Les Iraniens élisent leurs députés, les conservateurs favoris

Le président iranien Hassan Rohani (g) à côté d'un portrait du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, le 16 février 2020 à Téhéran. [AFP]
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L’Iran élit vendredi ses députés lors d’un scrutin pour lequel les conservateurs partent favoris après la disqualification de milliers de candidats réformateurs et modérés et la déception exprimée par beaucoup face à l’action du gouvernement.  

Vers 11h15 (7h45 GMT), le taux de participation tournait autour de 9% selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.  

L’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique, a voté à l’ouverture des bureaux (4h30 GMT). Il a renouvelé son appel aux quelques 58 millions d’électeurs à participer « avec enthousiasme » au scrutin afin de « garantir l’intérêt national ».

A Téhéran, de longues queues se sont formées devant les bureaux des quartiers sud, acquis aux conservateurs, contrastant avec le Nord -ayant voté majoritairement Hassan Rohani lors des présidentielles de 2013 et 2017- où l’engouement était nettement moindre.

La nouvelle de l’arrivée en Iran du nouveau coronavirus s’est invitée dans le scrutin. Le ministère de la Santé a annoncé vendredi deux nouveaux décès portant à quatre le nombre de personnes tuées par maladie, dont les premiers cas sont apparus officiellement mercredi à Qom (centre).

Cité par l’agence semi-officielle Isna, Chokrollah Hassanbeygui, chargé de superviser le vote à Téhéran, a accusé les « contre-révolutionnaires » de faire courir le bruit que les tampons encreurs utilisés pour identifier les votants à l’aide de l’empreinte de leur index étaient « infectés » par le virus COVID-19.

– « Elections parfaitement équitables » –

Pour apaiser les craintes, les autorités, qui expérimentent vendredi un système d’identification par scanner du doigt, ont annoncé que le passage par le tampon encreur était rendu optionnel.

L’agence officielle Irna a assuré que le coronavirus n’avait eut aucun effet sur « l’enthousiasme » des électeurs à Qom.

Les 290 députés de la onzième législature à sortir des urnes depuis la révolution islamique de 1979 commenceront leur travail dans un contexte de tensions exacerbées entre Téhéran et Washington, et alors que l’Iran traverse une violente récession.

Les élections ont lieu près d’un mois et demi après que les forces armées iraniennes eurent annoncé avoir abattu « par erreur » un avion de ligne ukrainien.

L’aveu tardif des autorités de leur responsabilité dans ce drame avait provoqué des manifestations, limitées, faisant voler en éclats l’apparence d’unité nationale manifestée à l’occasion des funérailles du général iranien Qassem Soleimani, tué par une frappe américaine en Irak le 3 janvier.  

A Téhéran, nombre d’habitants ont fait part à l’AFP, dans les jours précédant l’élection, de leur refus d’aller voter.

Mais dans un bureau de vote du nord de la capitale, Mohsen Jallali, employé de 37 ans, a assuré à l’AFP que voter c’est « montrer à l’Amérique que nous soutenons pleinement notre guide », l’ayatollah Khamenei.

La disqualification de milliers de candidats réformateurs et modérés réduit pratiquement le scrutin à un affrontement entre conservateurs et ultraconservateurs et pourrait alimenter l’abstention.

Mais pour M. Jallali, « ces élections sont parfaitement équitables ». Si ces candidats ont été invalidés, c’est qu’ils présentaient « un problème ».

En fonction des résultats, la plus ou moins grande représentation des ultras dans la future Assemblée, déterminera la marge de manœuvre qui restera au président Rohani jusqu’à la fin de son mandat en 2021, et pourrait influer sur la poursuite de sa politique extérieure d’ouverture.

Car les ultraconservateurs sont opposés à toute négociation avec l’Occident et sont impatients de sortir de l’accord international sur le nucléaire iranien, dénoncé unilatéralement par le président américain Donald Trump en 2018.

Conclu en 2015 à Vienne, le président Rohani voyait dans cet accord l’espoir d’une ère de prospérité pour l’Iran.

– « Tout s’est effondré » –

Au lieu de cela, le retour des sanctions américaines ont plongé son pays dans une violente récession.

« Après l’élection de Rohani, tout s’est effondré. Il a signé un très mauvais accord [à Vienne] et s’est tourné vers l’Ouest sans garanties solides », déclare dans un bureau Aliréza Hachémi, 25 ans, reprochant au président d’être « très faible ».

Plusieurs figures réformatrices ont mis en garde contre une victoire des ultraconservateurs, si la forte abstention prédite par les observateurs se confirme.

M. Rohani et son camp ont appelé les électeurs à voter même s’ils ne sont pas contents du gouvernement. Après avoir voté, le président a salué un « jour glorieux [dans] l’histoire du pays ».

Après les disqualifications massives de candidats, Washington a annoncé jeudi des sanctions financières – essentiellement symboliques – contre cinq responsables du Conseil des gardiens, organe tenu par les conservateurs et chargé du contrôle des élections, que les Etats-Unis accusent de manipuler le scrutin « pour favoriser l’agenda pernicieux du régime ».

« Le régime américain a montré [par ces sanctions] qu’il n’en a rien à faire de la démocratie et qu’il préfère les régimes dictatoriaux de la région », a répondu le porte-parole du Conseil, Abbas Ali Kadkhodaï. 

La participation aux dix dernières élections a atteint en moyenne 60,5%, selon l’Intérieur.

M. Kadkhodaï, a jugé mercredi qu’une participation inférieure à 50% ne poserait « pas de problème pour la démocratie ».