Corée du Nord: tirs de missiles de croisière à la veille d’élections au Sud

Un homme regarde des informations télévisées montrant des images d'archives d'un test de missile nord-coréen, dans une gare de Séoul le 14 avril 2020. [AFP]
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La Corée du Nord a tiré mardi plusieurs missiles de croisière présumés en direction de la mer, a indiqué l’armée sud-coréenne, une façon pour Pyongyang de montrer l’ampleur de son arsenal selon des experts.

« Plusieurs projectiles » qui seraient « des missiles de croisière à courte portée » ont été tirés depuis la ville de Munchon, dans l’Est du pays, a déclaré l’état-major de l’armée sud-coréenne dans un communiqué.

Ces essais interviennent à la veille d’élections législatives en Corée du Sud et du 108e anniversaire de la naissance du fondateur du régime, Kim Il Sung, le grand-père de l’actuel dirigeant Kim Jong Un.

Ils ont été effectués alors que l’attention de la communauté internationale se focalise sur la lutte contre la pandémie de nouveau coronavirus. Pyongyang affirme être exempt de tout cas de Covid-19.

Ces dernières années, la Corée du Nord, pays doté de la bombe atomique, a procédé à de nombreux tirs de missiles balistiques, des engins propulsés très haut dans les airs et qui retombent à une vitesse très rapide vers leur cible en raison de la gravité.

Le pays possède également des ICBM (missile balistique intercontinental) capables d’atteindre l’intégralité du territoire continental des Etats-Unis.

Pour leur part, les missiles de croisière demeurent à basse altitude, parfois à quelques mètres seulement de la surface, ce qui les rend plus difficiles à détecter. Ils nécessitent des systèmes de guidage très sophistiqués afin d’atteindre leur cible. 

«Précision»

Les missiles tirés mardi ont été lancés en direction de la mer du Japon, ou mer de l’Est selon l’appellation coréenne, avant de s’abîmer en mer, a indiqué l’état-major interarmes sud-coréen.

Des avions de chasse de type Soukhoï et MiG ont également volé au-dessus de la ville de Wonsan, située sur la côte Est, et tiré des roquettes air-sol, a ajouté un porte-parole. 

« La Corée du Sud et les services de renseignement américains analysent de près les questions relatives » à ces tirs, a précisé le communiqué.

La Corée du Nord a démontré ainsi qu’elle possédait « différentes options » en termes de vecteurs d’armes, a affirmé à l’AFP Cha Du-Hyeogn, chercheur au sein de de l’Institut Asan d’études politiques à Séoul.

« Les missiles balistiques attestent de sa puissance destructrice et les missiles de croisière de sa précision », a-t-il souligné. « Jusqu’à présent, la Corée du Nord a montré sa force et maintenant elle démontre sa précision en frappant des cibles ».

Pyongyang est sous le coup de multiples sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies pour l’obliger à renoncer à ses programmes nucléaire et balistique interdits.

Les essais de missiles de croisière ne violent pas les résolutions de l’ONU qui concernent la technologie des missiles balistiques, soulignent les experts.

La Corée du Nord a procédé ces derniers mois à de nombreux tests d’engins qu’elle décrit comme des lanceurs de roquettes multiples de très gros calibre alors que d’autres les appellent des missiles balistiques.

Par le passé, elle a déjà tiré des missiles de croisière.

«Entre provocation et dialogue»

En juin 2017, Pyongyang s’était félicité d’avoir réussi l’essai d’un nouveau missile de croisière sol-mer destiné à frapper tout bâtiment « ennemi » qui menacerait la Corée du Nord.

Pyongyang avait alors affirmé que « les missiles de croisière lancés ont détecté avec exactitude des cibles flottantes en mer orientale de Corée ». 

Ce tir était intervenu alors que des manoeuvres navales auxquelles avaient participé deux porte-avions américains s’étaient déroulés dans cette zone la semaine précédente. 

Ces engins avaient parcouru environ 200 kilomètres avant de s’abîmer en mer. 

En 2017, Kim Jong Un et le président américain Donald Trump avaient échangé des insultes et brandi des menaces d’apocalypse nucléaire, avant un rapprochement historique l’année suivante.

Ces discussions sont au point mort depuis le fiasco du deuxième sommet entre MM. Trump et Kim, en février 2019 à Hanoï.

Les missiles tirés mardi ont parcouru environ 150 kilomètres, selon Séoul. 

Pour Go Myong-hyun, analyste à l’Institut Asan, opter pour une courte portée est probablement un choix délibéré de Pyongyang. 

« La Corée du Nord n’a toujours pas décidé de la position stratégique à adopter entre provocation et dialogue », a-t-il expliqué à l’AFP.

« Elle fait preuve de prudence. Elle tire des missiles pour faire monter la tension, mais le niveau de tension n’est pas si élevé », a-t-il ajouté. « A ce stade, je ne serais pas surpris si la Corée du Nord procédait à d’autres provocations ou si elle se disait soudainement prête à dialoguer ».