Israël: ouverture du procès pour corruption de Benyamin Nétanyahou

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le 15 janvier 2019 à Tel Aviv. (AFP)
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Une nouvelle page s’ouvre dimanche en Israël avec le début du procès de Benyamin Nétanyahou qui devient ainsi le premier chef de gouvernement de l’histoire du pays à faire face à des accusations criminelles, de corruption, en cours de mandat.

Le premier ministre israélien a dit se présenter la «tête haute» à l’ouverture dimanche de son procès pour corruption à Jérusalem, dénonçant des accusations «ridicules» contre lui.

«Je me présente à vous le dos droit et la tête haute», a déclaré M. Nétanyahou lors d’une allocution à son entrée à la cour de Jérusalem dans laquelle il a dénoncé des charges «ridicules» de corruption, abus de confiance et malversation qui pèsent contre lui.

Benyamin Nétanyahou, 70 ans, est accusé d’avoir reçu pour 700 000 shekels (environ 275 000 dollars canadiens) de cigares, champagne et bijoux de la part de personnalités richissimes en échange de faveurs financières ou personnelles.

Avant lui, Ehud Olmert, ancienne étoile du Likoud, son parti, avait déjà été inculpé – après voir démissionné – pour corruption, puis reconnu coupable d’avoir touché des pots-de-vin avant de croupir 16 mois en prison.

Cas «sans précédent»

Selon les enquêteurs, M. Nétanyahou aurait aussi tenté de s’assurer une couverture favorable par le plus grand quotidien payant d’Israël, le Yediot Aharonot.

Et surtout, la justice le soupçonne d’avoir accordé des faveurs gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des millions de dollars au patron de la société israélienne de télécommunications Bezeq en échange d’une couverture médiatique favorable d’un des médias du groupe, l’influent site Walla.

Des trois affaires, c’est cette dernière qui est la plus explosive mais peut-être aussi la plus complexe.

«Dans les cas classiques de corruption, tout tourne autour de l’argent […] mais là il s’agit de corruption pour obtenir une couverture de presse favorable. C’est sans précédent», note Amir Fuchs, chercheur à l’Institut démocratique d’Israël, centre de recherche à Jérusalem.

«Ce n’est pas simplement offrir une couverture favorable […] mais lui accorder un contrôle éditorial total sur les textes et les photos spécifiques», ajoute-t-il.

Après des mois de suspense, le procureur général Avichaï Mandelblit a inculpé M. Nétanyahou en novembre 2019, ce qui avait été considéré alors comme un « arrêt de mort politique » par ses détracteurs.

Mais «Bibi», comme le surnomment les Israéliens, a réussi à se maintenir à la tête de son parti, à terminer en première place aux dernières législatives, à négocier un accord de partage de pouvoir avec son rival Benny Gantz et à rester premier ministre.

«Conflit d’intérêts»

Son procès devait s’ouvrir mi-mars mais la pandémie de COVID-19 a repoussé l’échéance. Les avocats de M. Nétanyahou avaient demandé à ce qu’il n’ait pas à se présenter à l’ouverture dimanche d’un procès qui pourrait s’étirer sur plusieurs mois, voire des années en incluant de possibles appels.

Mais le tribunal a confirmé cette semaine qu’il devait être présent à l’audience, au cours de laquelle seront lus les actes d’accusation: «Une personne ne peut être jugée pour des allégations criminelles qu’en sa présence».

En Israël, le premier ministre ne dispose d’aucune immunité judiciaire mais, à la différence des autres élus et des fonctionnaires, il n’a pas à démissionner ou à se retirer le temps de son procès.

Pour Yuval Shany, professeur de droit à l’université hébraïque de Jérusalem, Benyamin Nétanyahou se retrouvera en «conflit d’intérêts» car il est à la fois «chef du gouvernement et donc responsable d’un nombre important de décisions pouvant affecter la vie des gens» et «accusé en lutte contre les institutions gouvernementales qui le poursuivent».

Il serait donc dans la position de diriger un gouvernement mais aussi de l’affaiblir, d’où la question pour la population de savoir si ses décisions seront prises dans l’intérêt du pays ou dans celui d’un premier ministre inculpé, relève M. Shany.

À l’issue de la première journée, les trois juges du tribunal de Jérusalem choisis par la Cour suprême pour cette affaire pourront demander au premier ministre d’assister à différentes audiences.

Le principal intéressé plaide son innocence, dénonce un complot ourdi par la justice contre lui mais pourrait aussi, à tout moment d’ici le verdict, «négocier une peine» avec le procureur comme l’y autorise le droit israélien. 

Dimanche, les avocats du camp Nétanyahou ont indiqué avoir besoin de plusieurs mois pour pouvoir étudier les éléments de preuve contre le premier ministre. Mais le parquet a lui plaidé dimanche à ce que la cour puisse entendre le plus rapidement l’affaire qui pourrait s’étirer sur des années.  

Les trois juges ont dit étudier ces demandes et ajourné la séance sans donner de nouvelle date pour cette affaire qui pourrait s’étirer sur des années.

Dimanche, avant l’ouverture de son procès, M. Nétanyahou a dirigé la première rencontre de son cabinet depuis la formation une semaine plus tôt d’un gouvernement d’union avec son ex-rival Benny Gantz qui avait juré ne pas partager le pouvoir avec un homme inculpé pour corruption avant de se raviser dans l’espoir d’unir le pays face à une autre crise: la COVID-19.

Nétanyahou agressif à l’ouverture de son procès

À l’ouverture de son procès pour corruption, près du tribunal, des partisans, drapeaux israéliens au vent par une rare journée de grisaille, scandaient «Benyamin Nétanyahou, le peuple est avec toi». [AFP]

Après 17 mois d’une crise électorale au cours de laquelle il a joué sa «survie politique», M. Nétanyahou était attendu par des centaines de supporters au tribunal du district de Jérusalem pour une nouvelle bataille, judiciaire cette fois.

Avant son arrivée, il a rencontré des survivants de la Shoah, le génocide juif par l’Allemagne nazie, pour lui donner la «force», a-t-il dit.

À son arrivée au tribunal, quadrillé de policiers, devant des membres de son équipe le visage barré de masques sanitaires, le premier ministre s’est montré, sans masque, à l’offensive accusant la justice et les médias de travailler ensemble à le faire chuter.

«Je me présente à vous le dos droit et la tête haute», a-t-il déclaré, dénonçant des accusations «ridicules» de corruption, abus de confiance et malversation pesant contre lui avant de se protéger le visage pour l’audience.

«J’ai demandé à ce que tout soit diffusé en direct afin que le public puisse tout entendre [directement] et non via le filtre des journalistes [à la solde] du procureur général», a-t-il ajouté accusant une partie de la presse de partialité.

Dans la salle d’audience, le premier ministre, qui avait été un des premiers dans le monde à mettre en vigueur des mesures de confinement pour juguler la pandémie, portait un masque bleu. Il a indiqué comprendre la nature des charges contre lui.  

Près du tribunal, des partisans, drapeaux israéliens au vent par une rare journée de grisaille, scandaient «Benyamin Nétanyahou, le peuple est avec toi».

Et une dame brandissait une pancarte sur laquelle on pouvait lire «Procès Dreyfus 2020», en référence au retentissant scandale ayant mêlé erreur judiciaire et antisémitisme en France au tournant du 20e siècle. D’où peut-être le discours du premier ministre en mode «J’accuse» opposant cette fois le «peuple» à la justice et aux médias…

Dans une autre manifestation, anti-Nétanyahou cette fois, des centaines de personnes criaient «démocratie, démocratie», accusant le premier ministre de corruption.