Trump exhorte les Afghans à «saisir la chance de la paix»

Le président américain Donald Trump alors qu'il répond aux questions des journalistes depuis le Bureau ovale. (Archives/AFP)
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Donald Trump a exhorté vendredi les Afghans à «saisir la chance de la paix», à la veille de la signature d’un accord historique au Qatar entre les États-Unis et les talibans qui doit ouvrir la voie à un retrait des troupes américaines après plus de 18 ans de guerre.


Mise à jour 01/03/2020, 11h16

Le président afghan Ashraf Ghani a rejeté dimanche l’un des principaux éléments de l’accord signé samedi par les États-Unis et les talibans, montrant combien il sera difficile pour Kaboul et les insurgés de s’entendre en vue d’établir la paix. Le chef de l’État, dont le gouvernement a toujours été tenu à l’écart de ces négociations bilatérales par les talibans, s’est opposé à la libération de 5000 prisonniers en échange de celle de 1000 membres des forces afghanes détenus par les rebelles. De tels engagements «ne relèvent pas de l’autorité des États-Unis», a objecté M. Ghani.


Paraphé ce matin à Doha, ce texte négocié depuis un an et demi doit aussi lancer d’épineuses discussions de paix interafghanes et permettre au président américain, qui fait déjà campagne pour sa réélection, de se targuer d’avoir tenu l’une de ses promesses : mettre fin au plus long conflit de l’histoire des États-Unis.

02.29.20 US Afghanistan Joint Declaration by Jacques Godboutbm on Scribd

«Nous exhortons les Afghans à saisir la chance de la paix», a affirmé M. Trump.  

«Si les talibans et le gouvernement afghan parviennent à respecter leurs engagements, nous aurons une voie toute tracée pour mettre fin à la guerre en Afghanistan et ramener nos soldats à la maison», a-t-il ajouté.

Jusqu’à 30 pays étaient représentés lors de la signature de l’accord à Doha, à laquelle a assisté le secrétaire d’État américain Mike Pompeo.  

Ce dernier a confirmé que les talibans respectaient une semaine de «réduction de la violence», condition préalable pour que les négociateurs américains, menés par Zalmay Khalilzad, signent ce pacte.

Cette semaine de diminution des combats, qui a été largement respectée de l’avis général, servait de test. Elle est censée démontrer la bonne volonté des talibans et, surtout, leur capacité à contrôler leurs troupes sur le terrain.

Le gouvernement afghan, lui, n’était pas présent lors de la cérémonie. Mais il a envoyé à Doha une délégation de six personnes pour «une première prise de contact» avec les insurgés, a déclaré jeudi à l’AFP le porte-parole du conseil de sécurité nationale, un organisme gouvernemental.  

Les talibans, depuis qu’ils ont été chassés du pouvoir en 2001 par une coalition internationale menée par les États-Unis, ont toujours refusé de rencontrer le gouvernement de Kaboul, qualifié de «marionnette» de Washington.

Classe politique divisée

Présenté comme le début d’une nouvelle ère pour l’Afghanistan, pays pauvre ravagé par la guerre depuis 40 ans, l’accord américano-taliban laisse entrevoir la fin de l’intervention américaine lancée le 7 octobre 2001 en réponse aux attentats du 11-Septembre.

Le texte, qui n’est pas un accord de paix à proprement parler, vise à un retrait graduel des troupes américaines en Afghanistan en échange notamment de garanties sécuritaires et de l’ouverture d’un dialogue entre les insurgés et des représentants du gouvernement, de l’opposition et de la société civile.  

Agreement for Bringing Peace to Afghanistan 02.29.20 by Jacques Godboutbm on Scribd

Les troupes américaines en Afghanistan passeraient dans un premier temps de 12 000 ou 13 000 soldats actuellement à 8600, avant de nouveaux départs progressifs qui n’auront lieu que si les talibans respectent leurs propres engagements.

Les insurgés promettent en contrepartie au départ des Américains, qu’ils réclament de longue date, de fournir des garanties sécuritaires en matière d’antiterrorisme, et d’entamer immédiatement des négociations de paix directes sans précédent avec les autorités de Kaboul.

Malgré les critiques de certains observateurs qui estiment qu’elle concède trop pour trop peu, l’administration Trump assure que les garanties antiterroristes fournies par les insurgés répondent à la raison première de l’intervention américaine, lancée en représailles aux attentats du 11-Septembre 2001 ourdis par Al-Qaïda depuis l’Afghanistan alors dirigé par les talibans.

Washington s’est ainsi engagé à ce que ses forces déployées en Afghanistan passent de 12 ou 13 000 à 8600 sous 135 jours et que l’ensemble des soldats étrangers aient quitté ce pays dans les 14 mois, en échange de garanties sécuritaires des talibans.

Parmi celles-ci, les insurgés ont accepté d’empêcher des groupes tels qu’Al-Qaïda de faire de l’Afghanistan une base leur permettant de menacer la sécurité des États-Unis et de leurs alliés.

Mais, si les talibans affirment qu’ils empêcheront ces groupes de «recruter, entraîner ou lever des fonds», l’accord ne leur demande nullement de désavouer publiquement Al-Qaïda ou de couper officiellement les ponts avec cette organisation.

C’est pourtant bien le fait qu’ils hébergeaient Oussama ben Laden et ses hommes quand ils régnaient sur l’Afghanistan entre 1996 et 2001 qui a poussé une coalition internationale menée par les États-Unis à intervenir après les attentats du 11 septembre 2001, les chassant du pouvoir.

Aucune mention des droits des femmes, réduits à néant sous le régime taliban, n’apparaît non plus dans l’accord de Doha.

Un flou «stratégique» entretenu par les insurgés, qui parlent de «droits des femmes selon l’Islam», commente Ashley Jackson, chercheuse à l’Overseas Development Institute, un groupe de réflexion dont le siège est à Londres.

Laurel Miller, la directrice pour l’Asie de l’ONG International crisis group, a toutefois qualifié l’accord de «première étape concrète dans le processus de paix afghan». Mais «il reste à voir s’il tiendra et s’il produira une paix réelle en Afghanistan.»

Après la signature de l’accord américano-taliban, des négociations intra-afghanes entre les talibans le gouvernement afghan, son opposition et la société civile doivent démarrer.

Ces discussions, qui visent à définir l’avenir du pays et notamment qui le dirigera et comment, ainsi que la manière dont les talibans seraient intégrés dans la société, s’annoncent bien plus longues et ardues que celles entre insurgés et Washington.

Car face aux talibans, la classe politique afghane est divisée. Le président sortant Ashraf Ghani a été proclamé la semaine dernière vainqueur de l’élection de septembre, mais le chef de l’exécutif Abdullah Abdullah conteste ces résultats et revendique aussi la victoire.