COVID-19 oblige, la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 se fait par vidéoconférence

Le minsitre canadien des Affaires étragères, François-Philippe Champagne, en vidéo conférence le 25 mars 2020 avec mes homologues du G7 pour discuter des répercussions de la pandémie de la COVID19 et de paix et de sécurité. [Twitter/@FP_Champagne]
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Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, et ses homologues ont participé aujourd’hui par vidéoconférence à la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 où Américains et Européens n’étaient décidément pas sur la même longueur d’onde, les premiers se montrant obsédés par ce qu’ils appellent «la désinformation chinoise» alors que les seconds veulent mettre l’accent sur la coopération.

Le ministre et ses collègues y ont discuté des interventions collectives face à la pandémie de la COVID-19, ainsi que des répercussions de cette pandémie sur la paix et la sécurité internationales. Les pourparlers ont porté également sur d’autres questions d’importantes, notamment en ce qui concerne l’Afghanistan, la Corée du Nord, l’Irak, le Myanmar, la Syrie, ainsi que l’Ukraine et la Russie.

En outre, cette réunion a été l’occasion d’échanger sur des menaces qui pèsent sur la démocratie, y compris l’ingérence étrangère, le non-respect des droits de la personne et le terrorisme, ainsi que sur la protection de l’ordre international fondé sur des règles.

Comme il fallait s’y attendre, et sans chercher à froisser son voisin américain, le Canada, dont la ministre du Développement internationale répondait dès ce matin favorablement à l’appel de l’ONU, s’est résolument rangé du côté de la coopération.

«Alors que le monde est confronté à un environnement politique et sécuritaire de plus en plus complexe, aggravé par la crise sanitaire mondiale attribuable à la pandémie de la COVID-19, le Canada reste déterminé à travailler aux côtés de ses partenaires du G7 pour relever les défis mondiaux urgents et difficiles. Je serai heureux de travailler avec mes collègues en vue d’apporter une réponse internationale forte et coordonnée à la pandémie, et ainsi renforcer l’ordre international fondé sur des règles.», a déclaré le chef de la diplomatie canadienne.

Washington met l’accent sur la «désinformation» chinoise, les Européens sur la coopération

Mais le secrétaire d’État américain, se faisant l’écho de son président, n’en démord pas: il lui faut un coupable, et pour lui le coupable tout désigné, c’est la Chine.

«Le Parti communiste chinois représente une menace importante pour notre santé et notre mode de vie, comme l’épidémie l’a clairement démontré», a insisté le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo lors d’une conférence de presse à Washington à l’issue de la réunion virtuelle.

Mike Pompeo ne cesse de parler du «virus de Wuhan», du nom de la ville chinois où le coronavirus a été détecté pour la première fois en décembre, tandis que Donald Trump évoque le «virus chinois», au grand dam de Pékin qui refuse d’être ainsi stigmatisé.

Washington accuse la Chine d’avoir manqué de transparence au début de l’épidémie et d’avoir donc laissé la maladie se propager dans le monde.

Pourtant, la Chine assure avoir prévenu Washington début janvier. Aujourd’hui, après avoir tergiversé jusqu’à la mi-mars avant d’affronter la crise, l’administration américaine déclare, défiant toute logique, qu’elle aurait voulu être prévenue trois ou quatre mois plus tôt, ce qui signifierait septembre 2019…alors que le virus n’était pas encore apparu !

«L’heure n’est pas aux accusations, l’heure est à la résolution de ce problème mondial, nous sommes concentrés là-dessus aujourd’hui, c’est ce sur quoi les membres du G7 ont passé tout leur temps», a pourtant assuré Mike Pompeo.

«Nous voulons désespérément travailler avec tous les pays du monde», «y compris la Chine, pour trouver des solutions pour maintenir en vie un maximum de gens » et «ensuite redresser nos économies qui ont été décimées par le virus de Wuhan», a-t-il tenté de nuancer, pour revenir toutefois aussitôt à la charge.

«Mais chacune des nations qui étaient à cette réunion ce matin est profondément consciente de la campagne de désinformation dans laquelle est engagé le Parti communiste chinois pour tenter de se défausser», a-t-il ajouté, consacrant une grande partie de son intervention aux accusations contre les autorités de Pékin.

Pas de déclaration commune

Le journal allemand Der Spiegel avait rapporté mardi que les ministres avaient du mal à rédiger une déclaration commune face à l’insistance de Mike Pompeo pour évoquer le «virus de Wuhan».

Et de fait, aucune déclaration commune n’a été publiée mercredi.

Dans leurs propres communiqués, les ministres français et allemand des Affaires étrangères n’ont d’ailleurs fait aucune mention des griefs contre la Chine exprimés par les États-Unis, qui président actuellement le G7.

Ils ont davantage insisté sur la «coordination» et la «coopération» mondiales.

Le Français Jean-Yves Le Drian, qui déclarait hier en entrevue, «Face au virus, nous sommes tous dans le même camp», «a souligné aujourd’hui la nécessité de combattre toute instrumentalisation de la crise à des fins politiques et estimé que l’unité de tous dans la lutte effective contre la pandémie devait aujourd’hui primer sur toute autre considération», a dit le Quai d’Orsay dans un communiqué qui peut résonner comme un désaveu des insistances américaines.

Paris et Berlin ont aussi insisté sur l’aide aux « pays les plus vulnérables, en particulier en Afrique ».

La réunion des ministres des Affaires étrangères intervient à la veille d’un sommet virtuel du G20 des principales puissances mondiales, à l’occasion duquel les dirigeants américain et chinois seront réunis dans le même forum.

Le président américain Donald Trump y participera «dans le cadre des efforts en cours pour coordonner une réponse internationale à la pandémie due au coronavirus», a dit la Maison-Blanche.

Le G7

  • Le G7 est un groupe informel de partenaires aux vues similaires. Il réunit l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni et l’Union européenne.
  • La création du G7 remonte au milieu des années 1970.
  • La présidence du G7, qui est assurée chaque année à tour de rôle par les pays membres, établit le programme de l’année en consultation avec les membres du groupe. La France a assuré la présidence en 2019, et les États-Unis jouent maintenant ce rôle en 2020.
  • La réunion annuelle des ministres des Affaires étrangères du G7 offre à ses membres une tribune unique où ils peuvent élaborer des approches coordonnées grâce à des discussions ouvertes et honnêtes sur des questions liées aux affaires étrangères et à la sécurité internationale.
  • La dernière réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 a eu lieu à Dinard, en France, en avril 2019.
  • À la suite de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7, les dirigeants du G7 tiendront un sommet en juin.

*Avec AFP