La télévision chinoise dénonce des propos «déments» de Pompeo

Mike Pompeo, le 29 avril 2020 à Washington. [AFP]
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La télévision publique chinoise a qualifié lundi de «déments et imprécis» les propos du secrétaire d’État américain Mike Pompeo sur l’origine de la pandémie liée au nouveau coronavirus, faisant monter encore d’un cran la tension entre la Chine et les États-Unis.

La veille, M. Pompeo avait affirmé qu’«il existe un nombre significatif de preuves» que le nouveau coronavirus provient d’un laboratoire de la ville chinoise de Wuhan, berceau de la pandémie.  

«Il existe des preuves immenses que c’est de là que c’est parti», avait-il insisté, refusant de dire s’il pensait que le virus avait été libéré intentionnellement par Pékin.

Cette théorie conspirationniste a été démentie à plusieurs reprises par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de nombreux experts. Mais elle a été mise en avant avec insistance par l’administration du président américain Donald Trump, très critique sur la façon dont la Chine a géré l’épidémie depuis son apparition fin 2019 à Wuhan.

M. Trump est lui-même sous le feu des critiques pour sa gestion de la pandémie aux États-Unis.

Depuis fin 2019, le coronavirus a tué plus de 247 000 personnes et contaminé 3,5 millions d’être humains à travers la planète.

Le commentaire au vitriol de la chaîne chinoise CCTV s’en est pris au «malfaisant Pompeo» qui «crache son venin et répand des mensonges sans raison».

«Ces remarques biaisées et insensées de politiciens américains font comprendre à de plus en plus de gens que ces « preuves » n’existent pas», selon CCTV. «Les politiciens américains tentent de rejeter la faute sur quelqu’un d’autre, de truquer les élections et de réprimer la Chine alors que leurs propres efforts contre l’épidémie sont un désastre».

Deux autres commentaires publiés lundi dans le Quotidien du peuple, l’organe officiel du parti communiste, qualifiaient M. Pompeo et Steve Bannon, l’ex-stratège de Donald Trump à la Maison-Blanche, de «clowns menteurs» et M. Bannon de «fossile vivant de la Guerre froide».

M. Bannon avait déclaré la semaine dernière que la Chine avait commis un «Tchernobyl biologique» contre les États-Unis, citant également la théorie du laboratoire de Wuhan propagée par la Maison-Blanche.

La Chine et les États-Unis mènent une guerre des mots sur l’origine du virus depuis que le ministre chinois des Affaires étrangères Zhao Lijian avait évoqué en mars une théorie selon laquelle l’armée américaine aurait amené le virus en Chine.

Le ton n’a depuis fait que monter, les deux superpuissances s’accusant de désinformation.

La semaine dernière, M. Trump avait lui aussi assuré avoir la preuve que le laboratoire de Wuhan était la source de la pandémie.  

Aucune preuve en ce sens n’a été fournie par l’administration Trump.

L’Institut de virologie de Wuhan (Chine), le 17 avril 2020. [AFP]

L’OMS juge «spéculatives» les déclarations américaines

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour sa part a déclaré lundi considérer à ce stade comme « spéculatives », n’ayant pas reçu de preuves, les déclarations des dirigeants américains selon lesquelles le nouveau coronavirus provient d’un laboratoire de la ville chinoise de Wuhan, berceau de la pandémie.

«Nous n’avons reçu aucune donnée ni de preuve spécifique du gouvernement américain concernant l’origine présumée du virus, donc pour nous cela reste spéculatif», a déclaré Michael Ryan, directeur des programmes d’urgence de l’OMS, lors d’une conférence de presse virtuelle depuis le siège de l’organisation à Genève.

L’OMS observe n’avoir pas la preuve matérielle des allégations de l’administration américaine, et souligne se fonder uniquement sur les données scientifiques à sa disposition.

«Comme toute organisation se fondant sur la preuve, nous aimerions vivement recevoir toute information sur l’origine du virus […]. Si ces données et ces preuves sont disponibles, il revient au gouvernement américain de décider s’il peut les partager, et quand, mais il est difficile pour l’OMS de se prononcer en l’absence d’information» soutenant ces hypothèses, a avancé Michael Ryan.

«Nous nous concentrons sur les preuves dont nous disposons, et les preuves que nous avons à partir du séquençage et de tout ce qu’on nous a transmis c’est que le virus est d’origine naturelle», a-t-il précisé.

«La science doit être au centre. La science trouvera les réponses», a encore estimé ce haut responsable de l’agence sanitaire de l’ONU.

Une autre responsable de la gestion de la pandémie à l’OMS, Maria van Kerkhove, a rappelé que le séquençage du nouveau coronavirus avait permis de déterminer qu’il provenait des chauves-souris et qu’il avait été ensuite probablement transmis à d’autres animaux sauvages vendus sur un marché de viande à Wuhan avant de contaminer l’homme.

«Nous devons vraiment savoir quel a été l’hôte intermédiaire: l’animal infecté par les chauves-souris puis qui a infecté des personnes dans les premiers cas», a-t-elle indiqué.

L’OMS a offert à la Chine de concourir aux recherches scientifiques. «Nous pouvons apprendre des scientifiques chinois», selon Michael Ryan. Si les questions sur l’origine du virus sont «exprimées comme une investigation agressive d’une faute, je crois que ça peut être beaucoup plus difficile à gérer. Ça devient une question politique», a-t-il mis en garde.