Trump menace de suspendre la contribution américaine à l’OMS

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Donald Trump a menacé mardi de suspendre la contribution américaine à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), dénonçant sa gestion de la pandémie du coronavirus et une attitude à ses yeux trop favorable à Pékin.


Mise à jour 08/04/2020, 15h06

Pendant que le président américain détourne l’attention de sa gestion de la crise en accusant tout le monde, à tort ou à raison, les États-Unis comptent maintenant, et de très loin, le plus de cas déclarés de COVID-19 au monde, soit 401 166, plus d’un quart des infections mondiales.

Les États-Unis déplorent par ailleurs au moins 12 912 morts. Le pays relève depuis le milieu de la semaine dernière plus de 1000 nouveaux décès chaque jour malgré les mesures de confinement qui y ont été tardivement mises en place, État par État.  


«Nous allons suspendre (le versement) des sommes destinées à l’OMS», a déclaré le président des États-Unis lors de son point de presse quotidien depuis la Maison-Blanche.

Quelques minutes plus tard, cependant, il a fait machine arrière dans une certaine confusion, en affirmant qu’il souhaitait seulement étudier cette possibilité.

«Je ne dis pas que je vais le faire, mais nous allons examiner cette possibilité», a-t-il déclaré, contredisant sa déclaration initiale.

Objet de la frustration présidentielle vis-à-vis de cette agence de l’ONU dont le siège est à Genève ? Son attitude vis-à-vis de Pékin.

«Tout semble très favorable à la Chine, ce n’est pas acceptable», a-t-il déclaré.

«Ils reçoivent des sommes énormes de la part des États-Unis», a-t-il insisté. «Ils ont critiqué la fermeture des frontières (aux personnes venues de Chine) quand je l’ai annoncée, et ils ont eu tort», a-t-il ajouté.

«Ils ont eu tort sur beaucoup de choses», a-t-il martelé, sans donner plus de précisions.

Le milliardaire républicain avait déjà rédigé mardi matin un tweet particulièrement virulent à l’encontre de l’organisation.

«L’OMS s’est vraiment plantée», a-t-il écrit.

«Étrangement, ils sont largement financés par les États-Unis et pourtant très centrés sur la Chine. Nous allons nous pencher avec attention sur le dossier», a-t-il ajouté.

«Heureusement, j’ai rejeté leurs conseils initiaux de laisser nos frontières avec la Chine ouvertes. Pourquoi nous ont-ils donné une recommandation aussi erronée ?», a-t-il conclu.

Lors de son point-presse quotidien, le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a rejeté mardi les critiques tweetées par le président américain contre son agence spécialisée dans la santé, sans parler toutefois de ses liens avec la Chine.

«Pour le secrétaire général (Antonio Guterres), il est clair que l’OMS sous la direction du docteur Tedros Adhanom a fait un énorme travail sur la COVID-19 en soutenant des pays avec l’acheminement de millions d’équipements médicaux et avec de la formation», a-t-il dit.

«L’OMS a montré la force du système de santé international », a aussi jugé le porte-parole, en rappelant «l’énorme travail» réalisé dans le combat contre Ebola en République démocratique du Congo et les pays voisins, sous la direction de Tedros Adhanom et «en mettant ses équipes en première ligne».

Les États-Unis sont le pays du monde qui compte, de très loin, le plus grand nombre de cas officiellement déclarés de COVID-19.  

Le nombre de décès causés par la maladie dans le pays augmente depuis plusieurs jours de plus de 1000 morts quotidiennement, se rapprochant ainsi peu à peu des macabres records de l’Italie et de l’Espagne.

Le chef de l’Union africaine défend l’OMS contre les critiques de Trump

Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, a pour sa part défendu mercredi l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) contre les attaques du président américain.

«Je suis surpris d’apprendre que le gouvernement américain mène campagne contre les dirigeants mondiaux de l’OMS», a écrit M. Faki sur son compte Twitter, ajoutant que l’UA soutenait «pleinement» le directeur général de l’OMS, l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Le président de Namibie, Hage G. Geingob, a quant à lui aussitôt manifesté son accord avec la position du président de la Commission de l’UA, affirmant sur son compte Twitter que «l’OMS, sous la direction du Dr Tedros, s’est révélé être un véritable porte-drapeau du multilatéralisme lorsque la solidarité mondiale est devenue critique.», ajoutant «Tenons-nous la main en ce moment crucial et concentrons-nous sur ce qui compte, sauver des vies.»

