Avec un retrait d’Afghanistan, Trump veut tenir une promesse électorale

Des soldats américains dans la province afghane d'Helmand, le 27 août 2017. (AFP)
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Donald Trump est souvent accusé de se comporter sur la scène internationale comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, mais avec l’accord avec les talibans annoncé pour la semaine prochaine, il espère pouvoir tenir une importante promesse électorale, en pleine campagne présidentielle.

« C’est au président que revient le crédit » d’un accord, indiquait récemment un haut responsable de l’administration américaine, avant l’annonce vendredi d’une trêve partielle ouvrant la voie à des discussions inter-afghanes et un retrait des forces américaines du pays.

L’opinion américaine est très favorable à un retrait d’Afghanistan après plus de 18 ans d’un conflit meurtrier qui n’a pas permis d’infliger une défaite aux talibans mais qui continue de faire des victimes, en vain.

Les opposants à Donald Trump estiment que si la guerre prend fin, ce sera malgré la politique étrangère souvent imprévisible du président américain, et non grâce à elle.

Mais Donald Trump et ses partisans pourront argumenter avant les élections de novembre qu’il a tenu sa promesse de mettre fin à une guerre impopulaire.

« Le président appellera ça une victoire et retirera des forces américaines pour montrer qu’il a gagné et sa base applaudira », estime Robert Guttman, professeur à la Johns Hopkins University.

– Déstabilisateur en chef –

Comme il le fait dans son pays, le milliardaire républicain a cherché à déstabiliser ou tout simplement ignorer les dynamiques traditionnelles de la scène internationale. Il a couvert d’insultes les alliances les plus anciennes des Etats-Unis, avec les Européens et l’Otan, et a couvert de louanges les rivaux des Etats-Unis, la Russie et la Chine.

Avec son bagou de promoteur immobilier new-yorkais, Donald Trump a tenté de remporter des victoires diplomatiques que ses prédécesseurs considéraient comme impossible, avec un succès très mitigé.

Il pensait que sa touche personnelle débloquerait l’impasse avec la Corée du Nord, mais après trois rencontres historiques avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, Pyongyang n’a pas bougé sur son programme nucléaire.

Il pensait que sa campagne de « pression maximum » forcerait l’Iran à négocier: il a imposé des sanctions sévères au régime de Téhéran, s’est retiré d’un accord international qui avait permis de limiter les ambitions nucléaires du régime, et a même fait tuer le responsable militaire le plus influent du pays.

Mais là aussi, c’est l’impasse. Le président Trump a notamment avoué avoir envisager de bombarder des cibles iraniennes avant d’annuler l’opération à la dernière minute.

Il a promis de mettre un terme aux « guerres sans fin », sans succès jusque-là.

Une force réduite a reçu l’ordre de quitter la Syrie, pour ensuite se voir ordonner de rester, donnant un avantage stratégique énorme au régime syrien et à son allié russe.

Mais en Afghanistan, il pourrait enfin avoir trouvé ses marques.

– Des incertitudes –

L’annonce simultanée d’un accord par le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et par les talibans est une étape importante. 

Les deux parties espèrent signer un accord le 29 février, si la baisse des violences devant s’amorcer samedi et durer une semaine est concluante, ce qui constituerait un pas en avant historique en vue de pourparlers de paix en Afghanistan.

Les choses pourraient encore tourner mal, en partie à cause de la nature imprévisible de Donald Trump.

Pas plus tard qu’en septembre, Trump étonnait le monde entier en tweetant qu’il avait invité les talibans à Camp David. La rencontre avait été annulée.

Ses opposants l’avaient alors accusé d’avoir voulu réussir un coup politique en utilisant les pires ennemis des Etats-Unis.

Mais pour l’exécutif, c’est la décision brutale de M. Trump de suspendre les négociations qui a persuadé les talibans de faire plus d’efforts, pour convaincre les Etats-Unis qu’ils étaient sérieux.

« C’est le tweet du président et la décision qu’il a prise », a indiqué le haut responsable de l’administration. 

Mais pour le professeur Guttman, « avec Trump, rien n’est jamais certain, ni 100% vrai ».

Cela constitue néanmoins une belle histoire pour la campagne électorale, ajoute-t-il. « Trump va appeler ça une grande victoire et un super accord diplomatique que personne d’autre que lui n’aurait pu obtenir ».