A Jérusalem pour discuter «annexion» , Mike Pompeo accuse l’Iran de semer la terreur

Photo d'archives du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (droite) et du secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, à Jérusalem, le 18 octobre 2019. [Archives/AFP]
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Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a accusé l’Iran de « fomenter la terreur » au Moyen-Orient malgré la pandémie de Covid-19, lors d’une visite-éclair mercredi à Jérusalem pour y discuter du projet d’annexion par Israël de pans de la Cisjordanie occupée.

Pour son premier déplacement à l’étranger en près de deux mois, le secrétaire d’Etat américain a revêtu un masque aux couleurs du drapeau américain à son arrivée à l’aéroport avant de se rendre à Jérusalem pour s’entretenir avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

« Même durant cette pandémie, les Iraniens utilisent les ressources du régime des ayatollahs pour fomenter la terreur à travers le monde et ce, alors même que le peuple iranien souffre énormément, ce qui en dit long sur l’âme de ceux qui dirigent ce pays », a déclaré M. Pompeo lors d’un point de presse avec M. Netanyahu.

L’Iran, bête noire d’Israël et des Etats-Unis, est le pays le plus affecté par l’épidémie au Moyen-Orient, avec plus de 110.000 cas de personnes contaminées.

Au cours des trois dernières semaines, au moins six frappes ont été attribuées à l’aviation israélienne contre des cibles pro-iraniennes en Syrie, ce qui a suscité un débat sur la réduction ou le maintien dans le pays des effectifs de l’Iran, allié du régime de Bachar al-Assad.

Téhéran « n’a pas arrêté une seule minute ses plans et ses actions violentes contre les Américains, les Israéliens et tous les autres dans la région », a affirmé M. Netanyahu, disant vouloir « combattre » les « agressions de l’Iran en Syrie » et ailleurs.

«Menace» pour la paix

La visite de Mike Pompeo intervient près de deux ans après la reconnaissance par l’administration Trump de Jérusalem, ville contestée, comme capitale d’Israël et à la veille de l’investiture d’un gouvernement d’union entre M. Netanyahu et son ex-rival électoral Benny Gantz, devant mettre fin à la pire crise politique de l’histoire d’Israël. 

Leur accord de partage du pouvoir prévoit le dévoilement à partir du 1er juillet d’une stratégie pour mettre en oeuvre le projet américain présenté en janvier par le président américain Donald Trump pour débloquer le conflit israélo-palestinien.

Le plan, rejeté par les Palestiniens, prévoit notamment l’annexion par Israël de la vallée du Jourdain et des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée ainsi que la création d’un Etat palestinien sur un territoire réduit.

Peu avant l’arrivée de M. Pompeo, un adolescent palestinien a été tué par un tir d’un soldat israélien lors de heurts dans le sud de la Cisjordanie, selon le ministère palestinien de la Santé. La veille, un soldat israélien a été tué par un jet de pierre palestinien.

« La décision (sur l’annexion, NDLR) sera prise par Israël et je veux savoir ce que le nouveau gouvernement pense à ce sujet », a déclaré Mike Pompeo dans un entretien avec le quotidien Israel Hayom avant sa visite.

« Les Etats-Unis sont parties prenantes de ce plan », a riposté le négociateur en chef des Palestiniens, Saëb Erakat, soutenant que Washington ne les avait pas contactés pour préparer cette visite.

« Des dirigeants internationaux nous ont clairement signifié que l’annexion représentait une menace non seulement pour la paix au Moyen-Orient mais pour l’ensemble du système international », a-t-il ajouté.

«Grand Israël» ?

Au cours de la dernière décennie, sous l’égide de Benjamin Netanyahu, la population dans les colonies israéliennes en Cisjordanie a bondi de 50% pour dépasser les 450.000 personnes, vivant souvent de manière conflictuelle auprès de plus de 2,7 millions de Palestiniens.

Les colonies sont aussi une question de politique intérieure aux Etats-Unis, où des mouvements évangéliques, soutiens des Républicains de Donald Trump, défendent le projet d’un « grand Israël » incluant des territoires en Cisjordanie.

A l’approche de la présidentielle américaine de novembre, « l’administration Trump veut vraiment que l’annexion se concrétise », explique Daniel Shapiro, ambassadeur américain en Israël sous l’ancien président américain Barack Obama.

« L’administration Trump est probablement peu préoccupée par les délimitations précises, mais cherche à obtenir un accomplissement (…) à présenter à la base évangélique de M. Trump et aux électeurs juifs de droite », dit-il à l’AFP.

En Israël, les sondages suggèrent un soutien élevé à l’annexion à droite, mais pas au centre et à gauche, tendances représentées dans le gouvernement d’union, notamment par Benny Gantz ayant émis des doutes sur une annexion rapide.

Des analystes israéliens s’attendent donc à des mesures limitées du prochain gouvernement, comme le rattachement à Israël de colonies près de Jérusalem, à moins, selon M. Shapiro, qu’il attende le nom du prochain locataire de la Maison Blanche.