Les Etats-Unis se préparent à signer un accord avec les talibans le 29 février déclare Pompeo

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo au départ d'une base en Arabie saoudite, le 20 février 2020. [AFP]
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Les Etats-Unis se préparent à signer un accord avec les talibans, à la condition d’une période de réduction des violences en Afghanistan, a annoncé vendredi le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo.

« Une fois (la réduction de la violence) mise en œuvre avec succès, la signature de l’accord entre les États-Unis et les talibans devrait aller de l’avant », a déclaré M. Pompeo dans un communiqué publié après sa visite en Arabie saoudite.

« Nous nous préparons à ce que la signature ait lieu le 29 février », a-t-il ajouté.

Cette date avait été avancée peu auparavant par un haut responsable afghan qui avait indiqué que la signature de l’accord aurait lieu dans la capitale qatarie, si la « réduction de la violence » annoncée par les Américains et les talibans est respectée.

Cette trêve partielle, qui doit durer une semaine mais ne semble pas avoir démarré –une attaque talibane contre l’armée afghane ayant été recensée dimanche dans le Nord–, a été conclue en vue de mener à la signature d’un accord entre Etats-Unis et talibans.

Elle marquera une étape importante dans le conflit en Afghanistan qui dure depuis 18 ans, dans le sillage des attentats du 11-Septembre.

Dans son communiqué, M. Pompeo a indiqué que des négociations interafghanes commenceraient peu après la signature de l’accord le 29 février.

Elles « s’appuieront sur cette étape fondamentale pour aboutir à un cessez-le-feu complet et permanent et à une future feuille de route politique pour l’Afghanistan », a-t-il dit.

Il a ajouté que des défis subsistaient, mais que les progrès réalisés jusqu’à présent donnaient « de l’espoir » et représentaient « une réelle opportunité » pour la paix.

« Les États-Unis appellent tous les Afghans à saisir l’occasion », a-t-il poursuivi.

La période d’une semaine de réduction des combats démarrera samedi

La réduction des combats devant durer une semaine, prévue entre talibans, Américains et forces de sécurité afghanes, démarrera samedi, a-t-on appris vendredi auprès de plusieurs des parties, après des semaines de négociations.

« La réduction des violences démarrera le 22 février et elle durera une semaine », a annoncé Javed Faisal, le directeur du Conseil national de la sécurité d’Afghanistan.

Ce ralentissement des combats, s’il est effectif, devrait ouvrir la porte à la signature d’un accord entre Washington et talibans sur un retrait des troupes américaines d’Afghanistan en échange de garanties sécuritaires des insurgés.

« Nous espérons que cette réduction des violences mènera à un cessez-le-feu, et à une paix durable en Afghanistan », a poursuivi M. Faisal, faisant écho aux paroles du secrétaire d’État américain.

Les forces américaines, qui disposent de 12 à 13.000 soldats en Afghanistan, n’ont pas souhaité réagir. Mais plusieurs sources talibanes ont confirmé l’information à l’AFP.

« Nous avons reçu des ordres de nos dirigeants, nous demandant d’être prêts pour la réduction des violences qui démarrera samedi », a déclaré un taliban du district de Maiwand, dans la province de Kandahar (Sud).

A Doha, un haut responsable afghan avait déjà déclaré mardi que la signature d’un accord américano-taliban pourrait intervenir le 29 février dans la capitale qatarie, si la « réduction des violences » intervenait.

L’information a été confirmée vendredi par un cadre taliban basé au Pakistan. « Le cessez-le-feu ou la réduction de violence démarrera samedi et les deux parties se sont mises d’accord pour signer l’accord le 29 février », a-t-il indiqué.

Une fois cet accord signé, des discussions inter-afghanes doivent s’ouvrir, alors que les talibans refusaient depuis 18 ans de négocier avec le gouvernement de Kaboul qu’ils considèrent comme une « marionnette » de Washington.

– ‘Respect sincère’ –

Des membres de la délégation des talibans arrivent à la conférence de dialogue interafghan à Doha, capitale du Qatar le 7 juillet 2019. (Archives/AFP)

D’après la source talibane au Pakistan, ces pourparlers devraient démarrer « le 10 mars ».

Jeudi, le numéro 2 des insurgés Sirajuddin Haqqani avait déclaré les rebelles « pleinement engagés à travailler avec les autres parties » dans un « respect sincère afin de convenir d’un nouveau système politique inclusif ».

« Nous sommes sur le point de signer un accord avec les États-Unis et nous sommes pleinement engagés à en appliquer toutes les dispositions, dans la lettre et l’esprit », avait-il écrit dans une tribune au quotidien américain New York Times.

