Covid-19: les vétérans de l’Hôpital Sainte-Anne «fiers» de voir arriver les militaires de l’Op LASER

L’Hôpital Sainte-Anne. (Archives/BPA)
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Alors que, dans le cadre de opération LASER en réponse à la situation de pandémie, les Forces armées canadiennes ont dépêché plusieurs militaires dans CHSLD du Québec, un contingent s’est rendu à l’Hôpital Sainte-Anne, à Sainte-Anne de Bellevue dans l’Ouest de l’île de Montréal, un établissement de soins de longue durée de 456 lits, dont 398 occupés actuellement, où les membres des Forces canadiennes ont été accueillis avec une joie particulière par les 114 vétérans que compte l’établissement.

Après la première demande de Québec le 15 avril, l’analyse avait permis de conclure avec les autorités sanitaires provinciales que le niveau de soutien requis serait de jusqu’à 130 membres des Forces armées, regroupés en équipes formées de 2 infirmiers, 12 techniciens médicaux et le personnel de soutien nécessaire, qui travaillent en collaboration avec le personnel médical civil sur place dans cinq établissements à Montréal et dans les environs.

Depuis, incapable de trouver 1000 professionnels de la santé pour les déployer de façon urgente à temps plein dans les CHSLD où on craint maintenant que la pandémie de COVID-19 fasse des milliers de morts, Québec s’est tourné de nouveau vers Ottawa et a demandé et obtenu des renforts supplémentaires.

45eNord.ca a eu la chance cette semaine de pouvoir s’entretenir avec la capitaine Isabelle Dubé, infirmière militaire à la clinique médicale du 41e centre services de santé de la Garnison Montréal à Longue Pointe, qui fait partie de la première vague de militaires envoyés à la rescousse du réseau québécois de la santé et qui s’est retrouvée à l’Hôpital Saint-Anne.

Anciennement propriété du ministère des Anciens Combattants du Canada, l’Hôpital Sainte-Anne a été cédé au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal par le biais d’une transaction entre les deux gouvernements qui a pris effet le 1er avril 2016 et, le 30 mai de la même année, l’hôpital était livré au réseau québécois de la santé.

Le transfert ne s’était pas fait sans heurts et un vétéran de 95 ans et demi, à l’époque, 97 et demi aujourd’hui, Wolf Solkin, avait lancé un recours collectif contre le Gouvernement du Canada, le Gouvernement du Québec et le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal à propos du transfert désastreux de l’Hôpital entre les différents paliers gouvernementaux.

«M. Solkin, le représentant des vétérans, dès la première journée qu’on est arrivé ici, on a été le rencontrer, on a parlé avec lui, il était très content et très fier qu’on soit ici. C’est sûr qu’on a un contact qui est beaucoup plus facile. Le contact est beaucoup plus facile avec les vétérans, on a un élément en commun.», nous a confié la capitaine Dubé, qui s’est retrouvée à Sainte-Anne infirmière sur le plancher et à la tête d’une équipe de 6 techniciens médicaux qui, eux, jouent le rôle de préposés aux bénéficiaires.

À Sainte-Anne, contrairement à certains établissements dont on entend davantage parler, la situation à l’arrivée des équipes des Forces armées canadiennes était stable et elle l’est encore aujourd’hui.

Sur 398 lits occupés, un seul patient a été testé positif à la COVID-19 et il se trouve aujourd’hui isolé, seul au 5e étage. Quand aux autres patients, il n’y a pour le moment aucun cas confirmé. Il n’a pas été nécessaire d’aménager une «zone chaude» puisqu’il n’y a jusqu’ici aucune personne atteinte, et les patients ont été divisés entre une «zone tiède», où sont regroupés ceux que l’on croit susceptibles d’avoir été atteints, mais n’ont pas été testés positifs, et qui n’occupe qu’un étage, et les autres patients qui occupent tout le reste de l’établissement.

«Ce que je peux dire, c’est que tout le monde va bien ici. En fait, la raison principale pour laquelle on est envoyé est qu’on a pris beaucoup du personnel qui était déjà employé ici pour les envoyer dans les CHSLD où c’était plus difficile. Donc, nous, on vient en renfort pour remplacer et supporter le manque de personnel.», nous a déclaré la capitaine Dubé, ajoutant que qu’à Sainte-Anne «ils ont été beaucoup épargné par leurs mesures, ils ont pris de bonnes mesures de précaution, il n’y a pas vraiment beaucoup de cas de Covid, ça va très bien et ils réussissent à maintenir ça pour que ça soit stable, donc ici, on est quand même chanceux».

Wolf Solkin en 2018.(Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Mais la grande surprise reste l’accueil plus qu’enthousiaste qu’ont fait aux jeunes militaires les vétérans de l’Hôpital Sainte-Anne.

