Soudan du Sud : le président accepte une demande clé de l’opposition «dans l’intérêt de la paix»

Le président sud-soudanais Salva Kiir à un sommet de l'Union africaine à Addis Abeba, le 10 février 2020. [AFP]
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Le président Salva Kiir a annoncé samedi sa décision de revenir à un système fédéral de dix Etats au Soudan du Sud, une demande clé de l’opposition, ouvrant la voie à la formation d’un gouvernement d’union nationale et à la fin d’une guerre civile meurtrière.

« Nous venons de faire un compromis dans l’intérêt de la paix (…) J’attends de l’opposition qu’elle fasse de même », a déclaré le président Kiir à l’issue d’une réunion de hauts responsables du gouvernement et de l’armée à Juba, la capitale.

Le Soudan du Sud va désormais être divisé en dix Etats, plus trois « zones administratives » -Ruweng, Pibor et Abyei-, a-t-il précisé.

Lorsqu’il a obtenu son indépendance du Soudan en 2011, le Soudan du Sud comptait dix Etats, conformément à sa Constitution. Le président Kiir avait porté ce chiffre à 28 en 2015 puis ultérieurement à 32, une mesure largement vue comme un moyen d’augmenter le nombre de ses alliés placés à des postes à responsabilités.

L’opposition a salué l’annonce surprise de M. Kiir mais critiqué la décision de faire de Ruweng, une région essentielle pour la production de pétrole, une « zone administrative ».

Le président Kiir et son ex vice-président, le chef rebelle Riek Machar, qui vit en exil, sont sous pression pour régler leurs différends d’ici à la date-butoir du 22 février fixée pour former un gouvernement d’union dans le cadre d’un accord de paix.

Une décision nécessaire

Le nombre des États régionaux ainsi que le tracé de leurs frontières étaient la principale pierre d’achoppement des négociations en vue de la formation de ce gouvernement.

« Cette décision n’est peut-être pas le meilleur choix pour notre peuple mais pour la paix et l’unité du pays, la présidence la considère comme nécessaire », a déclaré le gouvernement dans un communiqué.

A deux reprises déjà, MM. Kiir et Machar ne sont pas parvenus à respecter la date-butoir fixée pour former un gouvernement d’union afin de mettre un terme à une guerre civile qui a fait depuis 2013 plus de 380.000 morts et créé une situation humanitaire catastrophique.

Leurs entretiens la semaine dernière en Ethiopie n’avaient pas permis d’enterrer leurs différends, mais l’annonce faite samedi par le chef de l’Etat répond à l’une des principales demandes de M. Machar.

« Nous saluons cette décision, nous n’avons qu’un motif de plainte : l’établissement de la zone administrative de Ruweng », a déclaré le porte-parole du parti d’opposition, Pouk Both Baluang. « La question des Etats n’a pas été complètement réglée ».

MM. Kiir et Machar devraient bientôt se rencontrer pour aplanir ces divergences, a-t-il ajouté. 

Selon le président, la question des Etats sera définitivement réglée une fois le gouvernement formé.

Le pétrole fournit au Soudan du Sud l’essentiel de ses revenus et la zone de Ruweng est revendiquée à la fois par les Dinka, l’ethnie du président Kiir, et par les Nuer, celle de M. Machar. C’est l’une des régions où se sont déroulés les combats les plus rudes pendant la guerre civile.

M. Kiir avait à plusieurs reprises refusé de modifier sa position sur le nombre des Etats mais subissait une pression internationale croissante pour arriver à un compromis.

M. Machar avait averti qu’il ne pourrait pas redevenir vice-président si le nombre des Etats était maintenu.

Les deux hommes se sont combattus puis réconciliés à de multiples reprises.

Le Soudan du Sud a sombré dans la guerre civile en 2013 lorsque M. Kiir a accusé M. Machar de fomenter un coup d’État.

La signature d’un accord de paix en septembre 2018 a permis de réduire les combats mais une commission des droits humains de l’ONU a regretté début février la multiplication des violences armées et des atteintes aux droits de l’homme à l’approche du 22 février.

Un nouveau report dans la formation d’un gouvernement d’union nationale n’est « ni désirable, ni faisable à ce stade du processus de paix », a estimé dimanche l’organisation est-africaine Igad, médiatrice dans le conflit sud-soudanais.

Le vice-président sud-soudanais Taban Deng Gai a appelé M. Machar à rentrer d’exil pour aider à former le gouvernement.