Virus: l’Iran dit se méfier des intentions des «charlatans» de Washington

Le guide suprême iranien, Ali Khamenei lors d'un discours télévisé le 22 mars 2010, à Téhéran. [AFP]
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Téhéran n’acceptera jamais d’aide médicale américaine pour lutter contre le nouveau coronavirus, a laissé entendre dimanche le guide suprême iranien, Ali Khamenei, qui soupçonne les « charlatans » au pouvoir à Washington d’être « capables » de vouloir renforcer l’épidémie dans son pays.

Le nouveau coronavirus a fait plus de 1.600 morts en Iran, selon le dernier bilan officiel annoncé par le ministère de la Santé. La République islamique est l’un des pays les plus touchés, après l’Italie et la Chine.

Le président américain Donald Trump, dont le pays impose à la République islamique des sanctions économiques rendant quasi impossible toute transaction financière ou commerciale entre l’Iran et le reste du monde, a affirmé le 29 février être prêt à aider Téhéran à combattre le Covid-19, à condition que ses dirigeants le demandent.

« Nous nous méfions des intentions des Américains et ne comptons pas sur ces aides », avait alors répondu Téhéran, qui n’entretient plus de relations diplomatiques avec Washington depuis plus de 40 ans.

« Aujourd’hui, l’Amérique est notre ennemi le plus féroce et le plus vicieux », a déclaré dimanche l’ayatollah Khamenei dans un discours télévisé à la nation.

« Les dirigeants américains sont à la fois menteurs, manipulateurs, impudents, et avides (…). Ce sont des charlatans », a ajouté le numéro un iranien.

Les propositions américaines « de nous aider avec des médicaments et des traitements, à condition qu’on (le leur) demande (sont) étranges », a encore dit le guide, notant que les Etats-Unis souffraient, « de l’aveu des responsables américains eux-mêmes », d' »une horrible pénurie, dans le domaine du matériel de prévention contre la maladie mais aussi des médicaments. »

« Si vous avez quelque chose, utilisez-le pour vous-mêmes », a-t-il lancé comme s’il s’adressait à Washington.

« Deuxièmement, a-t-il dit, vous, les Américains, êtes accusés d’avoir produit ce virus. Je ne sais pas à quel point cette accusation est vraie, mais quand une telle accusation existe, pourquoi les gens raisonnables devraient-ils vous faire confiance? »

« Vous êtes capables d’introduire dans notre pays un médicament qui maintiendra le virus et empêchera son éradication », a accusé M. Khamenei.

Pendant ce temps, le bilan officiel était hier de plus de 1.550 morts

L’Iran n’en est pas moins l’un des trois pays les plus touchés par le nouveau coronavirus avec l’Italie et la Chine. Et, contrairement à ces deux pays, il a refusé d’imposer des mesures de confinement ou de quarantaine.

Le bilan était hier de plus de 1.550 morts en Iran, plus précisément 1 556, même si le président iranien Hassan Rohani a estimé samedi que la réponse du gouvernement à l’épidémie de nouveau coronavirus produirait des changements notoires sous 15 jours dans le pays…

Selon le porte-parole du ministère de la Santé, Kianouche Jahanpour, 123 décès supplémentaires dus au virus ont été enregistrés ces 24 dernières heures, de même que 966 nouveaux cas de contamination, ce qui porte à 20.610 le nombre total de personnes ayant contracté cette pneumonie virale en Iran.

Néanmoins, la réponse du gouvernement face à l’épidémie produit « beaucoup d’effets », laissant penser que « la situation va changer automatiquement d’ici 10-15 jours » si « tout le monde observe les directives », a jugé M. Rohani, selon un communiqué de la présidence. 

« Le principe, c’est que, dans la mesure du possible, les gens ne sortent pas de chez eux », a rappelé M. Rohani.

Afin d’empêcher la progression de la maladie, il a aussi exhorté à la fermeture « des centres commerciaux où un nombre important des gens se regroupent ». 

Même les chiffres «officiels» ne justifient pas tant d’optimisme

A Téhéran, un immense centre d’exposition dans le plus grand centre commercial d’Iran, est converti en un « centre de santé » censé pouvoir accueillir jusqu’à 3.000 malades du nouveau coronavirus, le 21 mars 2020. [AFP]

Iran Mall, le plus grand centre commercial du pays, dans l’ouest de la capitale Téhéran, est fermé et son immense centre d’exposition est en train d’être converti en un « centre de santé » censé pouvoir accueillir jusqu’à 3.000 malades, a constaté samedi un journaliste de l’AFP.

M. Jahanpour a fait état de « 7.635 personnes » ayant guéri de la maladie « à travers le pays à ce jour ».

Les chiffres communiqués par le porte-parole font apparaître un taux de mortalité d’environ 7,5% parmi les patients et un taux de guérison de l’ordre de 37%.

Selon lui, « la province de Semnan (nord-est) figure en tête du classement du nombre de patients par rapport à sa population, suivie par celles de Qom (centre) et de Markazi », celle-ci en troisième place. 

Les provinces de Semnan et Markazi sont voisines de celle de Qom où les deux premiers cas et décès liés à la maladie Covid-19 ont été officiellement annoncés le 19 février.

Afin de tenter de limiter la propagation, les autorités demandent depuis des semaines à la population de s’abstenir de tout déplacement, notamment à l’occasion du congé de Norouz, le Nouvel An iranien (de vendredi au 3 avril).

Vendredi, le Croissant-Rouge iranien a déploré le fait que quelque trois millions de personnes avaient pris la route à cette occasion dans les 13 provinces les plus touchées par la maladie. Mais M. Rohani a assuré que les voyages avaient dans l’ensemble nettement baissé. 

M. Jahanpour a dénoncé « une minorité qui n’a pas suivi les directives » et averti que « les provinces touristiques (n’accueilleraient) pas les voyageurs de Norouz ». 

De fait, certaines provinces ont décrété depuis quelques semaines la fermeture des hôtels et autres lieux d’hébergement susceptibles d’accueillir des touristes.

*Avec AFP