«Je me rappelle j’ai été à l’unité prothétique et il y a un vétéran qui m’a regardé et qui m’a dit ‘Bonjour Capitaine Dubé » [sur un ton particulièrement joyeux, NDLR] et j’ai vu que ça lui faisait plaisir de voir qu’il y avait un officier», nous raconte l’infirmière militaire. «Et en plus, il y a quelques années, on a changé nos grades [en 2013, les insignes de grade traditionnels des officiers de l’Armée, soit les étoiles et les couronnes, qui semblaient appartenir à l’Histoire, ont été rétablis par le gouvernement Harper, NDLR.»]. Il y a très longtemps, c’était des ‘pips’ et des couronnes qu’on avait, on a changé, on avait des barres, et là, on est revenu aux ‘pips’ et aux couronnes, là, j’ai été surprise de voir, ha, il reconnaît mon grade, il lit mon nom, il le nomme et il finit en me faisant des  »drills d’armes » [sans armes, évidemment, NDLR]. J’ai trouvé ça très intéressant la connexion qui s’est faite. On a vu le Monsieur qui avait vraiment un beau sourire et à tous les jours, je le vois, les vétérans sont contents et nous-autres, on se sent utiles et on sent vraiment qu’on a une valeur ajoutée dans cette organisation là»

Écoutez l’intégrale de l’entrevue avec la capitaine Isabelle Dubé sur la page Facebook de 45eNord.ca >>

Isabelle Dubé,un parcours qui l’a bien préparé à la crise

La situation est plutôt bonne à Saint-Anne, mais il y a quand même beaucoup de travail à faire. «On sait, le réseau de la santé est en manque de personnel, donc, tous les établissements le vivent et nous, on est là pour leur venir en renforts et je peux vous dire que le personnel en santé ici, et même tout le personnel, d’entretien, etc, tout le monde travaille très fort et le moral est là, tout le monde est de bonne humeur, on s’entraide, on travaille en équipe, on essaie de rendre ça positif notre présence ici.»

Isabelle Dubé a un parcours atypique qui l’a bien préparé à la crise d’aujourd’hui et qui illustre bien ce que les Forces armées peuvent seules apporter au réseau de la santé. Pas seulement des bras, mais une énergie propre aux militaires.

Elle a joint les forces en 2000 comme officier de la logistique. Elle a fait son baccalauréat au Collège militaire de Kingston en administration et en économie. Par la suite elle a exercé comme officier de la logistique jusqu’en 2014. Pendant cette période là, elle a été déployée en Afghanistan, puis a été déployée à Haïti après le tremblement de terre.

En 2014, «j’ai décidé, ça faisait un bon moment que je voulais aller dans le domaine de la santé, j’ai décidé de transférer dans la Réserve, je suis allé faire mon baccalauréat en Sciences infirmières à l’Université Laval. Ensuite, après trois ans d’études, je suis allé travailler à l’urgence et aux soins intensifs de l’Hôpital Pierre Legardeur. Par la suite, j’ai été chef de service au CISSS de Laval à la Résidence Louis Vachon, puis, j’avais fait ma demande entre-temps pour réintégrer la Régulière en tant qu’infirmière militaire. Donc, en novembre 2019, c’est tout récent, j’ai transféré dans la Régulière comme infirmière militaire», nous dit celle dont la richesse de l’expérience est aujourd’hui un atout en ces temps difficiles.

On ne se cachera pas que si nos préposés aux bénéficiaires, par exemple, qui entrent dans ce métier difficile qui est le leur après une année de formation professionnelle de niveau secondaire, avait la même formation, la même expérience, la même solde et avaient pu se développer professionnellement comme les techniciens médicaux des Forces armées canadiennes, tout aurait peut-être été différent. Il faut donc se garder de comparer.

Mais force est d’admettre que l’arrivée des militaires fait aujourd’hui toute la différence.

«On a été bien accueilli, ils sont contents qu’on soit là. On est des gens très professionnels, on fait bien le travail, on est disciplinés, on est minutieux, on a à cœur le bien-être des gens. Je pense que notre présence ici est bien accueillie.» , nous assure la capitaine Dubé.

«Quand j’ai été déployée à Haïti, après le tremblement de terre, j’étais officier de logistique dans ce temps là, je vous dirais que c’était l’imprévisibilité. Quand moi je suis partie et que j’ai pris l’avion pour Haïti, on ne savait pas pour combien de temps on partait, on ne savait pas ce qu’on allait trouver, on ne savait pas ce qui allait se passer, ce qu’on allait avoir comme matériel, comment ça allait se dérouler. Il y avait un peu une inquiétude. Mais je vous dirais que, rapidement, on embarque dans la vague et on se laisse porter et ça va bien. Les Forces armées canadiennes sont une structure vraiment, c’est une belle organisation, on est une organisation hiérarchique. Ça prend de l’expérience, de la scolarité, ça prend beaucoup de formation», conclut celle qui comme ses collègues se porte à la rescousse de leurs concitoyens en des temps difficiles et incertains avec enthousiasme, ardeur et discipline.