COVID-19: des centaines de soldats américains à la frontière avec le Canada

Des soldats de la 19e infanterie, basée dans le Kentucky, installent des fils barbelés au bord du fleuve Rio Grande, à la frontière avec le Mexique, à Larado, au Texas, le 18 novembre 2018. (AFP/Archives/Thomas WATKINS)
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Le gouvernement Trudeau négocie avec l’administration Trump dans l’espoir d’éviter le déploiement de troupes américaines à la frontière canado-américaine, rapportent les médias canadiens.


Mise à jour 26/03/2020, 23h41

Après un tollé au Canada et que les responsables canadiens se soient vigoureusement opposés à la militarisation de la frontière nord, l’administration Trump aurait abandonné son projet, rapportait jeudi soir le Wall Street Journal: «L’administration Trump a abandonné son examen des plans visant à envoyer des forces militaires américaines à la frontière canadienne pour contribuer aux efforts de lutte contre le nouveau coronavirus», a déclaré jeudi un responsable américain selon le quotidien américain.


Le premier ministre Justin Trudeau a confirmé ce jeudi, lors de son point de presse quotidien devant la porte de sa demeure de Rideau Cottage, les informations selon lesquelles Washington enverrait des centaines soldats américains à 30 km de la frontière canadienne pour protéger les États-Unis d’entrées illégales et de la propagation du nouveau coronavirus.

«Le Canada et les États-Unis ont la frontière non militarisée la plus longue au monde et c’est dans l’intérêt des deux pays de la garder comme ça. Nous sommes en discussion avec les États-Unis sur cet enjeu», a déclaré le premier ministre canadien aujourd’hui

La vice-première ministre Chrystia Freeland, celle-même qui avait négocié avec l’administration Trump le nouveau traité de libre-échange qui a remplacé l’ALENA et qui est aujourd’hui la grande responsable des relations avec Washington, a prévenu pour sa part qu’un tel geste serait «totalement inutile» que le Canada verrait comme «dommageable» à la relation entre les deux pays.

Le Canada n’aurait appris qu’«il y a une couple de jours» l’existence d’un scénario de militarisation.

En vertu d’un accord entre Ottawa et Washington, il est interdit de franchir la frontière, sauf pour des raisons essentielles, mais la frontière n’est pas militarisée et le commerce entre les deux pays a bien sûr été maintenu.

Le Canada et les États-Unis partagent une frontière terrestre de près de 9 000 kilomètres, où se font plus de 2,4 milliards de dollars d’échanges commerciaux par jour grâce à des chaînes d’approvisionnement hautement intégrées dans de nombreux secteurs de l’économie.

Le Canada est en outre le principal client des États-Unis et il y achète plus de marchandises que la Chine, le Japon et le Royaume-Uni réunis. Le Canada est également le premier partenaire commercial de la plupart des États américains.

La fluidité des échanges entre les États-Unis et le Canada et l’image de leur partenariat exemplaire qui remonte à bien avant l’administration actuelle sont donc de toute première importance.

Mais la plus grande ironie dans tout ça est que c’est aux États-Unis que la crise du nouveau coronavirus est la plus inquiétante. On y recense désormais 70 000 cas aux États-Unis qui sont en voie de dépasser l’Italie (75 000) et la Chine (82 000) à ce chapitre, selon les données de l’université Johns Hopkins, la référence en la matière en Amérique.

De plus, la façon dont le locataire de la Maison-Blanche gère la crise est de nature à susciter des entrés illégales, oui, mais pas du nord, où la situation est relativement bien contrôlée, au sud, mais plutôt l’inverse, soit du sud, où la situation ne cesse d’empirer, au nord.

Et encore tout récemment, Donald Trump a déclaré vouloir mettre fin aux mesures de confinement d’ici le dimanche de Pâques pour que les Américains puissent se masser dans les églises, en parfaite contradiction avec ce que se tuent à répéter les autorités sanitaires américaines.

Ce projet américain de militarisation de la frontière nord, c’est le pestiféré qui se protège de l’homme sain ?

Kirsten Hillman a été nommée ambassadrice du Canada aux États-Unis

Ironie du sort, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé aujourd’hui que Kirsten Hillman a été nommée ambassadrice du Canada aux États-Unis.

Mme Hillman est ambassadrice intérimaire du Canada aux États-Unis depuis le mois d’août 2019. Avant cela, elle a occupé le poste d’ambassadrice adjointe. De plus, elle a joué un rôle essentiel lors des négociations entourant d’importants accords commerciaux du Canada, dont le nouvel ALENA et l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste. Plus récemment, elle a travaillé en étroite collaboration avec des partenaires aux États-Unis et ailleurs dans le monde pour soutenir les efforts canadiens pour lutter contre la pandémie de la COVID-19. Elle a notamment participé à l’accord frontalier temporaire conclu la semaine dernière entre le Canada et les États-Unis.

En tant qu’ambassadrice du Canada aux États-Unis, Mme Hillman continuera de diriger les importants efforts pour faire rayonner le Canada. Ceux-ci ont pour but de resserrer la relation déjà proche entre nos deux pays.

«Aujourd’hui, nous annonçons la nomination de Kirsten Hillman en tant que nouvelle ambassadrice du Canada aux États-Unis. Quand nous avons travaillé ensemble dans le cadre de la négociation du nouvel ALENA, j’ai pu constater la capacité de Mme Hillman à défendre les Canadiens et à se battre pour leurs intérêts. C’est une diplomate talentueuse qui a des compétences et des connaissances exceptionnelles. Mme Hillman restera une conseillère de confiance, une amie et un point de liaison à Washington, ainsi que notre lien avec le Congrès et l’administration américaine. Je sais qu’elle sera une bonne représentante pour les Canadiens.», a déclaré le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

Le Canada a une ambassade à Washington et des consulats généraux à Atlanta, Boston, Chicago, Dallas, Denver, Détroit, Los Angeles, Miami, Minneapolis, New York, San Francisco et Seattle. Les États-Unis ont une ambassade à Ottawa et des consulats généraux partout au pays.

Les États-Unis sont également le principal allié et partenaire de défense du Canada. Les deux pays travaillent en étroite collaboration au sein du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord depuis la création du pacte en 1957 et coopèrent tout aussi étroitement pour appuyer la paix et la sécurité internationales.

La relation canado-américaine, unique dans le monde, devrait donc survivre aux lubies de l’actuel occupant de la Maison Blanche qui ne craint pas de froisser ses alliés en jouant à l’homme fort pour plaire à son électorat.