Vol d’équipement au JTF2: le coupable viré des Forces armées canadiennes

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Le caporal Pedro Collier, affecté à l’unité antiterroriste de la Force opérationnelle interarmées 2 (JTF2) à l’installation des forces spéciales canadiennes à Dwyer Hill, à une cinquantaine de kilomètres d’Ottawa, qui a été reconnu coupable en août de possession de biens volés dépassant 5 000 $ et de possession d’un appareil prohibé, a été libéré des Forces armées canadiennes.

Entre décembre 2015 et mars 2017, Collier a volé pour environ 23 000 $ d’équipement des forces spéciales, y compris des vestes, un GPS, des sacs à dos, des montres, une tente, un chargeur solaire, un ventilateur, des ensembles de cuisine, des chandails à capuchon, des générateurs, des scies, des bottes et une pochette pour transporter des chargeurs d’armes à feu. Il s’est également emparé de deux chargeurs de fusils C7, capables de contenir 30 balles, ainsi que de centaines de cartouches de munitions.

«À la suite de la condamnation du caporal Pedro Collier, les Forces armées canadiennes ont procédé à un examen administratif du dossier du militaire afin de déterminer la mesure administrative la plus appropriée à prendre», a expliqué le porte-parole militaire, le Major Amber Bineau, ajoutant que «Pour respecter la vie privée de ce membre des FAC, nous ne divulguerons pas les détails de la libération.»

Culture du vol au COMFOSCAN ?

Il a été révélé en Cour que le caporal Collier a indiqué la police qu’il y avait une culture du vol répandue au sein du Commandement des Forces d’opérations spéciales du Canada.

Le Commandement des Forces d’opérations spéciales du Canada ou COMFOSCAN, à la tête des forces spéciales des Forces armées canadiennes, est responsable d’opérations de contre-terrorisme et des tâches de haute importance comme des opérations de contre-prolifération, de reconnaissance spéciale et d’action directe au Canada ou à l’étranger.

Il comprend la Force opérationnelle interarmées 2 (le fameux JTF2), une unité de lutte contre le terrorisme et d’opérations spéciales à Ottawa; il comprend aussile 427e Escadron d’opérations spéciales d’aviation et le Régiment d’opérations spéciales du Canada, tous deux à Petawawa, en Ontario, et l’Unité interarmées d’intervention en cas d’incident, une organisation basée à Trenton, en Ontario, qui traite des armes de destruction massive.

La police militaire et le Service national des enquêtes des Forces armées continuent donc d’enquêter sur plusieurs autres membres du COMFOSCAN pour leur participation à des comportements semblables.

Collier, quant à lui, outre être sa libération des Forces armées, a été condamné d’une peine avec sursis et d’une mise à l’épreuve (probation) de 12 mois. Il a aussi remboursé 4 000 $ et fait don de 1 000 $ à une œuvre de bienfaisance.

Vendu sur e-Bay

La police militaire a inculpé le caporal Collier le 29 octobre 2018. On ne sait pas exactement comment le caporal a pu prendre tout cet équipement de la base de la Force opérationnelle interarmées 2 à Dwyer Hill sans être détecté, mais, en tant que technicien d’approvisionnement, il aurait eu accès à une grande partie de l’inventaire de l’unité.

Avant son arrestation, le militaire avait commencé à vendre certains des objets sur eBay. Au total, il a vendu pour environ 4 000 $ d’équipement.

Selon ce qu’on a pu apprendre en Cour, le stratagème de Collier a commencé à s’effondrer lorsque le 3 mars 2017, un autre membre du COMFOSCAN a découvert que quelqu’un vendait du matériel sur eBay qui ressemblait à l’équipement remis aux troupes des forces spéciales canadiennes, selon le document du tribunal. Le COMFOSCAN affirme pour sa part qu’à cette époque, son personnel de gestion de l’approvisionnement avait remarqué des écarts dans son inventaire et avait commencé à faire des vérifications pour essayer de comprendre si l’équipement manquait ou avait été égaré ou mal étiqueté.

Après que des rumeurs ont commencé à circuler parmi les soldats des forces spéciales selon lesquelles une enquête avait été ouverte, Collier a avoué avoir pris les articles sur son lieu de travail. Il a également révélé à la police l’emplacement du matériel qu’il n’avait pas encore vendu. À aucun moment Collier n’a toutefois vendu ou tenté de vendre des armes.

Le caporal était membre des Forces canadiennes depuis 2005 et s’était joint aux forces spéciales en 2015.

Au cours des trois dernières années, la police militaire a mené six autres enquêtes sur des vols présumés au COMFOSCAN. Dans deux cas, le matériel avait été égaré; dans trois cas, aucun suspect n’a été identifié ou il n’y avait pas suffisamment de preuves pour porter des accusations, et dans un autre cas, une accusation a été portée mais a été abandonnée lorsque la personne a quitté les Forces canadiennes.

En outre, au cours de la même période, deux enquêtes ont été entreprises par les unités elles-mêmes au sein du commandement des forces spéciales. Dans un cas, il a été allégué qu’un membre du COMFOSCAN avait pris un article d’un autre soldat des forces spéciales, mais aucune accusation n’a été portée. Dans un autre cas, il a été déterminé que les actions d’un membre du COMFOSCAN ne constituaient pas une infraction, mais des mesures administratives ont néanmoins été prises contre la personne.

Les achats d’équipement du commandement des forces spéciales sont beaucoup plus faibles en quantité et en coût que les Forces canadiennes régulières, mais ses unités ont tendance à acquérir une technologie de pointe, ce qui, en cas de vol, peut rerpésenter un problème de sécurité plus grand.