Dans son message sur Twitter mercredi, M. Faki a réclamé plus de coopération internationale pour faire face au coronavirus.

«L’attention devrait rester sur le fait de combattre collectivement la COVID-19, en tant que communauté mondiale unie», a-t-il ajouté. «Le temps de rendre des comptes viendra» plus tard.

«Ne politisez pas le virus», répond le patron de l’OMS

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus. [AFP]

L’OMS, accusée par le président américain d’être trop proche de la Chine et de mal gérer la pandémie, a dénoncé une «politisation» de la crise, appelant Pékin et Washington à s’unir pour combattre le virus.

«Ne politisez pas le virus. Pas besoin d’utiliser la COVID pour marquer des points politiques», a lancé au cours d’une conférence de presse virtuelle Tedros Adhanom Ghebreyesus, interrogé par un journaliste sur les accusations portées mardi par Donald Trump.  

«Vous avez beaucoup d’autres moyens de faire vos preuves», a ajouté ce fin diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères de l’Éthiopie, appelant à ne pas «jouer avec le feu».

Le 10 janvier, un jour avant le premier décès en Chine, l’OMS, indiquant qu’une enquête préliminaire suggérait qu’«il n’y a pas de transmission interhumaine significative», avait déconseillé d’appliquer à la Chine des restrictions aux voyages ou aux échanges commerciaux et ne recommandant «aucune mesure sanitaire particulière pour les voyageurs».

Ce n’est que fin janvier, lorsque les premières contaminations hors de Chine étaient signalées, que l’agence de l’ONU a parlé de dépistage dans les aéroports.

Dans ses dernières recommandations concernant le trafic international, publiées fin février, l’organisation déconseille toujours d’appliquer des restrictions, mais reconnaît que «dans certaines circonstances», les mesures qui limitent la circulation des personnes peuvent s’avérer temporairement utiles.

«Générosité» américaine

Agacé par la gestion de l’OMS, le président Trump a menacé de suspendre le financement américain à l’agence onusienne, dont les États-Unis sont le principal contributeur.

Le directeur général de l’OMS a quant à lui remercié mercredi les États-Unis pour leur «généreux soutien» contre la pandémie, mais a appelé le monde à «rassembler son énergie».

«Les États-Unis et la Chine devraient s’unir pour combattre ce dangereux ennemi», a en particulier relevé M. Tedros, qui a reçu le soutien de nombreux dirigeants africains depuis les déclarations acrimonieuses du locataire de la Maison-Blanche.

«Battons-nous comme des diables pour supprimer et contrôler ce virus. Il est dangereux. Nous avons besoin d’unité», a affirmé Tedros Adhanom Ghebreyesus.

«Ne continuons pas à jouer avec le feu» face à un virus qui progresse «de façon exponentielle», a-t-il insisté, alors que le bilan de la pandémie approche la barre des 100 000 décès dans le monde.

L’OMS, critiquée dans le passé pour avoir surréagi ou été trop laxiste lors de grandes épidémies, a été accusée cette fois d’avoir tardé à alerter et d’avoir tergiversé avant de qualifier la situation de pandémie, afin de ne pas froisser Pékin.

Mercredi, le patron de l’OMS a accusé les journalistes qui lui reprochaient d’avoir été influencé par la Chine de «jeter de l’huile sur le feu», et assuré que son organisation était «proche de toutes les nations».

Il a également assuré que son équipe travaille «jour et nuit» pour combattre le virus et a défendu son bilan, détaillant toutes les mesures et recommandations prises par l’agence spécialisée de l’ONU depuis début janvier.

Plus de trois mois depuis le début de l’épidémie, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui s’adresse aux médias trois fois par semaine, a assuré par ailleurs avoir reçu des attaques racistes et des menaces de mort, provenant notamment de Taïwan.

Taïwan a été exclue des principales institutions internationales sous la pression de la Chine, qui considère l’île autonome comme faisant partie de son territoire et menace de recourir à la force en cas de proclamation formelle de son indépendance.

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*Avec AFP