En Israël, les services secrets appelés à l’aide face au virus

Un membre du personnel médical des services d'urgence israélien montre un test au nouveau coronavirus, à Kiryat Ono, en Israël, le 26 février 2020. [AFP]
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Le service de sécurité intérieure israélien, d’ordinaire focalisé sur les « activités antiterroristes », est désormais autorisé à collecter des données sur les citoyens, afin de lutter contre la propagation du coronavirus ayant contaminé plus de 300 personnes en Israël.

Le feu vert a été donné par le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu, alors que son rival Benny Gantz a été chargé lundi, quinze jours après les législatives, de former un gouvernement pour sortir le pays d’une longue crise politique. 

Déterminé à utiliser tous les moyens « dans la guerre contre un ennemi invisible », M. Netanyahu avait proposé samedi de charger le Shin Beth de collecter les données sur les citoyens, une mesure qui soulève des questions quant à son côté démocratique, selon des analystes.

Son gouvernement a approuvé la mesure qui devait ensuite être examinée lundi par une commission parlementaire, peu avant la prestation de serment des députés. Celle-ci, issue du Parlement sortant, a préféré que la nouvelle Assemblée s’en charge, reportant donc son examen. 

«Compétences uniques»

Voulant accélérer les choses, M. Netanyahu est passé outre, affirmant que son cabinet approuverait « des règles d’urgence qui permettront l’usage de technologies numériques dans la guerre contre le coronavirus ».

Et mardi, le Shin Beth a indiqué dans un communiqué avoir été « autorisé à mettre ses technologies de pointe » au service de cette entreprise. Une décision à effet « immédiat », a précisé à l’AFP un porte-parole du service de sécurité intérieure.

« Le Shin Beth sait que cette mission dépasse ses activités antiterroristes habituelles, donc la demande » a été approuvée par le procureur général, a déclaré son chef Nadav Argaman, précisant que des mécanismes de surveillance avaient été établis.

Selon des précisions de la mesure ayant fuité dans la presse, la police pourra obtenir, sans autorisation de justice, la localisation des porteurs du coronavirus et des personnes en quarantaine via les opérateurs téléphoniques.

Le Shin Beth pourra utiliser la localisation des malades sur une période de 14 jours ayant précédé leur diagnostic afin d' »identifier leurs trajets et les personnes avec qui elles sont entrées en contact », selon ces détails.

D’après un dernier bilan du ministère de la Santé, 304 personnes ont été contaminées par le coronavirus et des dizaines de milliers d’autres sont confinées.

Ce ministère a contacté le Shin Beth « après qu’il a été constaté que les autres autorités ne disposaient pas des technologies nécessaires », a expliqué Nadav Argaman.

Les données seront transmises au ministère et ne seront pas sauvegardées par le Shin Beth, a-t-il assuré, estimant que devant la gravité de la pandémie, son service avait la responsabilité de mettre à contribution « ses compétences uniques ».

«Dangereux précédent»

Le bureau de M. Netanyahu a refusé de préciser quelles techniques de surveillance allaient être utilisées.

« Il n’y aura pas d’intrusion massive dans les téléphones », avait assuré lundi à l’AFP un responsable sécuritaire.

M. Gantz, désigné lundi pour former le nouveau gouvernement, a appelé mardi à un contrôle des décisions du gouvernement par le nouveau Parlement. 

Parlant du passage en force de M. Netanyahu, le colistier de M. Gantz, l’ancien général Gabi Ashkenazi, a dénoncé « une décision prise en pleine nuit à la sauvette ». 

« Une action urgente face à la propagation du coronavirus peut sauver des vies », a rétorqué M. Netanyahu, selon un communiqué de son bureau.

Selon lui, les débats parlementaires auraient pu prendre « des jours » et il fallait donc « rapidement » approuver la mesure d’urgence, en vigueur pendant 14 jours.

« Les intentions sont bonnes mais le chemin emprunté est problématique », a estimé sur Twitter Michael Birnhack, professeur de droit à l’université de Tel-Aviv, craignant que la mesure reste en vigueur « pendant longtemps » une fois la crise du coronavirus terminée.

Pour Tehilla Shwartz Altshuler, du think-tank Israel Democracy Institute, le fait d’impliquer un service de sécurité dans une crise sanitaire crée « un dangereux précédent ». 

« Le Shin Beth gère des problèmes de sécurité nationale », a-t-elle relevé, estimant qu’en faisant appel à ce service de sécurité dans de telles circonstances, Israël ne se comportait plus comme une démocratie.