Yémen: 31 civils tués dans des raids après le crash d’un avion de la coalition

Une Photo archives prise le 29 novembre 2007 montre un avion de combat saoudien de type Tornado survolant les eaux du Golfe. [AFP]
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Le sort de deux pilotes d’un avion de combat saoudien qui s’est écrasé au Yémen était inconnu dimanche, deux jours après les faits, la coalition militaire sous commandement saoudien qui intervient contre les Houthis accusant ces rebelles d’avoir tiré sur les deux hommes. 

Les rebelles ont tiré en direction des deux pilotes éjectés du Tornado qui s’est écrasé dans la province yéménite de Jawf (nord), a indiqué  le porte-parole de la coalition, le colonel saoudien Turki al-Maliki, cité par l’agence officielle saoudienne SPA.

« Le commandement des forces conjointes de la coalition tient la milice terroriste des Houthis responsable de la vie et la santé de l’équipage du Tornado en vertu du droit humanitaire international », a souligné le colonel Maliki.

Le porte-parole n’a pas précisé si les deux membres d’équipage ont survécu ou ont s’ils ont été capturés par les rebelles yéménites qui ont dit avoir abattu l’appareil à l’aide d’un missile sol-air

L’avion, appartenant aux forces aériennes saoudiennes, s’est écrasé dans la nuit de vendredi à samedi, fait rare depuis le début en 2014 du conflit au Yémen.

La coalition, dont les piliers sont l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, intervient depuis 2015 au Yémen aux côtés des forces loyalistes face aux rebelles venus du nord, qui se sont emparés de plusieurs régions notamment dans l’ouest du pays, ainsi que de la capitale Sanaa.

Après le crash, la chaîne de télévision al-Massirah, organe des rebelles, a fait état de multiples frappes de la coalition contre Al-Hayjah, une région sous contrôle des Houthis à Jawf, où des habitants s’étaient « rassemblés autour des débris de l’avion abattu ».

Les rebelles ont fait état de nombreux morts dont des femmes et des enfants.

« Selon des informations préliminaires, 31 civils ont été tués et 12 blessés dans des raids aériens à Al-Hayjah », a pour sa part indiqué le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha).

Dans une déclaration ultérieure, la coalition a admis « la possibilité de dommages collatéraux » lors d’une opération de « recherches et de sauvetage » sur le site du crash.

Save the Children a déploré la mort d’enfants dans ces raids, son directeur au Yémen, Xavier Joubert, appelant « à protéger les enfants (…) victimes de ce terrible conflit qui ravage la vie de millions de Yéménites depuis cinq ans maintenant ».

Selon diverses organisations humanitaires, la guerre au Yémen a fait des dizaines de milliers de morts, essentiellement des civils. 24,1 millions, soit plus des deux tiers de la population, ont besoin d’assistance d’après l’ONU.

«Frappes terribles»

Lise Grande, coordinatrice humanitaire de l’ONU au Yémen, a dénoncé des « frappes terribles ». « Aux termes des conventions humanitaires internationales, les parties ayant recours à la force ont l’obligation de protéger les civils. Cinq ans après le début de ce conflit, les protagonistes ne respectent toujours pas cela, c’est choquant. » 

Les Houthis ont pour leur part diffusé des images présentées comme celles du tir du missile et du moment où l’avion est touché et s’écrase dans une boule de feu.

Sur son compte Twitter, un porte-parole des Houthis, Mohamed Abdelsalam, a affirmé que « la destruction de l’avion est un coup dur pour l’ennemi, et témoigne de l’importante amélioration des capacités de défense » des rebelles.

Cette escalade survient après de violents combats autour de Sanaa, les rebelles tentant d’avancer sur plusieurs fronts en direction de Hazm, le chef-lieu du gouvernorat de Jawf. La grande partie de ce gouvernorat est aux mains des Houthis, mais Hazm est contrôlée par les forces progouvernementales.

Si la revendication des Houthis se confirme, cela signalerait le renforcement de l’arsenal des rebelles accusés de recevoir des armes de l’Iran chiite qui affirme les soutenir politiquement et non militairement.

«Aide de l’Iran»

« Au début du conflit, les Houthis était une milice hétéroclite qui se procurait les armes » dans le pays, a affirmé à l’AFP Fatima Abo Alasrar, une experte au Middle East Institute. « Aujourd’hui, ils ont massivement développé leur arsenal avec l’aide de l’Iran et du Hezbollah », un puissant mouvement armé libanais pro-iranien, a-t-elle dit.

Selon un rapport d’experts de l’ONU chargés de contrôler l’embargo imposé en 2015 au Yémen et obtenu le 1er février par l’AFP, les Houthis disposent depuis 2019 de nouvelles armes dont certaines ont des caractéristiques similaires à de l’armement produit en Iran.

En avril 2017, un hélicoptère saoudien de type Black Hawk s’est écrasé dans le centre du Yémen, tuant 12 militaires saoudiens. Un responsable militaire yéménite avait à l’époque évoqué l’hypothèse de « tirs amis ».

Selon diverses organisations humanitaires, la guerre au Yémen a fait des dizaines de milliers de morts, essentiellement des civils. 24,1 millions, soit plus des deux tiers de la population, ont besoin d’assistance d’après l’ONU.

Les protagonistes au Yémen ont été accusées d’avoir commis des bavures ayant coûté la vie à des civils. La coalition a annoncé cette semaine le début de poursuites judiciaires contre ses militaires soupçonnés de bavures lors d’attaques dans ce pays où l’ONU a déploré des crimes de guerre.

Issus de l’importante minorité zaïdite concentrée dans le nord du Yémen, les Houthis sont proches de l’Iran chiite, rival régional de l’Arabie saoudite sunnite.