Russie: 18 ans de prison requis contre un Américain accusé d’espionnage

L'ex-marine Paul Whelan présente un message depuis la cage des accusés avant le début d'une audience au tribunal de Lefortovo à Moscou, le 24 octobre 2019. [AFP]
Temps de lecture estimé : 2 minutes

Le parquet russe a requis lundi une peine de 18 ans de camp contre Paul Whelan, un ex-marine américano-britannique jugé pour espionnage dans une affaire qui empoisonne les relations entre Moscou et Washington.

Paul Whelan, 50 ans et qui possède aussi les citoyennetés canadienne et irlandaise, avait été arrêté en 2018 « pendant qu’il commettait un acte d’espionnage », selon les services de sécurité russes, le FSB.

Au terme d’un procès qui aura duré deux mois et s’est tenu à huis clos en raison des mesures de lutte contre le coronavirus, le parquet a requis « 18 ans de camp à régime sévère » à l’encontre de Paul Whelan, a annoncé aux journalistes son avocat, Vladimir Jerebenkov.

« Pour être honnête, nous sommes sous le choc », a déclaré M. Jerebenkov, selon qui Paul Whelan a réagi avec calme à cette réquisition « très dure ».

L’ex-marine américain, qui assure avoir été piégé, risquait jusqu’à 20 ans de prison au maximum. Le verdict sera rendu le 15 juin.

Selon Vladimir Jerebenkov, le procureur est convaincu que Paul Whelan est « un officier – au moins un colonel – de l’agence de renseignement de la Défense américaine ».

L’accusé de son côté a assuré devant la cour « qu’il n’avait commis aucun acte d’espionnage et ne collectait aucune information secrète », selon l’avocat. 

Accusations de mauvais traitements

« Dans un système juste, le tribunal acquitterait Paul en raison d’un manque de preuves. Mais nous nous attendons à un verdict injuste », avait souligné avant ces réquisitions dans un communiqué son frère, David Whelan.

Sa famille « peut seulement espérer » que la peine sera plus proche du minimum prévu par la loi russe, où l’espionnage est passible d’entre 10 et 20 ans de prison, ajoute le communiqué.

L’avocat de l’Américano-Britannique affirme que son client a été piégé par une de ses connaissances qui lui a transmis une clé USB contenant ce que Paul Whelan pensait être des photographies prises pendant un séjour précédent en Russie en sa compagnie.

Directeur de la sécurité d’un fabricant américain de pièces détachées dans le secteur automobile, Paul Whelan assure qu’il était en Russie pour un mariage au moment de son arrestation.

En appelant au président américain Donald Trump, il a dénoncé un procès biaisé. Lui et ses proches affirment qu’il n’a pas été correctement soigné d’une hernie et qu’il a subi de mauvais traitements en prison.

En octobre dernier, Paul Whelan avait ainsi affirmé avoir été « menotté, tenu au sol par un garde, menacé par un pistolet par un autre garde et agressé ».

Ces accusations ont été rejetées par la Russie.

L’affaire de Paul Whelan est l’une des nombreuses sources de tensions entre Moscou et Washington, dont les relations sont envenimées notamment par des différends sur le conflit ukrainien, la guerre en Syrie ou encore le maintien de la parité stratégique entre les deux grandes puissances.

« Paul est en prison sans qu’aucune preuve de sa culpabilité ne soit présentée », a dénoncé fin mars l’ambassadeur des Etats-Unis à Moscou, John Sullivan, soulignant espérer un « procès transparent et honnête (…), parce que toute personne, tout citoyen de tout pays du monde le mérite ».