Afghanistan: quatorze membres de forces de sécurité tués dans deux attaques attribuées aux talibans

Des prisonniers talibans lors de leur libération de la prison de Bagram à environ 50 km au nord de Kaboul, le 26 mai 2020. [AFP]
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Quatorze membres des forces de sécurité afghanes ont été tués jeudi dans deux attaques imputées par les autorités aux talibans, au surlendemain de l’expiration d’un cessez-le-feu décrété par les insurgés qui n’ont pas confirmé leur implication dans ces attaques.


Mise à jour 29/05/2020, 8h34

Les talibans ont revendiqué cette première attaque depuis le cessez-le-feu: «La nuit dernière, les moudjahidines ont mené des attaques contre des avant-postes de l’ennemi récemment établis […] dans la province de Paktia», qui ont été «détruits», a tweeté leur porte-parole Zabihullah Mudjahid, ajoutant que quatorze soldats afghans avaient été tués et un capturé.«L’ennemi a récemment essayé de s’étendre dans les territoires des moudjahidines», a-t-il justifié dans ce texte.


« Les talibans ont attaqué un check-point des forces de sécurité. (…) Ils y ont mis le feu, tuant cinq d’entre eux et ont abattu les deux autres », a déclaré à l’AFP Hussain Shah, le chef de la police du district de Seyagird, où l’attaque est survenue.

Un autre membre des forces afghanes a été blessé, les talibans ayant également subi des pertes, a indiqué Waheeda Shahkar, le porte-parole du gouverneur provincial.

Dans la ville de Farah (Ouest), « des talibans ont lancé une attaque contre un poste de police », dans laquelle sept policiers ont été tués, a raconté à l’AFP Mohibullah Mohib, le porte-parole de la police de cette province éponyme, harcelée par les insurgés ces dernières années.

« Huit talibans sont aussi morts » durant cet assaut, qui a duré une demi-heure, a-t-il ajouté. 

Les talibans n’ont pas confirmé leur implication dans ces attaques,  survenues au surlendemain de l’expiration d’un cessez-le-feu qu’ils avaient décrété samedi à l’occasion de la fin du ramadan et qui avait été largement respecté de dimanche à mardi.D’après la Commission afghane indépendante des droits de l’homme, le nombre des victimes civiles avait chuté de 80% durant ces trois jours, passant d’une moyenne quotidienne de 30 à 6 tués et blessés.

Ce répit a été d’autant plus apprécié que les violences étaient avant cela en forte recrudescence. Mercredi, l’armée afghane a toutefois mené des frappes aériennes et un assaut au sol contre des « ennemis » qui attaquaient un convoi logistique, selon Lal Mohammad Amiri, le porte-parole de la police de la province de Zaboul (Sud).

Quelque 18 insurgés ont péri et trois enfants avaient été blessés, a-t-il ajouté.

Incertitude

Les autorités afghanes ont libéré lundi et mardi un millier de prisonniers talibans dans l’espoir d’aboutir à une reconduction du cessez-le-feu. Mais les rebelles n’ont officiellement toujours pas fait connaître leur position sur le sujet.

« Les talibans n’annonceront pas un autre cessez-le-feu officiellement car ils pensent que la guerre et le combat (…) favorisent leurs intérêts », a estimé Sayed Nasir Musawi, un analyste politique basé à Kaboul.

Mais « non officiellement, ce cessez-le-feu va se poursuivre et nous continuerons à avoir une réduction significative de la violence », a-t-il pronostiqué, interrogé par l’AFP.

Une délégation talibane était jeudi à Kaboul pour discuter de l’échange de prisonniers avec les autorités, a indiqué à l’AFP Javid Faisal, le porte-parole du Conseil national de sécurité, un organe gouvernemental, ce qu’a confirmé Suhail Shaheen, un porte-parole des insurgés, sur Twitter.

Ces libérations réciproques – jusqu’à 5.000 talibans  contre 1.000 membres des forces afghanes – sont prévues par l’accord américano-taliban signé fin février à Doha, mais non ratifié par Kaboul, qui prévoit le retrait des troupes étrangères d’Afghanistan sous quatorze mois en échange de garanties sécuritaires des insurgés.

Ce vaste échange de détenus, émaillé d’obstacles, a pris du retard. Kaboul avait, avant le cessez-le-feu, élargi environ 1.000 prisonniers alors que les insurgés en avaient libéré environ 300.

C’est le premier cessez-le-feu à l’initiative des talibans depuis qu’une coalition internationale menée par les Etats-Unis les a chassés du pouvoir en 2001.

Une première interruption des combats s’était produite en juin 2018, à l’initiative d’Ashraf Ghani, déjà à l’occasion de l’Aïd el-Fitr, qui marque la fin du ramadan. Elle avait duré trois jours et donné lieu à de spectaculaires scènes de fraternisation entre combattants des deux camps.

Les talibans ont également respecté une trêve partielle de neuf jours du 22 février au 2 mars 2020 à l’occasion de la signature de l’accord de Doha.