Le porte-avions Charles-de-Gaulle, symbole d’une épidémie toujours active en France

Le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte ont rejoint leur port d’attache le dimanche 12 avril dans l’après-midi, au terme de trois mois d’opérations en Méditerranée orientale et en mer du Nord.. [Marine nationale]
Temps de lecture estimé : 6 minutes

Le bilan de l’épidémie de coronavirus en France approchait jeudi les 18 000 morts et la maladie, qui frappe jusqu’au porte-avions Charles-de-Gaulle, suscite de nombreuses incertitudes économiques, sociales et médicales malgré l’annonce d’un allègement progressif à partir du 11 mai du confinement imposé à la population.

Près de 670 marins, sur les 1767 membres d’équipage du groupe aéronaval fleuron de la marine française, ont été testés positifs à la COVID-19 depuis son retour anticipé en France dimanche. Un bilan temporaire, encore amené à gonfler.

L’origine de la contamination n’est pas encore connue, mais les questions montent sur la gestion de la crise à bord.

Aucun cas de symptômes n’était «remonté» vers le Service de santé des armées avant l’escale du porte-avions à Brest à la mi-mars, a assuré jeudi un médecin militaire, alors qu’au moins un marin affirme sous couvert d’anonymat que le commandant avait souhaité interrompre la mission.

«Je comprends l’inquiétude des gens. Mais il faut aussi garder son sang-froid […] On veut tous savoir ce qui s’est passé, des enquêtes sont en cours. Il faut attendre le résultat», a affirmé jeudi Christine Ribbe, porte-parole de la préfecture maritime de Méditerranée.

Récapitulatif sur les marins du groupe aéronaval

À titre indicatif, voici un extrait sur la situation des marins du groupe aéronaval tiré du dernier point de situation du Service d’informations et de relations publiques des armées.

• Les 11 et 12 avril, tous les bâtiments du groupe aéronaval ont rejoint leurs ports d’attache: Toulon pour le porte-avions Charles de Gaulle et la frégate de défense aérienne (FDA) Chevalier Paul, Brest pour le bâtiment de commandement et ravitaillement (BCR) Somme et la frégate anti-sous-marine (FASM) La Motte-Picquet. Les pilotes et aéronefs du groupe aérien embarqué se sont également posés sur leurs bases aéronavales.

• La priorité de la Marine aujourd’hui et pour les jours à venir est la préservation de la santé et du moral des marins, et par extension, ceux de leurs familles et de leurs proches.

• À leur arrivée, tous les marins ont été pris en charge par les différents acteurs des bases navales et aéronavales, en étroite coordination avec le Service de santé des armées.

• Les marins malades présentant des symptômes liés au coronavirus ou dépistés positifs suite aux premières batteries de tests réalisés à bord de certains bâtiments ont été pris en charge le 12 avril au soir par le Service de santé des armées au sein d’installations médicales ou à proximité de ces installations.

• Le débarquement du reste des équipages toulonnais s’est terminé le 13 avril au soir.

• Les pilotes du groupe aérien embarqué ainsi que le reste des équipages des bâtiments toulonnais effectueront une période de confinement de 14 jours sur les emprises militaires (bases aéronavales bretonnes, base navale de Toulon, Pôle Écoles Méditerranée, base aéronavale d’Hyères). Des tests de dépistage seront réalisés par le Service de santé des armées pendant cette période de confinement et avant le retour des marins dans leur foyer.

• Les modalités de confinement seront adaptées et personnalisées en fonction des résultats de ces tests, pour chaque marin. • Concernant le BCR Somme et la FASM La Motte-Picquet, une enquête épidémiologique a été conduite à bord des deux bâtiments dès leur arrivée au mouillage en rade de Brest le 11 avril par des médecins du centre d’épidémiologie et de santé publique des armées (CESPA). Pour la frégate La Motte-Picquet, le résultat de cette enquête a conclu à l’absence de cas avérés, l’équipage a donc été autorisé à rejoindre son domicile pour y respecter également une période de confinement. Concernant le BCR Somme, les premières enquêtes épidémiologiques conduites à bord par le Service de santé des armées n’ont pas confirmé de cas positif de Covid-19. Par précaution et pour lever définitivement toute suspicion, l’équipage restera confiné dans une enceinte militaire et des tests individuels complémentaires seront réalisés, afin de s’assurer que tous les marins sont en bonne santé et puissent regagner sereinement leur foyer.

• En parallèle des mesures prises pour assurer à nos marins qui rentrent d’opération la meilleure prise en charge médicale et logistique possible, les opérations de désinfection des aéronefs et des bâtiments de surface sont entreprises par des équipes mixtes interarmées, en lien avec des industriels.

