Burundi: le président Pierre Nkurunziza est mort

Le président burundais Pierre Nkurunziza à Gitega le 26 janvier 2020. [AFP]
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Le président burundais, Pierre Nkurunziza, âgé de 55 ans, est décédé lundi des suites d’un « arrêt cardiaque », lui qui s’apprêtait à quitter le pouvoir après 15 années à la tête du pays marquées par une crise politique meurtrière et l’appauvrissement de sa population.


Mise à jour 18/06/2020, 6h48

Le président burundais, Évariste Ndayishimiye, est investi ce jeudi 18 juin avec deux mois d’avance sur la date prévue, après le décès soudain de son prédécesseur Pierre Nkurunziza. Il prend en mains les destinées d’un pays divisé, isolé, appauvri et confronté à l’épidémie de Covid-19.


«Le gouvernement de la République du Burundi annonce avec une très grande tristesse aux Burundais et à la Communauté internationale le décès inopiné de son Excellence Pierre Nkurunziza, Président de la République du Burundi, survenu à l’hôpital du Cinquantenaire de Karuzi, suite à un arrêt cardiaque», a annoncé mardi la présidence dans un communiqué.

Le texte détaille les derniers jours du président Nkurunziza: après avoir assisté à un match de volleyball le samedi 6 juin, il a dans la nuit du 6 au 7 ressenti un malaise et «s’est vite rendu à l’hôpital».

«Le dimanche, son état de santé s’est amélioré et il s’est entretenu avec les personnes qui étaient à côté de lui», poursuit le communiqué. «À la très grande surprise» de chacun, dans la matinée «du lundi 8 juin 2020, son état de santé a brusquement changé avec un arrêt cardiaque».

«Malgré une prise en charge intense, continue et adaptée, l’équipe médicale n’a pas pu récupérer le patient», ajoute le communiqué, précisant que l’équipe médicale pluridisciplinaire a tenté pendant «plusieurs heures» de le réanimer.

M. Nkurunziza présidait depuis 2005 aux destinées du Burundi, l’un des pays les plus pauvres de la planète.

Le 20 mai, son successeur et dauphin désigné, Évariste Ndayishimiye, a été élu pour le remplacer à la tête de l’État, M. Nkurunziza ayant décidé de ne pas se représenter. Le mandat de M. Nkurunziza devait se terminer en août.

«Bénédiction de Dieu»

Sa candidature à un troisième mandat très controversé en 2015 avait plongé son pays dans une crise politique majeure qui a fait plus de 1200 morts et contraint 400 000 Burundais à l’exil, dont de nombreux opposants, activistes et journalistes indépendants.

Le pays est tenu d’une main de fer par le régime, grâce aux Imbonerakure, la ligue de jeunesse du CNDD-FDD, et au Service national du renseignement (SNR), qui sèment la terreur dans la population.

Cette crise a entraîné un isolement du Burundi et la suspension de l’aide des principaux bailleurs de fonds. La crise a ainsi profondément affecté l’économie déjà peu développée de ce pays de quelque 11 millions d’habitants.  

Le Burundi est classé parmi les trois pays les plus pauvres au monde selon la Banque mondiale, qui estime que 75 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, contre 65 % à l’arrivée au pouvoir de M. Nkurunziza en 2005.

L’élection présidentielle du 20 mai s’est tenue en dépit de l’épidémie de nouveau coronavirus : des milliers de partisans avaient afflué aux meetings de campagne et le jour du scrutin, les électeurs se pressaient les uns contre les autres dans les files d’attente, sans véritable mesure de prévention.

On ignorait mardi si l’arrêt cardiaque auquel a succombé M. Nkurunziza est consécutif à une infection à la COVID-19. L’épouse de M. Nkurunziza avait récemment été admise à Nairobi pour y être soignée, certaines sources à Bujumbura affirmant qu’elle avait contracté le nouveau coronavirus.

Pierre Nkurunziza et son épouse pasteur ont à de nombreuses reprises minimisé la gravité de la pandémie de nouveau coronavirus.

«C’est la bénédiction de Dieu qui est sur les Burundais […] Toutes ces pandémies sont transmises à travers l’air, mais Dieu a purifié l’air du Burundi», avait-il déclaré fin mai au lancement de trois jours de prières organisées pour remercier Dieu d’avoir épargné le Burundi.

Guide Suprême

Dans son communiqué, le gouvernement a annoncé un deuil national de sept jours à compter de mardi. Les drapeaux du pays seront en berne pour la même période.

Selon le professeur et politologue burundais Julien Nimubona, « c’est le président de l’Assemblée nationale, Pascal Nyabenda, selon la Constitution du Burundi » qui devrait assurer l’intérim du pouvoir.

«Et c’est lui qui se chargera le jour de l’investiture, le 20 août, de remettre le pouvoir au nouveau président élu», a-t-il expliqué à l’AFP. Le gouvernement ne s’est pas prononcé sur ce point pour le moment.

Élevé au rang de «guide suprême du patriotisme» en février par l’Assemblée nationale, M. Nkurunziza, qui concentrait jusque-là tous les pouvoirs dans ses mains, devait rester le président du très influent Conseil des sages du parti.

Pierre Nkuzunziza avait réchappé de peu à la mort pendant la guerre civile burundaise qui mit aux prises l’armée à dominante tutsi à des rébellions hutu et fit 300 000 morts entre 1993 et 2006.