Le numéro 2 taliban s’était ainsi montré rassurant quant à la volonté des insurgés d’empêcher des groupes extrémistes de trouver refuge en Afghanistan pour frapper ailleurs, une autre clause du futur accord de paix.

« Il n’est dans l’intérêt d’aucun Afghan de permettre à de tels groupes de prendre notre pays en otage et d’en faire un champ de bataille », avait-il assuré.

Lundi, l’envoyé américain Zalmay Khalilzad, qui représente Washington depuis plus d’un an aux pourparlers entre les deux parties, s’était toutefois dit « prudemment optimiste » quant aux progrès réalisés en vue d’un éventuel accord.

Les États-Unis, qui souhaitent mettre un terme à leur engagement en Afghanistan, la plus longue guerre de leur histoire, ont obtenu « des engagements de la part des talibans sur les questions de sécurité », avait-il observé depuis Islamabad.

La semaine dernière, Donald Trump avait qualifié de « très proche » un accord entre Etats-Unis et talibans.

Le président américain avait toutefois annulé en septembre un telle signature, alors que celle-ci semblait imminente, après un énième attentat qui avait tué notamment un soldat américain.

Les discussions, qui avaient depuis repris au Qatar, semblaient buter sur l’exigence américaine d’une réduction significative de la violence de la part des talibans.

La guerre en Afghanistan en chiffres

La guerre en Afghanistan, lancée le 7 octobre 2001 en réponse aux attentats du 11-Septembre, est la plus longue que les Etats-Unis aient jamais menée. Voici les chiffres-clés de ce conflit que l’accord avec les talibans cherche à conclure.

– LES EFFECTIFS –

L’Otan s’est engagé en Afghanistan dès décembre 2001 mais les Etats-Unis ont fourni tout au long du conflit le plus gros contingent militaire, qui a atteint jusqu’à 98.000 soldats au plus fort des combats, en 2011, selon les chiffres du Pentagone.

En février 2020, quelque 16.500 militaires venus de 38 pays étaient encore déployés en Afghanistan pour participer à l’opération Resolute Support (RS) de l’Otan, qui n’a aujourd’hui plus officiellement qu’une mission de formation et d’assistance à l’armée afghane, selon les derniers chiffres de l’Alliance atlantique.

Les Etats-Unis fournissent encore le plus gros contingent de l’opération avec 8.000 militaires, suivis de l’Allemagne (1.300 soldats), le Royaume-Uni (1.100), l’Italie (900), la Géorgie (870) et la Roumanie (800).

La France, qui a eu jusqu’à 4.000 soldats en Afghanistan en 2010, s’est retirée du pays en 2012.

Outre leur participation à Resolute Support, plusieurs milliers de militaires américains participent sur le sol afghan à l’opération américaine Freedom’s Sentinel.

Le Pentagone ne publie pas le nombre exact de ses troupes participant à cette opération antijihadiste, mais il estime à « environ 14.000 militaires » le déploiement américain total en Afghanistan, bien que le président Donald Trump ait mentionné plusieurs fois le chiffre de 13.000.

– LES PERTES –

Ce sont les Etats-Unis, au sein de la coalition, qui ont payé le prix humain le plus fort en Afghanistan avec 1.909 militaires tués à l’ennemi et 20.717 blessés au 20 février, selon les chiffres du Pentagone.

Parmi les autres pays membres de la coalition, c’est le Royaume-Uni qui a subi le plus de pertes, avec 454 morts, suivi du Canada (157) et de la France (89 morts), selon les chiffres du site icasualties.org, qui compile les morts et les blessés des guerres en Irak/Syrie et en Afghanistan.

Le gouvernement afghan a cessé de publier les pertes dans les rangs de l’armée afghane, qui sont très élevées. L’ONU évalue entre 32.000 et 60.000 le nombre de civils afghans tués dans ce conflit.

– LE COÛT –

Au 30 septembre 2019, le Pentagone évaluait officiellement le coût des opérations militaires en Afghanistan à 776 milliards de dollars depuis 2001, dont 197,3 milliards destinés à la reconstruction du pays et de ses institutions.

Mais selon une étude de la Brown University publiée fin 2019, le coût des guerres américaines est bien supérieur au budget du seul Pentagone: l’aide accordée par le département d’Etat n’est pas comptabilisée, pas plus que les opérations des services de renseignement ou encore les coûts médicaux des milliers d’anciens combattants blessés dans ce conflit.

En tenant compte de tous ces facteurs, les chercheurs de Brown évaluent à 6.400 milliards le coût total des guerres antijihadistes menées par les Etats-Unis en Irak, en Syrie, en Afghanistan et ailleurs depuis 2001.