Op LASER au Québec: le rapport d’observation jette une lumière crue sur des problèmes récurrents

La capitaine Isabelle Dubé, infirmière au 41e Centre des services de santé des Forces canadiennes et la Caporal-chef Isabelle Brochu, assistante médical du 51e Ambulance de la Campagne, nettoient l’équipement médical de trachéotomie d’un résident de l’hôpital Sainte-Anne, à Montréal, au Québec, dans le cadre de l’opération LASER, le 15 mai 2020. [MDN]
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On s’attendait à des histoires d’horreur, mais le rapport d’observation des Forces armées canadiennes semble plutôt l’histoire d’une réussite. Après l’Ontario, Québec rend public aujourd’hui le rapport d’observation des Forces armées, découlant de leur présence dans les centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD), rapport qui semble démontrer que l’intervention des militaires a, fort heureusement, permis de stabiliser la situation, mais jette une lumière crue sur des problèmes récurrents.

Hier, après qu’un rapport accablant des Forces armées canadiennes dénonçant la situation dans les centres pour aînés en Ontario basé sur des témoignages de militaires qui ont été envoyés dans quelques-uns de ces établissements en renfort pour assister le personnel civil a été rendu publique par le premier ministre ontarien, Doug Ford, un rapport semblable a également été remis aux gouvernement du Québec.

Par souci de transparence, le gouvernement du Québec rend lui aussi public aujourd’hui le rapport d’observation des Forces armées canadiennes sur les CHSLD du Québec. Le document, acheminé hier soir par le gouvernement fédéral, fait état des observations et des défis auxquels sont confrontées les équipes de l’armée canadienne, déployées dans les CHSLD du Québec, mais jette aussi une lumière crue sur des problèmes récurrents qui ont été exacerbés par la pandémie. 

Le rapport de 60 pages, signé par le brigadier-général Carpentier, commandant de la 2e Division du Canada et de la Force opérationnelle interarmées Est, responsable des opérations continentales des Forces armées canadiennes dans toute la province de Québec, porte sur l’établissement et la gestion se zones pour pouvoir contrôler les éclosions à l’intérieur des établissements, de l’établissement des bonnes pratiques du port de l’équipement de protection personnel (EPI) et de la disponibilité réduite du personnel en établissement en raison de la pandémie.

Observation FAC CHSLD by Jacques Godboutbm on Scribd

Le rapport ne cache pas que «C’est dans des conditions uniques et difficiles que (les) équipes sont arrivées pour prêter assistance à (leurs) partenaires civils»

Mais le rapport sur la situation dans les CHSLD québécois ne comporte pas d’histoires d’horreur semblables à celles révélées hier concernant les situations observées dans des établissements ontariens où on notait des comportements agressifs envers les résidents, l’utilisation de cathéters urinaires souillés et laissés à même le sol, des soins palliatifs inadéquats, un manque criant de personnel et de formation chez les préposés, des résidents nourris de force, d’autres, au contraire, laissés sans nourriture, plusieurs résidents pas lavés pendant des semaines, etc. 

Au contraire, la situation au Québec semble à tous égards s’être stabilisée avec l’arrivée des militaires de l’opération LASER, ce qui a permis au bureau du premier ministre québécois d’affirmer que le rapport démontre clairement que l’arrivée des troupes a permis de stabiliser la qualité des soins et des services offerts aux personnes âgées plus vulnérables dans la grande majorité des milieux de vie où elles sont présentes.

À propos du contrôle des éclosions le rapport constate que des mesures de protection individuelles et collectives ont été prises. Étant des milieux de vie au départ, le défi à relever était plus grand dans certains centres, souligne le rapport. Dans tous les cas les soldats ont su contribuer aux améliorations.

Quant aux bonnes pratiques d’ÉPI, il a été observé par les militaires, poursuit le rapport, que dans plusieurs centres la discipline au niveau de l’application des meilleures pratiques touchant l’utilisation de l’ÉPI devait être priorisée. Ce problème peut être exacerbé par un roulement élevé du personnel et par une surveillance inadaptée des zones, note le rapport. Par exemple, il a été observé que le maintien de ces bonnes pratiques était d’autant plus important pour le personnel venant en aide aux établissements qu’ils ne connaissaient pas.

Selon leurs partenaires civils, affirme le document, les membres des Forces armées canadiennes servent d’exemples à suivre dû à leur rigueur et leur éthique de travail.

Toutefois, la quantité d’équipements de protection, notamment de masques, est toujours insuffisante dans certains CHSLD.

Quant au manque de personnel dans les CHSLD, une des principales raisons pour lesquelles le gouvernement provincial a été forcé de demander de l’assistance, plusieurs personnes travaillant en CHSLD ayant été touchées par la COVID-19, le rapport indique que que «dans une certaine mesure, les employés reviennent dans les CHSLD dans les trois à six semaines suivant leur départ.»

Mais il n’en demeure pas moins que «le besoin criant des CHSLD est au niveau du personnel avec formation médicale. »

Pendant ce temps, les militaires fournissent une stabilité dans les CHSLD qui favorise la prise de contrôle de l’éclosion et le retour du personnel civil au travail.

Les militaires dans les CHSLD du Québec: la mission continue

En date du 26 mai 2020, 1504 membres des FAC soutiennent les autorités civiles dans 23 CHSLD au Québec.

