CHSLD: sa mission accomplie, l’armée se tourne vers l’avenir

Le jour de la fin de la mission dans les CHSLD, le brigadier-général Gervais Carpentier, commandant de la Forces opérationnelles interarmées Est, qui a assuré l'opération LASER au Québec, et de la 2e Division du Canada, reçoit 45eNord.ca au quartier général de la 2e Division. [Jacques N. Godbout/45eNord.ca]
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Alors que la situation s’est stabilisée et qu’une nouvelle force humanitaire civile de la Croix-Rouge canadienne va prendre la relève des militaires dans les centres de soins de longue durée, la plupart des membres des Forces armées retourneront maintenant à leurs fonctions originales après une période d’isolement adéquate.

Depuis le début de la pandémie, les membres des Forces armées canadiennes ont travaillé dans les centres de soins de longue durée afin d’aider les employés civils à améliorer les conditions pour les résidents dans 47 centres de soins de longue durée au Québec.

Leurs efforts ont changé la vie de centaines de personnes. Aujourd’hui, sa mission accomplie, l’armée se tourne de nouveau…vers l’avenir.

Vers l’avenir, car les militaires de la 2e Division du Québec, qui fournissait la vaste majorité des effectifs de l’opération LASER dans les CHSLD du Québec, doivent reprendre leurs activités régulières s’ils veulent être prêts pour les missions qui les attendent et, s’il le fallait, pour une nouvelle crise.

En entrevue pour 45eNord.ca le 26 juin, jour de la fin de la mission, le brigadier-général Gervais Carpentier, commandant de la Forces opérationnelles interarmées Est (FOI-E), qui a mené l’opération LASER au Québec, et commandant de la 2e Division du Canada, responsable de la création et du maintien d’une force terrestre polyvalente prête à l’opération pour l’Armée canadienne dans la province de Québec afin d’atteindre les objectifs de défense du Canada, au pays comme à l’étranger, revient sur l’opération LASER et nous explique l’importance de la reprise des activités régulières.

Un environnement pandémique unique

L’opération LASER est une opération sans précédent, qui a amené les Forces armées canadiennes à soutenir, tant les communautés nordiques dont les populations auraient pu être décimées par le virus, que le personnel des centres de soins de longue durée dans le sud du pays, particulièrement dans la région de Montréal où, il ne faut pas se le cacher, la situation était hors de contrôle et la vie de nos aînés en grave danger.

«Une opération sans précédent dans un environnement pandémique unique.», nous déclare d’entrée de jeu le brigadier-général Carpentier. «Pour nous l’opération LASER au Québec a pris la forme de l’opération d’assistance dans les CHSLD, mais également une contribution importante de nos Rangers qui ont œuvré dans 26 communautés différentes avec 21 patrouilles qui ont été mobilisés. Au plus fort de la crise, on avait plus de 200 Rangers qui ont œuvré dans ces communautés là, accomplissant différentes tâches, éducation, sensibilisation, mesures de protection de santé de la force, aider les populations vulnérables, du soutien logistique avec les tentes de triage et l’établissement des zones de triage. Donc, des tâches importantes pour les Rangers, qui ont été les premières demandes d’assistance qu’on a eu et qui ont commencé à œuvrer.»

«Ensuite, on a eu le début de la mission d’assistance en CHSLD, suite aux demandes du Québec en avril. Une très grosse opération où on a œuvré dans 47 CHSLD. Nous sommes très fiers de cette opération.», poursuit le commandant de la 2e Division et de la FOI-E.

Donc, après les communauté nordiques, les CHSLD du Québec où, nous disait déjà lors d’une entrevue précédente le colonel Tim Arsenault, commandant de la composante terrestre de l’opération, les équipes de reconnaissance des Forces armées canadiennes ont vite mesuré les défis qui attendaient nos militaires.

Ce sont les effectifs appropriés qui ont été déployés

Mais l’armée n’a pas envoyé les militaires pour envoyer des militaires, ni pour épater personne, et encore moins pour ajouter au problème. Elle a déployé les bonnes personnes, de la bonne façon, au bon endroit, pour obtenir le bon résultat: stabiliser la situation à l’aide d’équipes bien formées, bien préparées, bien gérées, qui allaient faire la différence.

