Le 6e Sens: le «super pouvoir» que confère la trace laissée par le stress post-traumatique

«Le sixième sens» au Théatre Denise Pelletier à Montréal, du 21 janvier au 8 février. [Josué Bertolino]
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Qu’elle soit issue d’une certitude ou née de l’influence médiatique, la conscience de la probabilité d’un danger, imminent ou non, ici ou ailleurs, est bien réelle.

Tristement, notre société sera probablement (encore) marquée par d’autres terribles événements (que l’on qualifiera de «terroristes» ou non).

Aborder la question du stress post traumatique résultant des nombreux «mass shootings» des dernières années, c’est le défi que s’est lancé Michelle Parent de Pirata Théâtre il y a deux ans.

Le résultat de son travail de création intitulé «Le sixième sens» est présenté au Théâtre Denise-Pelletier de Montréal depuis le

«Le sixième sens»

Sans mauvais jeu de mot, Michelle Parent a visé…et a tiré juste. Avec, j’oserais dire, la précision d’un snipper, elle change le mal de place. Sa grande force réside dans la perspective unique avec laquelle elle aborde un sujet sensible mais ô combien pertinent et actuel. Et ne vous attendez pas à 90 minutes de «je vais vous passer un message d’espoir en vous faisant brailler sur le comment-c’est-dure-pis-comment-j’ai-souffert-pis-voici-comment-on-trouve-son-bonheur-dans-la-grosse-peipeine».

D’emblée, la pièce bénéficie d’une couverture médiatique québécoise fort enviable (La Presse, Le Journal de Montréal, Radio-Canada Première, Le Devoir, etc..) dont je vous invite à prendre connaissance afin de saisir le contexte dans lequel s’inscrivent l’évèénement et la perspective artistique abordée. Ayant le privilège de faire partie de la distribution, je suis à même de constater que le public l’accueille avec autant d’émotions que d’enthousiasme.

Enfin, chère communauté militaire/vétéran, on parle aux civils dans un langage et sur un aspect avec lesquels vous êtes familier(e)s: on aborde les impacts de l’horreur des images véhiculées sur les réseaux sociaux que certains ont vues, que d’autres ont vécu. L’intelligence de la pièce, c’est que peu importe l’origine de nos blessures et de notre hypervigilance collective, chacun s’y reconnait..tout en reconnaissant tout le monde. Comme pour le stress post-traumatique, si chaque histoire est unique, la souffrance est la même. Et le message passe avec intelligence, subtilité, dynamisme et humour. Force est d’admettre que nous nous retrouvons aujourd’hui tous dans le même bateau.

«Le sixième sens» au Théatre Denise Pelletier à Montréal, du 21 janvier au 8 février. [Josué Bertolino]

«Fight, Fly ou Freeze»

Ainsi, l’expression «Fight,Flight Freeze» vous dit quelque chose? Assurément, si vous êtes constamment habité(e) par l’hypervigilance, l’état de danger imminent…il est fort à parier que ces réflexes coulent dans vos veines, telle une 2e nature. Mais est-ce que ceux que vous aimez le comprennent? Sont-ils en mesure de le reconnaître, chez-vous? Pour bien des gens qui liront ces mots, la réponse est «non». Le «game changer», c’est la prise de conscience de ces mêmes individus à réaliser que le fossé entre leur réalité (à titre de citoyens) et les réactions observables chez les vétérans impacté(e)s par un SPT n’est certainement pas aussi profond que l’on aurait tendance à croire. Surtout, force est d’admettre que notre 6e sens fait tous de nous, à sa façon, un superhéros.

Véritable point de jonction entre le stress post traumatique «civil» et «militaire» et entre les humains qui en sont fragilisés et un univers parallèle de super-héros, ici, le 6e Sens est le «super pouvoir» que confère la trace laissée par le SPT. Peut-être parce que justement, nous sommes immergés dans une réalité sociale et humaine que l’on ne peut difficilement ignorer: la peur inconsciente, constante, générée par tous les attentats qui frappent notre monde. Mais quand on fait la parallèle avec leur propre réalité, on les touche droit au cœur parce que, justement, tout le monde se reconnait, qu’on le veuille ou non, un pouvoir de superhéros. Dans chacun de nous se terre un petit «fight, fly ou freeze» latent, n’est-ce pas?

Ainsi, lorsque Xavier Malo (alias «The Runner») explique en toute candeur que lorsqu’il est confronté à une situation XYZ, il éprouve le besoin de courir et qu’à un moment donné, «il court, il court et «Pow!» Il se retrouve à courir et «Pow!», il se retrouve à courir «à côté de lui», il difficile de ne pas entendre et comprendre ce qu’est «la dissociation». A chaque fois que je l’entends, je pense à un de mes amis vétérans qui, déclenché, s’est mis à conduire sa voiture, conduire, conduire… pour se «réveiller» au bout de 3 jours, derrière son volant, sans savoir où il se trouvait, où il se dirigeait.

Les comédiens professionnels que vous reconnaîtrez certainement par leur CV artistique long- comme-le-bras, (Nathalie Claude , Joseph Martin -l’enquêteur Benoît Lahaie dans la 2e saison de Fugueuse-, Annie Vallin, Véronique Pascal, Mathieu Leroux, Xavier Malo) supportent admirablement les «comédiens non professionnels» directement touchés par le SPT: les frère Fred et Jean-Matthieu Ferland (des vétérans des Forces Armées Canadiennes dont je vous ai parlé de l’implication dans le «Project Alive- Projet Vivant et interprètent live quelques morceaux), Annie Ménard (une enseignante au secondaire victime des terribles inondations que le Québec a connu), Dave Courage (oui, c’est vraiment son nom!), victime de l’attentat du Métropolis de 2012, Salma Benzouda, une étudiante d’origine marocaine et moi-même.

Pour ma part, comme pour bien des aidant(e)s naturel(le)s, on dit de moi/mon personnage que «j’ai des fantômes dans le cœur qui me chuchotent des souvenirs qui ne m’appartiennent pas». C’est aussi ça, le SPT, par son syndrome vicariant qui teinte la vie de ceux et de celles qui aiment ceux qui sont blessés dans leur âme. «Le sixième sens», est une belle opportunité de faire parler les fantômes à ceux que vous aimez afin qu’ils comprennent –qu’ils vous comprennent- mieux.

Je suis très consciente que la pièce est présentée à Montréal et qu’en soit, c’est un défi pour plusieurs que de s’y rendre. Le théâtre Denise-Pelletier est assez facile d’accès et le stationnement gratuit est disponible à proximité. Si vous aimeriez y assister et occuper des sièges qui vous permettront d’apprécier davantage l’expérience (i.e avoir le dos protégé et être assis près de la sortie), je me suis organisée afin de réserver ces places pour la communauté militaire/vétéran qui en ont besoin. Il faudra me faire parvenir un courriel (jenny_migneault@yahoo.ca) et m’indiquer le nombre de places et les dates.. et comptez sur moi pour vous assurer une place ou vous vous sentirez le plus à l’aise possible. Les billets sont au coût de 36$.

Jusqu’au 8 février inclusivement, c’est à ne pas manquer!