Crimes de guerre en Syrie : Russes et Turcs montrés du doigt par l’ONU

Des proches de la militante des droits humains kurde Hevrin Khalaf, une des neuf Kurdes assassinés par une milice pro-turque le 9 octobre quand l'armée turque et ses supplétifs ont envahi la zone frontalière de la Syrie kurdophone, leurs enterrements, à Derik, dans le nord-est de la Syrie, le 13 octobre 2019. [AFP]
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Des enquêteurs de l’ONU ont accusé lundi Moscou de crimes de guerre liés à des frappes aériennes en Syrie et ont averti qu’Ankara pourrait être tenu pour responsable dans des crimes de guerre visant des Kurdes dans le nord du pays.

Ces accusations, bien qu’intervenant dans un contexte de fortes tensions entre la Turquie et les forces syriennes soutenues par la Russie après l’escalade des hostilités dans le dernier bastion rebelle d’Idlib, ne sont toutefois pas directement liées aux récents affrontements.

Dans un rapport publié lundi, qui couvre la période allant de juillet 2019 au 10 janvier, la Commission d’enquête internationale sur la Syrie (COI) affirme avoir trouvé des preuves de la participation d’avions russes lors de deux frappes aériennes à Idlib et dans la campagne de Damas, en juillet et août dernier, qui ont fait plus de 60 morts.

Russie : bombardements de civils

«La Commission a conclu qu’un avion russe a participé à chaque incident », a-t-elle déclaré, ajoutant que « l’armée de l’air russe n’a pas dirigé les attaques vers un objectif militaire spécifique, ce qui équivaut au crime de guerre consistant à lancer des attaques aveugles sur des zones civiles».

Le rapport indique aussi que la Turquie pourrait être pénalement tenue pour responsable de graves violations commises par ses alliés de l’Armée nationale syrienne (des rebelles pro-turcs), dont l’exécution d’une responsable politique kurde.

Les troupes turques et leurs alliés en Syrie ont envahi une partie du nord de la Syrie, après avoir lancé en octobre une campagne militaire contre les forces kurdes qui a provoqué la fuite de dizaines de milliers de personnes.

Milices pro-turques: exécutions sommaires

Dans son rapport, la COI, créée en 2011 par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, fait état des rapports de familles kurdes déplacées et d’autres civils qui ont accusé les rebelles syriens soutenus par Ankara d’avoir commis des exécutions et des pillages, et d’avoir confisqué des propriétés.

La COI pointe en particulier l’exécution sommaire le 12 octobre d’une responsable politique kurde, Hevrin Khalaf, et de son chauffeur, par des rebelles pro-Turcs.  

La secrétaire générale du parti Avenir de la Syrie, membre de la direction du Conseil démocratique syrien, avait 35 ans quand elle a été arrêtée sur une autoroute venant de Qamishli par des membres de la Brigade 123 de l’Armée nationale syrienne. Ces derniers l’ont sortie de la voiture en la traînant par les cheveux et ont mutilé son corps avant de l’exécuter, selon la COI.

Les enquêteurs de l’ONU évoquent ainsi des «meurtres» ainsi que des «pillages» commis par les combattants de l’Armée nationale syrienne (une milice syrienne soutenue par Ankara).  

«S’il s’avérait que des membres de groupes armés agissaient sous le commandement et le contrôle effectifs des forces turques, ces violations pourraient entraîner la responsabilité pénale de ces commandants qui étaient au courant ou auraient dû être au courant pour ces crimes, ou n’ont pas pris toutes les mesures nécessaires pour les empêcher», souligne le rapport.

Colonne de réfugiés ciblée

Les enquêteurs de l’ONU pointent également une frappe aérienne, le 12 octobre, sur un convoi civil de 80 véhicules, incluant des familles avec enfants et des journalistes. Onze personnes ont été tuées et 74 blessées.

Ils dénoncent le ciblage d’«objets nécessaires à la survie de la population civile», avec des frappes près de la station d’eau d’Aluk qui ont interrompu l’approvisionnement en eau de 460 000 personnes.

La COI a accusé à plusieurs reprises les différentes parties d’avoir commis des crimes de guerre et dans certains cas de crimes contre l’humanité.  

Déclenchée en mars 2011, la révolte contre le pouvoir en Syrie s’est muée en une guerre dévastatrice. Plus de 380 000 personnes ont péri depuis le début de la guerre, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).