Les hôpitaux de campagne fleurissent aux Etats-Unis, en attendant la vague

Des soldats de la Garde nationale du Michigan installent des lits dans un hôpital de campagne en cours d'assemblage au TCF Center de Detroit, le 1er avril 2020. [AFP]
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Dans des centres de conventions, des salles sportives et des parkings, des milliers de lits d’hôpitaux sont en train d’être installés en urgence de Los Angeles à Miami pour parer à la vague imminente du coronavirus. Mais un autre problème se profile déjà: le manque de personnels soignants pour les gérer.

Pour l’instant, ces lits sont souvent vides, car le pic de l’épidémie est pour de nombreuses régions, hors New York, encore distant de plusieurs semaines. Leurs alignements dans des salles immenses évoquent des préparatifs de guerres, et donnent une idée de la catastrophe sanitaire à venir.

A New York, le centre de convention où Hillary Clinton avait tenu sa malheureuse soirée électorale en 2016 va accueillir des malades du Covid-19. Un navire-hôpital militaire, le Comfort, a 1.000 lits, mais seulement 20 étaient occupés vendredi car l’armée veut seulement des malades non porteurs.

Depuis mardi, à Detroit, une centaine d’ouvriers et de militaires du génie érigent des cloisons dans le centre de convention TCF Center, où Bernie Sanders faisait encore un meeting début mars. Ils installent des tubes pour l’oxygène, des câbles pour l’électricité et les ordinateurs, et ils ont modifié le système de climatisation afin d’empêcher l’air de sortir.

« Je travaille 15 heures par jour, c’est le projet le plus important de ma vie », dit à l’AFP Nick Zager, ingénieur du Corps du génie de l’armée de Terre, normalement chargé de secourir les villes dévastées par des ouragans ou inondées par des crues.

Ici seront installés, sans doute d’ici le week-end, 1.000 chambrettes de trois mètres sur trois, séparées par des cloisons, sur deux niveaux, et dédiées aux futurs malades du virus: 600 lits au niveau supérieur, avec oxygène pour chaque lit, et 400 lits sans oxygène en-dessous pour les malades en voie de rétablissement. Plus 66 lavabos, 49 douches et 23 toilettes.

C’est le gouvernement fédéral qui finance, après une demande formulée par l’Etat du Michigan seulement dimanche. A charge aux autorités locales de fournir le personnel soignant et les équipements médicaux.

Et l’armée a pré-planifié par anticipation une vingtaine d’autres sites à Detroit, Grand Rapids et ailleurs dans le Michigan, au cas où.

« On espère le meilleur et on se prépare au pire », dit Nick Zager, une citation fétiche de son corps d’armée.

Le USNS Comfort a soigné ses premiers patients à New Yourl le 1er avril (U.S. Navy photo by Mass Communication Specialist 2nd Class Sara Eshleman)

Calme avant la tempête

L’armée construit huit hôpitaux de campagne dans la région de New York, à Chicago et dans deux autres villes de l’Illinois, auxquelles s’ajouteront prochainement des sites au Texas et en Louisiane.

En Californie, la Garde nationale de l’Etat installe un hôpital temporaire dans le paysage désertique d’Indio, avec 125 lits de camp. Un camp de caravanes accueille des malades en isolation à Los Angeles.

Les hôpitaux eux-mêmes s’étendent sans le concours des pouvoirs publics.

En Virginie, au sud de Washington, c’est le calme avant la tempête.

Le pic de l’épidémie n’est prévu qu’en mai, selon un modèle épidémiologique très utilisé et mis en ligne par l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) à l’université de l’Etat de Washington.

L’hôpital Mary Washington de Fredericksburg vient d’aménager une salle des urgences « bis » dans son parking, afin de doubler sa capacité d’accueil. Quand l’AFP s’y est rendue jeudi, il n’y avait encore personne.

« J’espère qu’on aura jamais à l’utiliser, mais malheureusement, les modèles disent tous que ce ne sera pas le cas », dit à l’AFP Christopher Newman, le directeur médical.

L’hôpital a doublé 38 à 76 le nombre de lits de réanimations. Il a 71 respirateurs artificiels sous la main.

Et si la vague triplait ou quadruplait les besoins? Il faudra transférer les malades dans d’autres hôpitaux, dit le docteur Newman.

« Ma plus grande inquiétude, c’est le personnel », prévient-il. Ici, il s’est arrangé avec les autres médecins spécialistes et de ville. Mais « si tous les hôpitaux sont déjà au double de leurs capacités, ce sera difficile d’avoir assez de monde pour les hôpitaux de campagne ».

New York illustre ce à quoi le reste du pays pourrait être confronté en avril et mai.

« J’ai demandé au président et à l’armée il y a plus d’une semaine 1.000 infirmières, 150 médecins et 300 thérapeutes respiratoires », s’est plaint le maire Bill de Blasio. « Je n’ai toujours rien ».