Il avait été grièvement blessé et avait survécu pendant quatre mois dans des marécages. C’est là qu’il avait eu, selon ses dires, la révélation divine qu’il dirigerait un jour le Burundi.

Grand sportif et chrétien évangélique «born again» prosélyte, il avait fait de son rapport à la religion l’un des piliers de son pouvoir. Son parti, le CNDD-FDD, l’avait élevé au rang d’«Imboneza yamaho» («Visionnaire» en français).

Stupeur et inquiétude au Burundi

Drapeau en berne à Bujumbura le 9 juin 2020 après la mort du président burundais Pierre Nkurunziza. [AFP]

Les Burundais étaient sous le choc mercredi après la mort soudaine de leur président Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 15 ans, et se demandaient ce que l’avenir leur réserve, dans un pays à l’histoire marquée par des crises politiques meurtrières et une longue guerre civile.

Les drapeaux ont été descendus à mi-mât dans la capitale économique Bujumbura, tandis que les 11 millions d’habitants entamaient un deuil national d’une semaine en mémoire de leur président, décédé lundi d’un « arrêt cardiaque », selon le gouvernement.

A l’annonce du décès par la radio-télévision nationale mardi après-midi, les habitants de Bujumbura avaient rapidement regagné leurs foyers et la tension était palpable. Mercredi matin, toutefois, l’activité était revenue dans la ville.

« Ce matin, la vie a repris son cours normal, les bureaux, les magasins et les marchés sont ouverts. Tout semble normal même si on voit à de nombreux endroits des groupes de gens qui discutent à voix basse », a décrit à l’AFP Jean-Marie, un fonctionnaire de 40 ans.

L’épouse de M. Nkurunziza, Denise Bucumi, a regagné Bujumbura mardi soir depuis Nairobi, où elle était hospitalisée depuis fin mai, a indiqué à l’AFP une source à la présidence burundaise sous couvert d’anonymat. De source médicale, la Première dame y était soignée pour le Covid-19. 

Son mari, grand sportif et chrétien évangélique « born again » qui considérait son pouvoir d’essence divine, laisse derrière lui un pays profondément meurtri par une crise politique qui a fait plus de 1.200 morts et conduit 400.000 Burundais à l’exil, et une population appauvrie.

Sa candidature à un troisième mandat très controversé en avril 2015 avait provoqué un vaste mouvement de contestation populaire réprimé dans le sang par les forces de sécurité, plongeant son pays dans un crise majeure et contraignant à l’exil de nombreux opposants, activistes des droits de l’homme et journalistes indépendants.

«Le ciel s’est retourné»

M. Nkurunziza devait achever son mandat le 20 août et passer le témoin au général Évariste Ndayishimiye, son dauphin désigné par le parti au pouvoir CNDD-FDD et vainqueur proclamé de la présidentielle du 20 mai, en dépit des accusations de fraudes massives de son principal rival.

Les membres du CNDD-FDD étaient mercredi sous le choc de la nouvelle de la disparition de celui qui fut élevé en février au rang de « Guide suprême du patriotisme » et qui devait rester très influent au sein du parti.

« Je ne peux pas comprendre comment on nous dit que notre président qui était (…) bien portant samedi, est mort comme ça en deux jours », a réagi Gérard, un militant du parti interrogé à Ngozi (nord), la province natale de M. Nkurunziza.

Cette incompréhension se retrouvait sur les réseaux sociaux où les rumeurs sur la cause réelle du décès fleurissaient. Certains internautes se demandaient si leur président n’avait pas été empoisonné, d’autres s’il n’avait pas été emporté par le Covid-19.

Le président Nkurunziza et son épouse ont à de nombreuses reprises minimisé la gravité de la pandémie de nouveau coronavirus et les élections générales se sont tenues malgré cela.

M. Nkurunziza avait régulièrement expliqué que Dieu protégeait le Burundi et sa population du virus.

Transition

Le gouvernement ne s’est pas encore prononcé sur la transition du pouvoir.

Selon le professeur et politologue burundais Julien Nimubona, interrogé par l’AFP, il revient au président de l’Assemblée nationale, Pascal Nyabenda, d’assurer l’intérim jusqu’à la prestation de serment du nouveau président élu prévue le 20 août.

M. Nyabenda aurait été le premier choix de M. Nkurunziza pour lui succéder. Mais le groupe de généraux issus de la rébellion pendant la guerre civile (300.000 morts entre 1993 et 2006) et qui partageait avec le chef de l’État défunt la réalité du pouvoir au Burundi aurait eu gain de cause en imposant l’homme de son choix, Évariste Ndayishimiye.

« Je ne vais pas le pleurer après tout ce qu’il nous a fait (…) Les exécutions extrajudiciaires, les tortures, tout ça, mais je regrette qu’il soit mort avant d’être jugé pour ces crimes », a pour sa part regretté Gertrude, enseignante exilée dans le camp de réfugiés de Mahama au Rwanda.

Paul Kagame, président du Rwanda voisin avec lequel le régime burundais entretenait des relations exécrables ces dernières années, a présenté ses condoléances au peuple burundais et à la famille de M. Nkurunziza.

Les présidents du Kenya, de Tanzanie, de Somalie, d’Afrique du Sud, du Niger et le Premier ministre éthiopien ont également fait part de leur tristesse.