Afghanistan : la trêve partielle se maintient malgré quelques attaques

Des forces de sécurité afghanes après un attentat suicide à l'entrée d'une académie militaire à Kaboul, le 11 février 2020. [AFP]
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La trêve partielle d’une semaine entre les talibans, les États-Unis et les forces afghanes, démarrée samedi, tenait encore mardi, pour son quatrième jour, avec une forte diminution des attaques des insurgés, a-t-on appris auprès de sources sécuritaires.  

«Le nombre d’attaques ennemies a baissé comparé à avant» la diminution des combats, a déclaré à l’AFP Nasrat Rahimi, le porte-parole du ministère de l’Intérieur.

Selon une source sécuritaire interrogée par l’AFP sous couvert d’anonymat, les attaques talibanes ont chuté d’en moyenne 75 à 15 par jour depuis le début de la trêve partielle. 

Cinq membres des forces de sécurité afghanes ont toutefois été tués mardi dans des attaques talibanes, dont une embuscade dans la province de Ghazni (Est) et deux explosions d’engins dans les provinces de Farah (Ouest) et Zaboul (Sud), a observé M. Rahimi.  

Les talibans ont revendiqué deux de ces trois attaques, via leur porte-parole Zabihullah Mujahid sur Twitter.  

Ces attaques n’ont cependant pas suffi à mettre fin à la « réduction des violences » entrée en vigueur samedi, une condition imposée par les États-Unis pour accepter de signer un accord avec les talibans visant au retrait de leurs troupes d’Afghanistan en échange de garanties sécuritaires.

Dans un premier temps, les troupes américaines passeraient de 12 000-13 000 à 8600 militaires en Afghanistan, selon Washington.

Le reste du contingent quitterait ensuite le pays progressivement si les talibans respectent leurs autres engagements, dont celui d’interdire que l’Afghanistan devienne un refuge pour djihadistes souhaitant frapper à l’extérieur de ses frontières.  

Les forces américaines ont par ailleurs annoncé mardi la mort de quatre membres du groupe État islamique dans deux frappes aériennes dans la province de Kunar (est).

L’EI, présent depuis 2015 en Afghanistan, est un ennemi commun des États-Unis, des forces progouvernementales et des talibans.  

«Nous continuons à éliminer les terroristes de l’EI où qu’ils se cachent pour protéger l’Afghanistan tout en respectant l’accord US-Afghans-talibans visant à réduire la violence», a tweeté Sonny Leggett, un porte-parole des forces américaines.

Le gouvernement afghan avait déclaré en novembre la défaite de l’EI dans le pays, alors que le groupe avait été chassé de la province du Nangarhar (Est), son bastion historique. Une partie des membres du groupe se sont depuis réfugiés dans la province voisine du Kunar, alors que d’autres se sont rendus au gouvernement.  

La trêve «respectée», Washington entrevoit une opportunité «historique»

La trêve partielle inédite en Afghanistan était globalement respectée mardi à son quatrième jour, permettant aux Etats-Unis d’afficher leur optimisme sur la signature samedi d’un accord « historique » avec les talibans.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a toutefois lancé une mise en garde à peine voilée aux autorités de Kaboul, qui s’entredéchirent sur les résultats de la dernière élection présidentielle, afin qu’elles n’entravent pas cette « énorme opportunité politique ».

« Nous sommes à l’orée d’une opportunité historique pour la paix », a-t-il martelé mardi depuis Washington. « La réduction de la violence est respectée, de manière imparfaite mais ça fonctionne », a-t-il assuré, tandis que le chef des forces américaines en Afghanistan, le général Scott Miller, confirmait « une tendance à la baisse de la violence ».

A Kaboul aussi, le ministère de l’Intérieur a fait état d’une diminution des « attaques ennemies » depuis l’entrée en vigueur samedi de cette trêve partielle d’une semaine entre les Etats-Unis, les forces afghanes et les talibans.

Selon une source sécuritaire interrogée par l’AFP, les attaques talibanes ont chuté de 75 à 15 par jour en moyenne depuis le début de cette phase officiellement baptisée « réduction de la violence ». 

Cinq membres des forces de sécurité afghanes ont toutefois été tués mardi dans trois attaques attribuées aux talibans par le gouvernement. Les talibans ont explicitement revendiqué deux de ces trois attaques.

Ces incidents n’ont pas été considérés de nature à remettre en cause la trêve — « la première pause d’une semaine dans la violence concernant toutes les parties en 19 années de guerre », a souligné Mike Pompeo.

– « Voix des femmes » –

Si elle tient jusqu’à samedi, les Etats-Unis signeront avec les talibans à Doha, au Qatar, un accord négocié depuis un an et demi.

Ce texte doit permettre à l’armée américaine d’entamer son retrait voulu par Donald Trump, mais aussi par une grande partie de la classe politique et de l’opinion américaines: les troupes en Afghanistan passeraient dans un premier temps de 12.000 ou 13.000 soldats actuellement à 8.600, avant de nouveaux départs progressifs qui n’auront lieu que si les talibans respectent leurs propres engagements.

Les insurgés promettent en effet, en contrepartie au départ des Américains qu’ils réclament de longue date, de fournir des garanties sécuritaires en matière de contreterrorisme, et d’entamer immédiatement des négociations de paix directes sans précédent avec les autorités de Kaboul.

La paix elle-même, dans ce pays exsangue après tant d’années de conflits, ne découlerait donc pas de l’accord de samedi, mais de ces pourparlers interafghans qui s’annoncent compliqués tant la classe politique afghane apparaît divisée face aux talibans.

Le président sortant Ashraf Ghani a été proclamé la semaine dernière vainqueur de l’élection de septembre, mais le chef de l’exécutif Abdullah Abdullah conteste ces résultats et revendique aussi la victoire.

Les deux hommes prévoyaient initialement de prêter serment le même jour, jeudi, à la tête de gouvernements rivaux.

Un obstacle qui risquait de faire dérailler les efforts américains. Finalement, ils ont accepté de reporter leurs investitures respectives, selon Washington et le camp Abdullah.

Le département d’Etat américain a exhorté « toutes les parties » à s’unir pour mettre en place une délégation « pleinement représentative » pour négocier avec les talibans.

Fait notable, les Etats-Unis n’ont toujours pas félicité le président Ghani pour sa réélection, se bornant à « prendre acte » des résultats et des contestations.

Mais sans s’adresser à un camp en particulier, Mike Pompeo a prévenu tous ceux qui « veulent faire dérailler » le processus de paix, car ils ont « tout intérêt à préserver le statu quo »: « nous n’allons pas les laisser faire ».

Le chef de la diplomatie américaine s’est montré tout aussi évasif au sujet des droits humains, et particulièrement des droits des femmes, dont plusieurs acteurs de la société civile afghane s’inquiètent qu’ils soient en danger en cas de participation des talibans à de futures institutions.

« Notre mission est de faire en sorte que les Afghans parviennent à une solution qui soit une solution afghane », a-t-il éludé, se disant tout juste « confiant » quant au fait que ce processus permettra aux « voix des femmes » et « des minorités » de se faire entendre.