Le Canada dénonce la loi de sécurité nationale à Hong Kong

Heurts au Parlement, le 22 mai 2020 à Hong Kong. [AFP]
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Le ministre des Affaires étrangères canadien, François-Philippe Champagne, le secrétaire d’État des Affaires étrangères et du Commonwealth et premier secrétaire d’État du Royaume-Uni, Dominic Raab, et la ministre des Affaires étrangères et des Femmes de l’Australie, Marise Payne, se sont dit dans une déclaration commune profondément préoccupés par les propositions d’adoption à Hong Kong de la loi sur la sécurité nationale que le régime chinois entend imposer au territoire autonome.

«Nous sommes profondément préoccupés par les propositions de procéder à l’adoption d’une législation en matière de sécurité nationale à Hong Kong.

«La déclaration conjointe, juridiquement contraignante, signée par la Chine et le Royaume-Uni, prévoit que Hong Kong disposera d’un degré élevé d’autonomie. Elle prévoit également que les droits et libertés, entre autres les droits de la personne, de la presse, de réunion et d’association, seront garantis par la loi à Hong Kong, et que les dispositions des deux pactes relatifs aux droits de l’homme des Nations Unies, soit le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, resteront en vigueur.

«L’adoption d’une telle loi au nom de Hong Kong sans la participation directe de sa population ou de son pouvoir législatif ou judiciaire porterait manifestement atteinte au principe « Un pays, deux systèmes », en vertu duquel Hong Kong bénéficie d’un degré élevé d’autonomie.»

Pékin veut accroître son autorité sur Hong Kong

La cheffe de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, applaudit lors de la session plénière de l’Assemblée nationale populaire (ANP), le 22 mai 2020 à Pékin. [AFP]

La cheffe de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, s’est dite prête vendredi à « coopérer pleinement » avec Pékin afin d’appliquer la loi sur la sécurité nationale que le régime chinois entend imposer au territoire autonome.

Le régime communiste a déposé vendredi au parlement chinois une proposition de loi qui vise à interdire « la trahison, la sécession, la sédition (et) la subversion » à Hong Kong, en réponse aux manifestations monstres de l’opposition démocratique l’an dernier. 

Ce projet, annoncé jeudi soir, suscite l’indignation dans l’ex-colonie britannique, où se multiplient les appels à manifester, en dépit de l’interdiction des rassemblements prise au nom de la lutte contre le coronavirus.

Les opposants y voient l’attaque la plus grave contre les libertés de Hong Kong depuis la rétrocession de la ville à la Chine en 1997 et une violation du principe « Un pays – deux systèmes » qui doit présider aux relations entre Pékin et sa région autonome spéciale.

Dans un communiqué, la cheffe de l’exécutif pro-Pékin a cependant assuré que la proposition de loi « n’affecterait pas les droits et libertés légitimes dont jouissent les habitants de Hong Kong ».

Elle a justifié l’intervention du parlement chinois dans les affaires constitutionnelles de Hong Kong par les violences survenues l’an dernier lors des manifestations.

« L’émergence de divers incidents impliquant des explosifs et des armes à feu pose le risque du terrorisme », a-t-elle affirmé, reprenant une accusation déjà utilisée par Pékin.

Mme Lam se trouve à Pékin à l’occasion de l’ouverture de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP) qui devra voter jeudi sur le texte concernant Hong Kong.

Avec la Loi sur la sécurité, Pékin pourrait enquêter à Hong Kong

La proposition comprend un article qui permettrait aux forces de sécurité chinoises d’établir des bureaux à Hong Kong, qui dispose de sa propre police.

Si la loi est adoptée, les policiers chinois pourront mener des enquêtes à Hong Kong après avoir obtenu l’«approbation» des autorités locales, a affirmé Maria Tam, spécialiste du droit hongkongais et conseillère spéciale auprès du Parlement chinois.

Ces enquêtes «pourraient être menées conjointement» avec la police de Hong Kong, a précisé Mme Tam lors d’un entretien à l’AFP.

Pékin dispose déjà d’une garnison à Hong Kong mais l’armée chinoise n’est autorisée, en principe, à intervenir que sur demande du gouvernement local.

Hong Kong jouit d’une très large autonomie par rapport au reste du pays dirigé par le Parti communiste chinois (PCC), en vertu du concept «Un pays, deux systèmes».  

Ses habitants bénéficient ainsi de la liberté d’expression, de la liberté de la presse et d’une justice indépendante. Des droits inconnus en Chine continentale.

Mais l’an dernier des manifestations contre la mainmise jugée grandissante de Pékin sur le territoire ont donné lieu à des affrontements parfois violents entre radicaux et forces de l’ordre.  

Si quelqu’un est arrêté et poursuivi, «cela se fera dans le cadre du système juridique existant à Hong Kong», a assuré Mme Tam.

«Je ne crains pas que quelqu’un soit arrêté par un policier [chinois] et ramené en Chine continentale pour enquête ou sanction», a-t-elle affirmé.  

«Cela n’arrivera pas», a insisté Maria Tam.

Le projet de résolution sera soumis au vote du Parlement chinois jeudi 28 mai, lors de la séance de clôture de l’actuelle session parlementaire.  

Les détails concrets devraient ensuite être précisés à l’occasion d’une réunion du comité permanent du Parlement le mois prochain.

*Avec AFP