Plus de militaires pour les CHSLD: Oui, mais faudra se poser des questions après la crise, prévient Trudeau

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Tout en acceptant la demande de Québec de déployer plus membres des Forces armées canadiennes dans les CHSLD, le premier ministre Trudeau a prévenu que là n’est pas le rôle de l’armée, qu’il ne s’agit pas d’une solution à long terme et qu’il faudra se poser des questions une fois la crise passée.


Mise à jour 24/04/2020, 14h18

Une équipe des Forces canadiennes et d’autres partenaires fédéraux est en voie de déploiement au Québec pour identifier les besoins locaux et rassembler le personnel requis en fonction de la dernière demande de Québec, a indiqué le ministre Blair.


Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a pour sa part confirmé sur Twitter l’envoi des membres des Forces armées en Ontario, où les centres de soins pour aînés sont là aussi en difficulté dans la lutte à la pandémie..

À ce jour, après avoir terminé l’analyse avec les autorités sanitaires locales visant à évaluer les différents besoins dans les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD), les Forces Armées canadiennes ont jusqu’ici déployé 130 militaires, notamment dans cinq CHSLD du Grand Montréal.

Avant de faire sa demande de renforts hier, Québec avait cherché à combler lui-même les milliers d’absences dans les CHSLD. Plus tôt cette semaine, le premier ministre du Québec, François Legault, avait indiqué que quelque 2000 employés du réseau étaient absents, soit parce qu’ils étaient malades, en retrait préventif ou parce qu’ils avaient peur de contracter la COVID-19.

Aujourd’hui, ce sont 9500 travailleurs qui sont maintenant absents du réseau de la santé, un nombre qui ne cesse de grimper alors que 800 personnes de plus se sont ajoutées à la liste des absents dans la journée de mercredi.

«Le Québec et l’Ontario nous ont demandé l’aide de l’armée – des demandes qu’on va accepter», a indiqué Justin Trudeau lors de son point de presse quotidien aujourd’hui depuis Rideau Cottage, tout en adressant aux autorités civiles des provinces et territoires une mise en garde on ne peut plus clair: «Nos militaires iront prêter main-forte comme ils le font toujours. Mais il ne s’agit pas d’une solution à long terme. Au Canada, nos militaires ne devraient pas prendre soin de nos aînés», a-t-il indiqué. Il faudra donc, « au cours des prochaines semaines et des prochains mois, examiner comment on en est arrivé là».

«En ce moment, on voit des tragédies épouvantables dans les CHSLD à travers le pays. C’est inacceptable. Si vous êtes fâchés, frustrés ou inquiets – vous avez raison de vous sentir comme ça. On doit faire mieux. Parce qu’on laisse tomber nos parents, nos grands-parents, nos aînés», a déploré le premier ministre Trudeau lors de son point de presse à Ottawa ce jeudi.

Fait inhabituel, lors de l’annonce de la demande de 1 000 militaires additionnels par le gouvernement Legault, incapable de trouver assez de professionnels de la santé pour les déployer de façon urgente à temps plein dans les CHSLD où on craint maintenant que la pandémie de COVID-19 fasse des milliers de morts, certains militaires s’exprimant sur nos pages, habituellement discrets, n’ont pu, bien que toujours prêts à servir, s’empêcher de formuler eux aussi des réserves.

La position de plusieurs étant qu’il ne faudrait pas non plus que les Forces armées canadiennes deviennent la «bonne à tout faire» d’autorités civiles trop souvent dépassées. Il y a longtemps que les lacunes dans les CHSLD sont connues et il n’était pas nécessaire d’être un génie pour anticiper que, advenant une crise, on ferait face à de graves problèmes. Même si en temps de crise il est du devoir des militaires de répondre à l’appel, il semble à en juger par la réaction qu’a suscité chez nombre d’entre eux cette dernière demande du gouvernement Legault que plusieurs en sont venus de se demander si, la crise mise à part, c’est bien à eux de suppléer aux carences du système de santé d’une province.

Car, si le système de santé québécois est lui-même malade, on ne pourra pas le soigner éternellement à coup de déploiements militaires.

Par ailleurs, il est indéniable qu’alors qu’un certain nombre de problèmes de sécurité nationale ont surgi ou ont été révélés à la lumière de la pandémie de COVID-19, la notion même de la sécurité nationale du Canada s’est élargie, de même que le mandat des Forces armées canadiennes.
 
Mais ne devrait on pas s’interroger bientôt sur le rôle que devraient véritablement jouer les Forces armées canadiennes dans des crises comme celles de la pandémie de COVID-19 et si les Forces armées peuvent rester prêtes à répondre aux appels des gouvernements à une aide intérieure concernant des crises comme celle de la COVID-19 tout en poursuivant simultanément ses autres missions essentielles au pays et à l’étranger avec une capacité effective ?

Bref, jusqu’où le mandat des Forces armées doit-il s’élargir et pourra-t-on continuer longtemps à solliciter autant nos militaires, et à quelles conditions ? À suivre…