«Dans le cadre de l’opération LASER, les Forces armées canadiennes ont établi une posture nationale avec des forces attitrées régionalement, donc, c’est dans ce cadre là que les forces de la FOI Est [Force opérationnelle interarmées Est] sont intervenues au Québec.», nous explique le brigadier-général Carpentier.

«Dans notre mission, en CHSLD, on parle notamment de l’expertise, alors qu’on a utilisé, qu’on a déployé nos forces avec nos unités de la force interopérationnelle habituelle. L’élément clé pour avoir succès dans cette opération là, c’était notre expertise médicale. Et vous n’êtes pas sans savoir que pour avoir tous les experts médicaux qu’on a eu au Québec, ça a été un effort de mobilisation nationale. Donc, des gens qui sont venus de partout, de l’extérieur de la province, pour venir contribuer à la mission d’assistance qu Québec.»

«Donc, c’est un peu dans ce contexte là qu’on est arrivé avec ce groupe là de près de 1 500 personnes qui est entré et, au plus fort de la crise, on est monté jusqu’à 25 CHSLD [en même temps, NDLR] et, heureusement, la situation s’est améliorée et, au fur et à mesure que la situation s’est améliorée, et quand on est entré dans les derniers centres, les 19 centres où on est entré, c’était plus la même situation.», poursuit le brigadier-général.

«Notre but, évidemment, c’est de s’adapter aux besoins des partenaires, et les besoins avaient évolué. Où, initialement, on entrait dans un centre en crise, à la fin avril, début mai, avec des équipes d’une quarantaine de personnes, à la fin [en juin, NDLR], on parlait d’équipes entre sept et douze personnes.»

«Donc, c’est dans ce contexte là que les chiffres ont évolué selon les besoins sur le terrain. Et, heureusement, avec la réalité que la situation s’améliorait, jusqu’à ce jour du 26 juin où on est capable de tourner la page et de regarder vers l’avant avec le retrait des Forces armées canadiennes.»

Des militaires affectés au centre de soins Yvon-Brunet se réunissent à l’extérieur du centre lors d’une cérémonie de départ dans le cadre de l’opération LASER à Montréal (Québec), le 24 mai 2020.[2e Division du Canada]

Des critères de transition clairs

Si certains hommes politiques, et peut-être certains citoyens, ont semblé surpris du désengagement des militaires, cela n’a pas été le cas des autorité sanitaires québécoises avec lesquelles avaient été clairement établi les critères de transition.

«Les critères de transition, dans toute opération nationale, on établit, on arrive, on est en assistance, en partenariat avec les autorités provinciales et on établi des critères d’emploi, des critères de transition. Donc, pour les centres, pour les CHSLD, il y avait des critères de transition qui parlaient du taux d’infection des résidents, la disponibilité du personnel civil, la capacité du centre à s’organiser, sa structure, et, ensuite, le niveau de tâches de nos militaires. Quand le niveau de tâches diminuait, c’était un signe que la situation était rétablie.», nous précise bien le brigadier-général Carpentier.

«Donc, ces critères là étaient évalués de concert avec nos partenaires, le ministère de la Santé et des Services sociaux , et ça menait à la décision de sortir d’un centre une fois que les critères étaient rencontrés.»

Préserver ce qui a fait la différence

Les équipes déployées par les Forces armées canadiennes ont pu également compter, en plus du personnel médical, sur des membres des Forces armées venant d’autres métiers pour appuyer le personnel médical, des hommes et femmes en uniforme qui ont su ont faire preuve de cette adaptabilité et de cette flexibilité caractéristiques propres aux membres de l’armée et d’un sens du travail d’équipe qui tenait beaucoup à leur culture militaire, leur formation et leur entraînement continu.

Le brigadier-général Carpentier, dont le rôle en tant que commandant de la 2e Division du Canada est aussi de créer et maintenir une force terrestre polyvalente prête à l’opération pour l’Armée canadienne dans la province de Québec, nous explique toute l’importance des bases indispensables que donnent aux militaires leur formation et leur entraînement.

«Une mission particulière dans un milieu médical, dans toutes les missions où on va, on a des expertises au sein des Forces armées canadiennes qui nous permettent de bien rencontrer la mission et de bien s’adapter à cet environnement là.», note-t-il, et, dans le cas de LASER, «Le succès sur le terrain, cela a été nos pelotons interarmes. Nos équipes mixtes médical avec nos troupes que vous avez si bien décrites, nos troupes qui faisaient le rôle d’aide de service, nos troupes de soutien général, nos blindés, nos artilleurs, nos fantassins», explique le général avec une satisfaction non-dissimulée, «nos ingénieurs qui, avec une formation de quelques jours se sont joints à ces experts médicaux et ont réussi à faire une différence dans les centres.»

