En Irak, les campements de manifestants divisés sur le Premier ministre désigné

Un manifestant anti-gouvernement regarde une affiche avec le portrait du Premier ministre irakien désigné Mohammed Allawi, barré d'une croix, le 3 février 2020 sur la place Tahrir, à Bagdad. [AFP]
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Les manifestants sont divisés entre ceux soutenant le Premier ministre désigné Mohammed Allawi et ceux qui y sont opposés à Bagdad et dans le sud de l’Irak en révolte depuis plus de quatre mois, ont constaté lundi des journalistes de l’AFP.

M. Allawi a été nommé samedi par le président Barham Saleh, deux mois après la démission d’Adel Abdel Mahdi, poussé vers la sortie par le grand ayatollah Ali Sistani, figure tutélaire de la politique dans le pays.

La nomination de M. Allawi a toutefois été rejetée par les manifestants qui veulent mettre à bas l’ensemble du système politique et jugent ce politicien de 65 ans « trop proche de l’élite dirigeante » malgré ses promesses de répondre aux demandes clés de la contestation.  

Les partisans de l’influent et très versatile leader chiite Moqtada Sadr lui ont toutefois apporté leur soutien, un revirement qui fracture la révolte populaire. Malgré ce soutien, Sadr appelle ses fidèles à rester dans la rue, ajoutant à la tension.

Redoutant probablement des violences, les manifestants qui rejettent M. Allawi ont resserré leur campement sur Tahrir, ont indiqué des militants, regroupant les tentes les plus éloignées de l’épicentre de la contestation, déjà émaillée par plus de 480 morts, quasiment tous des manifestants.

« Je m’inquiète d’un affrontement » entre les deux camps, a ainsi affirmé à l’AFP lundi un manifestant sur Tahrir.

Il y a quelques jours déjà, des dizaines de sadristes avaient pris d’assaut le « restaurant turc », immense immeuble surplombant Tahrir, véritable « tour de contrôle de la révolution » occupé durant des mois par les manifestants. 

Ils en avaient chassé les jeunes installés depuis octobre et enlevé toutes les banderoles énumérant les revendications et conspuant les politiciens.

A Bassora, la grande ville du sud côtier, les étudiants ont déplacé leurs tentes pendant la nuit, s’éloignant de celles occupées par les sadristes, a constaté un journaliste de l’AFP.

« Si les sadristes s’approchent, ne les approchez pas, ne créez pas de problème », crachotait un haut-parleur.

Lundi, les sadristes –identifiables à leurs casquettes bleues– se sont déployés autour des écoles et des administrations à Kout et al-Hilla (sud) pour s’assurer qu’elles rouvriraient après des semaines de fermetures imposées par un fort mouvement de désobéissance civile, ont rapporté des journalistes de l’AFP.

M. Allawi, qui a été ministre des Télécommunications de 2006 à 2007 puis de 2010 à 2012, a un peu moins d’un mois pour former son gouvernement qui devra obtenir la confiance du Parlement.

Samedi soir, il a promis un gouvernement représentatif et des élections anticipées. Il a également assuré que justice serait rendue dans la mort des manifestants.