Pendant ce temps, la France…

Les inquiétudes sur la santé des travailleurs sont au cœur des préoccupations des Français, avec une reprise de l’activité prévue le 11 mai, date de l’allègement possible du confinement annoncée par le président Macron.

À ce moment-là, «on ne va pas passer du noir au blanc, on va passer du noir au gris foncé», a prévenu mercredi le président du Conseil scientifique du gouvernement devant la mission d’information de l’Assemblée sur la COVID-19.

«Il s’agit d’un continuum, il n’y aura pas un avant et un après. Il faut faire extrêmement attention à ça, sinon le virus peut repartir», a mis en garde le Pr Jean-François Delfraissy.

Des petites lueurs d’espoir apparaissent toutefois dans la crise du coronavirus, avec pour la première fois une baisse du nombre d’hospitalisations mercredi soir, avec 513 personnes de moins en 24 heures.

Le milieu médical reste cependant prudent sur l’évolution de l’épidémie qui a fait 17 920 morts dans le pays depuis le début mars, 11 060 à l’hôpital et 6860 dans les Ehpad et autres établissements médico-sociaux (où sont désormais recensés près de 40 % des morts), sans compter les décès à domicile.

Lueurs d’espoir, après le chiffre des patients en réanimation qui continue de baisser depuis le 9 avril (-209 en 24 heures), c’est le nombre total de personnes hospitalisées pour la COVID-19 qui décroît pour le deuxième jour consécutif, à 31 305 (-474).  

De «légères baisses», qui indiquent que «la circulation du virus se stabilise à un niveau élevé», a souligné le directeur général de la santé Jérôme Salomon, en appelant à ne pas relâcher les efforts, notamment en matière de confinement.

Après le 11 mai, près de 18 millions de personnes à risque, souffrant de maladies chroniques ou tout simplement âgées, devront d’ailleurs rester confinées, a souligné le Pr Delfraissy devant la commission des lois du Sénat.

Et le déconfinement devra être reporté si des conditions indispensables – un nombre suffisant de tests de dépistage et un système de traçage des contacts des nouveaux cas identifiés – ne sont pas réunies, a-t-il précisé.

Sur ce dernier point, les députés LR (opposition de droite) ont demandé jeudi un vote de l’Assemblée nationale à l’issue du débat du 28 avril sur les techniques de traçage des données des téléphones pour lutter contre l’épidémie.

Cette éventuelle reprise d’activité dans moins de quatre semaines apporte son lot de polémiques, comme celle liée à l’annonce de la réouverture des crèches et établissements scolaires, à l’exception de l’enseignement supérieur.  

Plusieurs élus locaux se refusent à rouvrir les écoles à cette date, jugeant cette décision « déraisonnable ». « Le risque est pour nous trop important. Comment faire avec les parents qui amènent les enfants à l’école ? Avec les enseignants ? Comment gérer la cuisine centrale ? », s’est interrogé notamment le maire de Montpellier Philippe Saurel (DVG).

In/Off

Les critiques sont d’autant plus virulentes que bars, restaurants et salles de cinéma resteront fermés. En outre, l’économie ne doit plus compter sur les festivals d’été, dont beaucoup ont d’ores et déjà renoncé comme les Vieilles Charrues. Le Festival de Cannes cherche de son côté la parade pour éviter à tout prix une annulation préjudiciable à la filière cinéma, réfléchissant même à une alliance avec la Mostra de Venise.

Après le «in», c’est le festival «off» d’Avignon, considéré comme la plus grande manifestation de théâtre au monde, qui a rejoint jeudi la longue liste des manifestations annulées.

De son côté, Franck Riester, ministre de la Culture, a provoqué l’«incompréhension» du syndicat du secteur en évoquant la possible tenue de «petits festivals» à partir du 11 mai.

Très attendu sur son «plan complet de sortie» du confinement, le gouvernement table désormais sur une chute de 8 % du Produit intérieur brut (PIB) en 2020. Et les créations d’entreprises se sont effondrées de 25,5 % au mois de mars, selon l’Insee.

Le plan d’urgence, destiné à soutenir entreprises et salariés, a été adopté en commission à l’Assemblée. Il s’élève désormais à 110 milliards d’euros, avec notamment une prime aux soignants.

Le chômage partiel concerne maintenant 8,7 millions de salariés, a indiqué la ministre du Travail Muriel Pénicaud, «plus d’un salarié sur trois», pour un coût à ce stade de 24 milliards d’euros.

*Avec AFP

À lire aussi, sur l’édition française de 45eNord: Un tiers des marins du groupe aéronaval positifs au coronavirus Covid-19 >>