COVID-19: la France retire ses troupes d’Irak, le Pentagone gèle toutes ses opérations dans le monde

Le général Jean-Marc Vigilant (G) et la ministre de la Défense Florence Parly avec des soldats engagés dans l '"Opération Chammal", le 9 février 2019, près d'Al-Qaim en Irak. [AFP]
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La France va retirer ses troupes d’Irak, où elles participaient à des missions de formation, a annoncé mercredi l’état-major français, en raison « notamment » de la pandémie de coronavirus qui vient ainsi entraver une de ses opérations extérieures, et le Pentagone, lui, gèle toutes ses opérations dans le monde.

Frontalier de l’Iran où le virus a déjà tué près de 1.700 personnes, l’Irak a imposé dimanche à l’échelle nationale des mesures très strictes contre le nouveau coronavirus, faisant état de 20 décès et 233 cas confirmés de la maladie Covid-19.

« En coordination avec le gouvernement irakien, la coalition (internationale anti-Etat islamique emmenée par Washington, ndlr) a décidé d’ajuster son dispositif en Irak et de suspendre provisoirement ses activités de formation des forces de sécurité irakiennes, compte tenu notamment de la crise sanitaire », souligne l’état-major français dans un communiqué. 

Ainsi, « la France a décidé de rapatrier jusqu’à nouvel ordre le personnel de l’opération Chammal (volet français de l’opération internationale Inherent Resolve) déployé en Irak », soit près de 200 militaires, engagés jusqu’ici dans la formation de l’armée irakienne ou travaillant au sein de l’état-major de la coalition à Bagdad.

A partir de ce jeudi, date du début du rapatriement, « il n’y a plus de troupes Chammal en Irak », a commenté auprès de l’AFP le porte-parole de l’état-major français, le colonel Frédéric Barbry, en précisant que ce retrait était « a priori temporaire ».

Quant à l’opération canadienne IMPACT, la contribution canadienne à la coalition antidjiadiste, a elle adopté une posture défensive alors que le commandement central des États-Unis a ordonné cette semaine l’arrêt des opérations de toutes les forces déployées dans sa zone de responsabilité, qu’il s’agisse des commandements américains, ou de la coalition dirigée par les États-Unis.

« Pour prévenir une propagation du Covid-19, l’armée irakienne a suspendu tout entraînement. Par conséquent, la coalition va renvoyer temporairement dans leurs pays dans les jours à venir certains de ses éléments spécialisés dans la formation », a indiqué vendredi le commandement central de l’armée américaine (Centcom), qui couvre notamment l’Irak et la Syrie.

Les Britanniques et les Tchèques ont quant à eux d’ores et déjà annoncé un retrait partiel ou total de leurs forces d’Irak.

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Continuer de combattre l’EI

« A l’avenir, nous prévoyons que la coalition soutiendra les forces irakiennes depuis moins de bases, avec moins de monde », a prévenu le Centcom, tout en affirmant que la coalition restait « engagée à long terme » dans le combat contre l’EI, alors que l’Irak est aussi au coeur de la rivalité entre Washington et Téhéran, qui dispose d’importants relais et leviers dans le pays.

Après l’assassinat en janvier à Bagdad d’un haut responsable militaire iranien et de son lieutenant irakien par Washington, le Parlement irakien avait voté en faveur du départ d’Irak des troupes étrangères, dont 5.200 soldats américains.

Ce retrait sonne comme un coup dur pour Paris, qui insiste depuis des mois sur l’importance de ne pas laisser se reconstituer en Syrie voisine et en Irak le groupe Etat islamique, commanditaire d’une série d’attentats sur le sol français depuis fin 2015.

« Daech (acronyme arabe de l’organisation Etat islamique, ndlr) est resté fort en Syrie, en particulier dans les zones prétendument contrôlées par le régime (…) Quant à l’Irak, il est troublé par sa situation interne et par les soubresauts des rivalités internationales. Daech continue de s’y réorganiser et d’y harceler les forces gouvernementales », avertissait mi-février la ministre française des Armées Florence Parly.

« La France restera résolument engagée auprès de ses partenaires de la coalition pour assurer la défaite durable de Daech », promet mercredi l’état-major français, en évoquant le maintien de ses militaires dans les états-majors de la coalition internationale au Koweït et au Qatar, les déploiements maritimes français dans le canal de Syrie et la poursuite de ses missions d’appui aérien depuis ses bases régionales en Jordanie et au Qatar. 

Si la pandémie de coronavirus vient entraver les opérations de l’armée française au Moyen-Orient, « les missions se poursuivent » au Sahel, où 5.100 militaires sont actuellement déployés au sein de l’opération antijihadiste Barkhane, assure l’état-major français.

Le coronavirus a commencé à faire fait son apparition dans les pays sahéliens.

Le Mali en guerre a annoncé mercredi ses deux premiers cas confirmés de coronavirus, sur deux Maliens rentrés de France mi-mars. Le Niger avait annoncé son premier cas jeudi dernier. Le Burkina Faso voisin est quant à lui le pays le plus touché en Afrique de l’Ouest avec 4 morts et 75 personnes infectées, selon un dernier bilan officiel publié dimanche.

Le Pentagone gèle tous ses mouvements dans le monde

Mercredi matin, le Pentagone dénombrait 435 cas de COVID-19 parmi les employés militaires et civils de l’armée américaine, leurs familles et les sous-traitants du Pentagone. Un sous-traitant est mort du coronavirus. [AFP]

Le Pentagone de son côté a annoncé mercredi le gel pendant deux mois de tous ses mouvements prévus dans le monde, y compris le déploiement et le rapatriement de soldats déployés sur des théâtres de guerre, pour tenter de juguler l’épidémie due au coronavirus.

Le ministre américain de la Défense, Mark Esper, a ordonné un arrêt de 60 jours de tous les mouvements des employés civils et militaires du département de la Défense et de leurs familles qui vivent avec eux à l’étranger, a indiqué le Pentagone dans un communiqué.

Cet ordre qui s’applique aux quelque 90 000 membres des forces armées américaines déployés à l’étranger, «aura un impact sur les exercices, les déploiements, les redéploiements et autres mouvements des forces», a reconnu le ministère.

«Aujourd’hui, il n’est pas prévu que cette décision ait un impact sur le retrait des forces américaines d’Afghanistan, qui doit être achevé 135 jours après la signature de l’accord» signé avec les talibans, souligne le communiqué du Pentagone.

Plus de 4000 militaires américains doivent se retirer d’Afghanistan d’ici la mi-juillet, selon l’accord de paix signé entre les États-Unis et les insurgés afghans le 29 février.

Mercredi matin, le Pentagone dénombrait 435 cas de COVID-19 parmi les employés militaires et civils de l’armée américaine, leurs familles et les sous-traitants du Pentagone. Un sous-traitant est mort du coronavirus.

La Marine américaine a annoncé mardi trois cas de COVID-19 à bord du porte-avion USS Theodore Roosevelt, qui croise dans le Pacifique, le premier «cluster» à bord d’une navire de guerre américain. Les trois marins ont été évacués et les camarades avec lesquels ils ont été en contact mis en quarantaine.

*Avec AFP