Les membres des FAC déployés ont été répartis en équipes de renfort aux soins de santé civils (RSSC) comprenant un responsable médical supérieur, des préposés aux soins personnels et des troupes de soutien. La composition précise de chaque équipe est déterminée par les besoins de chaque établissement, besoins déterminés pendant la phase de reconnaissance. Chaque établissement peut compter sur les services d’entre 14 et 60 militaires, et ceux-ci collaborent avec les responsables médicaux civils sur place.

Du soutien est présentement offert dans les établissements suivants :

1. Grace Dart Extended Care Centre (Montréal)
2. CHSLD Vigi Reine-Elizabeth (Montréal)
3. Résidence Berthiaume-Du Tremblay (Montréal)
4. CHSLD Vigi Mont-Royal (Ville Mont-Royal)
5. CHSLD Floralies-De-Lasalle (Lasalle)
6. Centre d’hébergement de Saint-Laurent (Saint-Laurent)
7. CHSLD Argyle (Saint-Lambert)
8. CHSLD Benjamin-Victor-Rousselot (Montréal)
9. CHSLD Auclair (Montréal)
10. CHSLD de la Rive  (Laval)
11. CHSLD Eloria-Lepage (Montréal)
12. Centre d’Hébergement Jean-De-La-Lande (Montréal)
13. Centre d’Hébergement Saint-Andrew (Montréal)
14. CHSLD Denis-Benjamin Viger (Montréal)
15. Le Bellagio (Longueuil)
16. Centre d’Hébergement Real-Morel (Montréal)
17. CHSLD Jean-Hubert-Biermans (Montréal)
18. Centre d’Hébergement Saint-Margaret (Montréal)
19. CHSLD Cartierville (Montréal)
20. Centre d’Hébergement Nazaire-Piché (Montréal)
21. CHSLD de Lachine (Lachine)
22. CHSLD Paul-Gouin (Montréal)
23. CHSLD Henri-Bradet (Montréal)

Le personnel des forces armées canadiennes a accompli ses tâches dans les établissements suivants :
            1. CHSLD Hôpital Sainte-Anne (Sainte-Anne-de-Bellevue)
            2. CHSLD Valéo (Saint-Lambert)
            3. CHSLD Villa Val des Arbres (Laval)
            4. Manoir de Verdun (Montréal)
            5. Centre d’hébergement Yvon-Brunet (Montréal)

Même si, dans l’ensemble, la situation n’est en rien comparable à ce que les membres des Forces armées canadiennes on pu voir dans la province voisine, tout n’est pas rose pour autant, particulièrement en matière de contrôle de l’infection

Au Centre de soins Grace Dart «Présentement, en date du 16 mai 2020 selon les estimations», note le rapport, « nous comptons 64 décès, le taux de contamination des résidents est de 40 % et le taux de contamination des employés est aux alentours de 49 % (88/180). Cette augmentation semble due à une mauvaise discipline au niveau du port des ÉPI, du respect des zones et des consignes de sécurité pour le port des ÉPI entre ces zones. »

«Initialement, nous avons évalué que la prévention et le contrôle de la contamination ne respectaient pas les normes établies par le CIUSSS. Le port des ÉPI était, à notre arrivée, une problématique majeure à laquelle nous avons remédié immédiatement par une approche de mentorat auprès de la gestion du CHSLD ainsi que par des briefings de protection/sécurité au début de chaque quart. Des bris de sécurité ont continué à être observés ; nous avons donc instauré des cliniques de formations sur le port des ÉPI pour les employés et les bénévoles. […] Il y a encore quelques employés qui ne respectent pas (les) consignes».

Au CHSLD Vigi Mont-Royal, «Nous avons remarqué que les consignes (sur la prévention des infections) ne sont pas respectées par certains employés civils malgré les rappels constants faits par nos militaires. Nous sommes témoins quotidiennement d’employés ne respectant pas les protocoles mis en place par l’établissement.».

Problème qui se répète au Centre d’hébergement Saint-Laurent où «Nous avons remarqué que certains employés ne respectent pas les mesures en matière d’ÉPI et ne se changent pas entre les chambres chaudes et froides. Nos équipes d’aide aux services apportent le mentorat nécessaire afin d’améliorer la situation.» dit également le rapport.

Bref, globalement, la pandémie de Covid-19 a jeté une lumière crue sur le problème de contrôle des infections qui traîne dans tout le réseau, même dans les centre hospitaliers, ainsi que sur le problème de personnel.

Et aujourd’hui, alors que la crise n’est pas encore résobée, et bien que la situation s’améliore avec le retour au travail du personnel de la santé qui s’était absenté du réseau en raison de la COVID-19, le manque de personnel et d’effectifs demeure un défi important, à plusieurs endroits.

Le gouvernement du Québec continue ses efforts pour solidifier les équipes sur le terrain, note pour sa part le gouvernement provincial qui n’a pas manqué de remercier les «Forces armées canadiennes de leur contribution dans cette crise sanitaire sans précédent.»

Une demande de prolongation de la mission des militaires dans les CHSLD a d’ailleurs été acceptée par le gouvernement fédéral et les militaires canadiens continueront d’assister le personnel civil dans ces établissements jusqu’à ce que la situation soit sous contrôle.

En date du 25 mai, selon les derniers chiffres disponibles, le bilan des cas de COVID-19 détectés chez les militaires des FAC déployés dans le cadre de l’opération LASER dans les ESLD au Québec et en Ontario n’a augmenté que de trois et les cas se répartissent maintenant comme suit:

  • Ontario
    • 15 personnes testées positives
  • Québec
    • 24 personnes testées positives

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