«Les Forces armées canadiennes sont capables de s’adapter à un environnement inconnu par leur formation et leur entraînement. Par leur doctrine aussi, leur structure, leur organisation, pour être prêt à faire face à l’inconnu. Donc, on arrive devant une situation inconnue, mais on a des bases solides, des fondations qui nous permettent d’arriver de façon organisée, de prendre connaissance de cette situation là, et, après ça, d’organiser nos troupes pour être capables d’y répondre.», poursuit le brigadier-général Carpentier, ajoutant, sans cacher sa fierté que «Donc, c’est un peu ça qui nous a permis d’arriver avec la composante terrestre, avec le colonel Arsenault en charge, avec nos deux forces opérationnelles, avec le lieutenant-colonel Aspireault [commandant du 12e Régiment du Canada, une unité blindée régulière qui fait partie du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada et est stationné sur la base des Forces canadiennes (BFC) Valcartier, NDLR], le lieutenant-colonel Cohen [du 34e Groupe-brigade du Canada (34e GBC) un groupe-brigade de la Première réserve, dont le quartier général est situé à Montréal NDLR], et leurs merveilleuses équipes qui se sont jointes aux équipes médicales qui ont permis d’œuvrer à la mission.»

En entrevue pour 45eNord.ca le 26 juin, jour de la fin de la mission dans les CHSLD, le brigadier-général Gervais Carpentier, commandant de la Forces opérationnelles interarmées Est, qui a assuré l’opération LASER au Québec, et de la 2e Division du Canada, responsable de la création et du maintien d’une force terrestre polyvalente prête à l’opération pour l’Armée canadienne dans la province de Québec, explique l’importance de la reprise des activités régulières. [Jacques N. Godbout/45eNord.ca]

Il faut maintenant regarder vers l’avant

Mais la COVID-19 n’a pas effacé le besoin que le pays a d’une armée prête à faire face aux défis que seuls nos militaires peuvent relever. Car, si les Forces armées ont pu soutenir le personnel civil du réseau de la santé, personne ne pourra remplacer nos militaires dans la défense de notre pays et dans le maintien, de concert avec nos alliés, de la paix et de la sécurité dans un monde difficile en des temps incertains.

«Maintenant que la situation est rétablie, que ça va bien, qu’on a travaillé main dans la main avec nos fiers partenaires civils, on doit regarder vers l’avant. On doit aller se préparer, on doit aller s’entraîner, et comme force de dernier recours, on sera prêt à répondre à l’appel la prochaine fois qu’il y aura une situation de crise.»

Dès avril le chef d’état-major de la Défense, le général Jonathan Vance, expliquait déjà que le besoin d’une armée n’était pas disparue avec la COVID-19.

«Toutes les opérations nationales courantes et les opérations à l’étranger désignées continuent», indiquait alors le général dans sa lettre, «même si la posture et le profil de la force ont été adaptées pour tenir compte de la COVID-19.».

«L’instruction axée sur le théâtre et sur la mission, bien que modifiée, se poursuivra afin que les troupes soient prêtes, avec des changements dans les opérations à l’étranger désignées «[…] étant donné que le monde lutte contre la COVID-19» et que des adversaires pourraient bien «chercher à profiter de la situation», toutes choses qui modifient l’environnement opérationnel, indiquait alors le chef d’état-major de la Défense, assurant que «les Forces armées canadiennes demeuraient vigilantes afin de détecter tout changement de ce type d’être prêtes à agir, le cas échéant.»

Le chef d’état-major s’était alors montré particulièrement préoccupé par l’évolution des dynamiques dans la région indopacifique et par ce que cela pourrait signifier pour les déploiements futurs. «Le Canada est toujours déterminé à faire sa part en matière de dissuasion et d’assurance en Europe», indiquait le général Vance, qui ne cachait pas non plus ses craintes quant à l’avenir au Moyen-Orient, précisant que c’est en Afrique qu’on pourrait avoir des surprises de taille «La Covid-19 et les problèmes de sécurité alimentaire vont venir s’ajouter aux difficultés auxquelles sont confrontés l’Afrique et nos petites missions qui s’y trouvent» .

