La major-général Carignan annonce une nouvelle suspension de la Mission de l’OTAN en Irak

La Mission de l'OTAN en Irak de nouveau suspendue. [Twitter/@Comd_NMI]
Temps de lecture estimé : 4 minutes

En raison de l’urgence de la COVID-19 et de la situation sécuritaire en Irak, la Mission de l’OTAN en Irak est de nouveau suspendue et certains membres de la mission ont été redéployés, a annoncé le commandement de la Mission.

Le Canada a deux missions en cours en Irak avec environ 500 soldats, si on compte les soldats de l’opération Impact dirigée par le brigadier-général Michel-Henri St-Louis, qui est la contribution canadienne à la coalition anti-djihadiste menée par les États-Unis, et les quelque 220 militaires canadiens qui œuvrent au sein de la Mission de l’OTAN que dirige à Bagdad la major-général Jennie Carignan.

La Mission de l’OTAN en Irak (NMI) avait été suspendue une première en janvier au plus fort des tensions Iran-États-Unis après l’élimination par les Américains du général iranien Qasem Soleimani, mais reprenait depuis ses activités.

On lui avait même confié des tâches de formation autrefois dévolues à l’op IMPACT.

Le 12 mars, la major-général canadien Jennie Carignan qui dirige la Mission avait fièrement écrit sur son compte Twitter qu’«Après avoir rendu visite à l’équipe de la mission de l’OTAN en Irak à Besmaya, nous avons repris une partie du travail. Nous sommes très fiers des hommes et des femmes qui travaillent pour faire une différence au sein des Forces de défense irakiennes».

Mais maintenant, c’est de nouveau l’arrêt sauf que, si on a pu, même en période de tensions, garder de bons rapports avec le gouvernement irakien, on ne peut évidemment pas négocier avec un virus et encore moins prévoir quand les activités pourront reprendre.

L’opération IMPACT, la contribution canadienne à la coalition antidjiadiste, a elle aussi adopté une posture défensive alors que le commandement central des États-Unis a ordonné cette semaine l’arrêt des opérations de toutes les forces déployées dans sa zone de responsabilité, qu’il s’agisse des commandements américains, ou de la coalition dirigée par les États-Unis.

La Mission de l’OTAN en Irak (MNI) est une mission de formation et de conseil sans combat fondée sur le partenariat et l’inclusivité ainsi que sur le plein respect de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de l’Iraq.

Les activités consultatives du MNI sont menées à Bagdad, notamment au Ministère iraquien de la défense, au Bureau du conseiller à la sécurité nationale et dans les institutions de sécurité nationale compétentes. Les activités de formation des laboratoires nationaux de métrologie sont menées dans les écoles militaires irakiennes de la région de Bagdad, Taji et Besmayah.

NMI est une nouvelle itération d’une relation de longue date entre l’Alliance et l’Iraq, fournissant l’expertise et les meilleures pratiques en matière de réforme du secteur de la sécurité / défense, le renforcement des institutions et la formation et l’éducation de l’ensemble de l’Alliance et de ses partenaires du monde entier.

En annonçant cette nouvelle suspension de la Mission, la major-général, dont la première année à la tête de la Mission aura été mouvementée, a tenu à affirmer une fois encore sa détermination et celle de la Mission «à rendre l’Armée irakienne plus durable, inclusive et forte demeure inébranlable.»

Pendant ce temps, c’est couvre-feu total dans tout l’Irak jusqu’au 28 mars

Vue aérienne de la capitale de l’Irak, Bagdad prise à bord d’un hélicoptère, le 23 juin 2014. (Archives / Brendan Smialowski/AFP)

Les autorités irakiennes ont annoncé dimanche imposer un couvre-feu total dans les 18 provinces du pays au système de santé ravagé, après la mort de 20 personnes du nouveau coronavirus et alors que le nombre de contaminations ne cesse de grimper.

Jusqu’ici la moitié des provinces avaient imposé des couvre-feux au niveau local, mais les déplacements sont désormais interdits dans l’ensemble du pays jusqu’au 28 mars, selon une décision de la cellule de crise chapeautée par le ministère de la Santé dont l’AFP a pu consulter une copie.

Les établissements scolaires et universitaires ainsi que l’ensemble des aéroports du pays sont également fermés jusqu’au 28 mars, est-il précisé dans le texte.

Dimanche, le ministère de la Santé recensait 233 contaminations à travers le pays mais les chiffres annoncés par les autorités pourraient être bien inférieurs à la réalité car seuls moins de 2000 tests ont été menés dans ce pays de 40 millions d’habitants, frontalier de l’Iran où le virus a déjà tué près de 1700 personnes.

Pour tenter d’endiguer la vague de contagion, les forces de sécurité irakiennes patrouillent le long de la frontière avec la République islamique pour empêcher les passages illégaux sur les centaines de kilomètres de frontière – officiellement fermés depuis un mois – que partagent les deux voisins.

Les autorités sont également inquiètes d’une possible contamination de masse à la faveur des pèlerinages chiites, dont l’un a encore rassemblé samedi des dizaines de milliers d’Irakiens à Bagdad et ailleurs.

Les plus hautes autorités chiites d’Irak ont déjà interdit prières collectives et rassemblements, mais l’influent leader Moqtada Sadr, lui, appelle toujours ses partisans à prier ensemble et à effectuer les pèlerinages dans les mausolées du pays.  

Lui qui les avait appelés à ne plus manifester contre les autorités par crainte d’une épidémie a semblé exempter la prière collective de ses interdictions.

Le ministre de la Santé lui a personnellement adressé une lettre lui réclamant de sensibiliser ses très nombreux partisans aux consignes strictes des autorités.

Si le ministre de la Santé, Jaafar Allaoui, est si inquiet c’est, a-t-il expliqué sur une chaîne de télévision locale, parce qu’il estime que le système de santé irakien, en pénurie chronique de médicaments, de médecins et d’hôpitaux, ne résistera pas à une épidémie.

Et, a-t-il ajouté, plaidant auprès d’un dignitaire chiite pour qu’il empêche ses ouailles de sortir de chez eux, son gouvernement, frappé de plein fouet par la chute des cours du pétrole, lui a déjà refusé les quelques millions de dollars qu’il avait demandés à l’annonce des toutes premières contaminations.

En raison des guerres qui ont secoué l’Irak quasiment sans interruption depuis quatre décennies et des violences faites aux soignants par des proches de patients peu satisfaits d’un diagnostic ou voulant venger un décès, de nombreux médecins ont fui l’Irak ces dernières années.

Quant aux hôpitaux, ils sont dans un état de délabrement avancé, comme en témoignent les nombreuses vidéos sur les réseaux sociaux y montrant du matériel vétuste ou en panne, une hygiène laissant à désirer ou même des animaux entrant et sortant sans être inquiétés.

*Avec AFP