Eurofighter et F-18 : l’Allemagne choisit un compromis pour remplacer ses chasseurs

Eurofighter et F-18 : l’Allemagne choisit un compromis pour remplacer ses chasseurs. [AFP]
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L’Allemagne opte pour des appareils à la fois européens et américains pour remplacer sa flotte vieillissante d’avions de chasse Tornado, une option de compromis qui fait polémique au sein du gouvernement.

La ministre de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, a annoncé mardi soir que l’Allemagne prévoyait l’achat de 93 avions européens Eurofighter et 45 F-18 américains pour renouveler sa flotte.

La ministre, proche d’Angela Merkel, présentera mercredi ce choix devant la commission spécialisée de la chambre des députés allemands.  

Avions vieillissants

Les Eurofighter sont produits par le géant européen Airbus, les F-18, chargés de transporter les bombes nucléaires américaines dans le cadre de l’OTAN, par le constructeur américain Boeing.

La flotte allemande de Tornado doit être remplacée au plus tard en 2030. Et le dernier mot reviendra aux députés allemands, le vote final étant attendu seulement lors de la prochaine législature appelée à débuter fin 2021.

Par cette répartition deux tiers-un tiers, le gouvernement d’Angela Merkel tente de concilier d’une part son engagement régulièrement réaffirmé en faveur de l’Europe de la Défense et de son industrie d’armement, d’autre part ses obligations à l’égard de l’OTAN et des États-Unis.

«Transition sans heurts»

L’Allemagne ne peut pas reporter cette décision à une prochaine législature, après 2021, sous peine de ne pas pouvoir mener de «transition sans heurts» avec la future flotte, a expliqué mardi soir Annegret Kramp-Karrenbauer dans le quotidien Süddeutsche Zeitung.

La ministre de la Défense justifie en partie le choix d’appareils américains par les obligations de l’Allemagne de transporter, si besoin, des bombes nucléaires américaines dans le cadre de l’OTAN, au nom du concept de «partage nucléaire».

Tout en assurant que les appareils Eurofighter continueront de constituer «l’épine dorsale de l’armée de l’air» allemande.

Cet engagement de la ministre conservatrice, sans attendre le passage du dossier devant les députés, a suscité l’ire ces derniers jours du partenaire social-démocrate de la coalition de la chancelière Angela Merkel. La décision devra cependant être ratifiée par les députés au parlement allemand.

Remise en question du nucléaire

Le président de la commission de la Défense du parlement, le social-démocrate Wolfgang Hellmich, a récemment déploré le manque «de transparence» de la ministre.

Pour les sociaux-démocrates, au-delà du choix des avions de chasse, il en va des armes nucléaires en général. Sur le plan politique, les sociaux-démocrates ont depuis plusieurs mois initié un virage à gauche avec des positions plus pacifistes en matière de défense, dans l’espoir de regagner la confiance perdue de leur électorat.

Et sur ce dossier, ils entendent poser la question de savoir si l’Allemagne doit continuer au sein de l’OTAN à apporter son concours au transport d’armes nucléaires.

L’Eurofighter fabriqué par l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni, ne pourra lui pas transporter les bombes nucléaires américaines dans le cadre de l’OTAN, comme le font les Tornados aujourd’hui. Il n’a pas été prévu de le certifier pour cela.

Moins cher que le F-35

Berlin a un temps dans le passé songé à acquérir pour cela des jets américains F-35, nettement plus chers que les F-18 de Boeing, ce qui a conduit à des tensions avec la France notamment.

Paris a fait valoir à l’Allemagne qu’une telle option, en raison de son coût pour l’Allemagne, risquait de remettre en cause le projet franco-allemand du Système de combat aérien futur, appareil appelé à remplacer les Rafale et les Eurofighter à horizon 2040.

Berlin s’est au final rabattu sur le F-18 un peu moins onéreux. Ce choix n’enchante guère la France «car on n’est jamais ravi de voir un partenaire européen acheter des équipements américains», soulignait récemment un diplomate.  

Mais il est jugé «moins problématique que le F35».