme d’une formidable occasion. «Le fait est que vous avez là des tonnes de gars qui, en théorie, devraient être suffisamment radicalisés pour que tout ce que vous ayez à faire, c’est de commencer à faire du grabuge pour que ça puisse dégénérer en une guerre civile», dit-il sur la vidéo, selon les procureurs américains.

Patrik Jordan Mathews ne savait pas que des enquêteurs américains épiaient sa conversation avec deux autres membres du groupe. Le trio parlait alors d’assister au rassemblement en Virginie, qui a attiré lundi à Richmond des dizaines de milliers de personnes et s’est terminé dans le calme.

Selon l’affidavit déposé en Cour, en décembre 2019, Lemley et Mathews ont utilisé du matériel commandé par Lemley, ainsi que d’autres pièces d’armes à feu, pour fabriquer un fusil d’assaut fonctionnel. Toujours en décembre, Lemley, Mathews et Bilbrough auraient tenté de fabriquer également une substance contrôlée, le DMT, dans l’appartement de Lemley and Mathews. Mathews aurait également montré le fusil d’assaut à Bilbrough, qui l’a examiné et l’a rendu à Mathews.

En janvier 2020, toujours selon l’affidavit, Lemley et Mathews ont acheté environ 1 650 cartouches de 5,56 mm et 6,5 mm; voyagé du Delaware à un champ de tir dans le Maryland, où ils se sont exercé au tir avec le fusil d’assaut; et récupéré des porte-plaques (pour soutenir les gilets pare-balles) et au moins une partie des munitions achetées à la résidence antérieure de Lemley dans le Maryland.

Mathews et Lemley sont accusés d’avoir transporté une arme à feu et des munitions avec l’intention de commettre un crime. Lemley est aussi accusé d’avoir transporté une mitrailleuse et d’avoir donné une arme à feu et des munitions à un étranger entré illégalement aux États-Unis. Bilbrough est accusé d’avoir transporté et hébergé un étranger en situation illégale.

Les procureurs demandent à un tribunal du Maryland de maintenir en détention le Canadien de 27 ans et deux autres membres du groupe «The Base», tous arrêtés la semaine dernière.

Des audiences pour la libération sous caution de MM. Mathews et Bilbrough sont prévues aujourd’hui en Cour fédérale à Greenbelt, au Maryland.

L’armée canadienne avait ouvert une enquête en août 2019 sur Mathews, soupçonné d’appartenir à un groupe néo-nazi après avoir été vu en train de coller des affiches appelant les suprémacistes blancs à se préparer à une guerre raciale.

Le sapeur de combat au 38e Groupe-brigade du Canada à Winnipeg, qui avait aussi fait l’objet ce mois là d’un article dans le «Winnipeg Free Press», qui le liait augroupe néonazi «The Base», avait été relevé de ses fonctions, mais, quelques jours plus tard, le 24 août, il avait été porté disparu.

Son camion avait ensuite été retrouvé sur une propriété rurale dans le sud du Manitoba, près de la frontière américaine, ce qui laissait croire qu’il était entré aux États-Unis.

Toujours selon l’affidavit déposé à l’appui de la plainte criminelle, le 19 août 2019, Mathews a illégalement traversé du Canada aux les États-Unis près de la frontière entre le Manitoba et le Minnesota. Le 30 août 2019, Lemley et Bilbrough auraient, eux, conduit du Maryland au Michigan pour aller chercher Mathews, et les trois hommes sont retournés au Maryland le 31 août 2019.

*Avec AP