Le brigadier-général Carpentier abonde dans le même sens: «On existe pour nos opérations, on existe pour répondre à l’appel, pour réussir dans ces missions là, comme vous le soulignez, pour rencontrer ce mandat opérationnel là, il faut s’entraîner, il faut former nos gens, il faut recruter; c’est une grosse machine et la machine a besoin de s’entraîner, de recruter des gens, de former ces gens là et, après ça. de s’organiser pour être toujours capable de répondre à l’appel, que ce soit à l »étranger ou à la maison.»

Encore une fois, il faut rappeler que la 2e Division du Canada que commande le brigadier-général Carpentier est responsable de la création et du maintien d’une force terrestre polyvalente prête à l’opération pour l’Armée canadienne dans la province de Québec, au Canada, afin d’atteindre les objectifs de défense du Canada, au pays comme à l’étranger.

«La reprise des activités, comme le reste de la société, les Forces armées canadiennes se ‘déconfinent’ entre guillemets, et on doit reprendre de façon progressive nos activités, donc certains cours, certains éléments de formation individuelle, qui ont déjà repris, de l’entraînement collectif de façon responsable à l’automne, de l’entraînement collectif qui va culminer vers le début d’un mandat opérationnel au printemps 2021, donc du printemps 21 à l’été 22. On sera prêt à déployer la 2e Division, la majorité des troupes de l’armée dans des mandats expéditionnaires en Europe, au Moyen-Orient, puis en Afrique. Comme on l’a fait de l’année 2018 à l’année 2019, on a déployé 2 000 personnes.», nous indique le brigadier-général Carpentier.

«C’est ça les prochaines étapes: l’organisation va prendre place, puis l’entraînement pour être prêt pour ces prochains mandats-là. Les mandats vont se définir, on est en train de reprendre la posture de nos mandats expéditionnaires post-pandémie. Ça devrait ressembler à ce qu’on a fait de 2018 à 2019: 2 000 personnes sur une année, donc, sur une rotation de six mois à 1 000 personnes»

«C’est vers là qu’on s’en va.», indique le commandant de la FOI-Est et commandant de la 2e Division du Canada, qui n’en oubliera pas pour autant cette opération unique et sans précédent qu’a été l’opération LASER.

«Aux membres des FAC qui ont été envoyés en déploiement dans des établissements de soins de longue durée dans le cadre de l’op LASER les mots ne suffisent pas à correctement exprimer à quel point je suis fier de vous et de vos efforts ces derniers mois» , a écrit pour sa part le chef d’état-major de la Défense, le général Jonathan Vance. [Twitter/@CDS_Canada_CEMD]

«La fierté d’assister chez nous des gens qui en avaient bien besoin. La fierté également de nos hommes et de nos femmes en uniforme qui sont arrivés, qui se sont adaptés à une situation imprévue, unique, et qui ont su faire une différence. Et le travail d’équipe avec les partenaires provinciaux. Les gens, les infirmières, les préposés aux bénéficiaires, les aides de service, qui œuvraient dans les CHSLD ».

Un succès bien visible lors des cérémonies de départ qui se sont multipliées au fur et à mesure que se désengageaient les Forces armées canadiennes et que, «mission accomplie», elles quittaient les CHSLD.

«De voir les cérémonies de clôture qui se faisaient au départ des CHSLD démontrent bien les liens qui se sont tissés et les émotions dans l’assistance. Puis, dans une dimension reliée, nos Rangers, les yeux et les oreilles du Nord, qui ont su encore une fois répondre à l’appel à court préavis, eux qui sont de fiers membres des Forces armées canadiennes, mais aussi des gens intégrés dans leur communauté, qui œuvrent dans leur communauté, et on est fier d’avoir pu bénéficier d’eux pour assister également dans les régions éloignées du Nord du Québec.», nous déclare le brigadier-général qui conclut en assurant que l’armée sera toujours là quand le pays en aura besoin.

«Fiers d’être là en situation de crise et on sera là quand l’appel reviendra, comme on dit à la 2e Division, avec «Honneur et persévérance».

Vous pouvez écouter l’intégrale de l’entrevue du brigadier-général Carpentier sur la page Facebook de 45eNord.ca ce lundi 29 juin à compter de 12h00 >>

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