La frange la plus radicale de l’extrême droite allemande sous surveillance

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La frange la plus radicale du parti d’extrême droite allemand a été placée jeudi sous surveillance par la police, qui juge que cette mouvance représente aujourd’hui le «principal» danger pour la démocratie du pays, 75 ans après la fin du nazisme.

«Nous savons aujourd’hui que les démocraties peuvent échouer quand elles sont détruites par leurs ennemis de l’intérieur, c’est l’avertissement que nous lance notre histoire», a affirmé le patron des services de Renseignements allemands Thomas Haldenwang lors d’une conférence de presse.

Il a souligné que la mouvance d’extrême droite la plus radicale dans le pays comptait actuellement environ 32 000 sympathisants, un chiffre en forte augmentation, dont «13 000 personnes prêtes à la violence».

Parmi eux, l’Office fédéral pour la protection de la Constitution a clairement identifié le mouvement « l’Aile », frange ultra du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), principale force d’opposition à la chambre nationale des députés.

Estimée à 7000 membres, sur les 35 000 que compte l’AfD, cette mouvance est dirigée par Björn Höcke, chef de file du parti AfD en Thuringe et récemment à l’origine d’une crise politique majeure dans le pays après avoir tenté de faire alliance avec la droite modérée de la chancelière Angela Merkel.

«Monument de la honte»

Cet homme de 47 ans et ses partisans remettent en particulier en cause la culture de repentance de l’Allemagne pour les crimes nazis. M. Höcke a qualifié dans le passé le mémorial de l’Holocauste à Berlin de monument «de la honte».  

Ils agitent aussi régulièrement la menace d’un grand «remplacement» de la population allemande autochtone par les immigrés.

L’Office de protection de la constitution a justifié sa décision en estimant avoir constaté que «l’Aile» et ses responsables pouvaient être qualifiés d’«extrémistes» et avaient «mis en cause» dans leurs discours et actions «des symboles forts de notre régime démocratique» ainsi que «la dignité humaine» et «l’État de droit».

Ce placement sous surveillance intervient au terme d’un examen de plus d’une année des discours et publications des membres de cette mouvance appartenant au parti fondé en 2013.  

Concrètement, cette décision donne des pouvoirs accrus aux services chargés du renseignement intérieur, notamment la possibilité d’espionner les télécommunications des membres de cette organisation, de stocker des données personnelles, de recruter des informateurs et d’utiliser des agents infiltrés.

Ce traitement est réservé en Allemagne aux organisations les plus extrêmes, considérées comme un danger potentiel pour l’État et du coup frappées du sceau de l’infamie.

Sur Twitter, l’AfD a dénoncé une «instrumentalisation politique».

Attentats

Cette sanction policière intervient dans un contexte de regain du terrorisme d’extrême droite, avec trois attentats commis en moins d’un an.

En juin 2019, un élu du parti conservateur d’Angela Merkel défendant les droits des migrants a été abattu à bout portant à son domicile près de Cassel, dans la Hesse, par un partisan présumé d’extrême droite.

A l’automne dernier, un «loup solitaire» antisémite qui s’était radicalisé sur l’internet a tenté de commettre un massacre dans une synagogue de Halle, en Saxe, avant de tuer deux personnes, dont une dans un restaurant de kébabs.

Enfin en février dernier à Hanau, un tireur raciste et complotiste a tué 9 personnes, toutes d’origine étrangères, créant un choc en Allemagne.

L’AfD a été accusée dans la foulée d’avoir encouragé par ses diatribes anti-migrants ces différents attentats.  

Le dirigeant des Verts Robert Habeck a demandé jeudi que «tout l’AfD soit surveillée» et pas seulement ses éléments ultra.

Ce parti est depuis septembre 2017 le principal parti d’opposition national en Allemagne à la chambre des députés, avec aujourd’hui 89 élus.  

Actuellement crédité d’environ 14 % des intentions de vote au niveau national, il a réussi à intégrer tous les parlements régionaux, engrangeant ses meilleurs scores dans l’ancienne Allemagne de l’est communiste.