Donald Trump accusé d’utiliser le Pentagone à des fins politiques

William Barr, Donald Trump, Mark Esper et Mark Milley. [AFP]
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Accusé de se faire utiliser par Donald Trump à des fins politiques, le Pentagone cherchait mardi à se distancier du président américain après des propos polémiques du secrétaire à la Défense Mark Esper et le déploiement de renforts militaires autour de la Maison-Blanche.


Mise à jour 03/06/2020, 13h06

En désaccord apparent avec Donald Trump, le secrétaire américain à la Défense s’est dit mercredi opposé à l’idée de déployer l’armée dans les grandes villes des Etats-Unis pour juguler le vaste mouvement de protestation qui s’exprime contre le racisme et les brutalités policières.


Dans un pays où les militaires sont vénérés, le chef du Pentagone Mark Esper a semé l’inquiétude en déclarant lundi que les forces de l’ordre devaient «dominer le champ de bataille» pour rétablir l’ordre, alors que des centaines de milliers d’Américains protestent contre les brutalités policières, le racisme et les inégalités sociales exacerbées par la crise de la COVID-19.

M. Esper et le chef d’état-major américain, le général Mark Milley, se sont par ailleurs affichés aux côtés de M. Trump lorsqu’il s’est rendu à pied lundi soir devant l’église Saint John, bâtiment emblématique proche de la Maison-Blanche, dégradé la veille en marge d’une manifestation.

M. Esper était au premier rang des responsables de l’administration, près de Donald Trump, quand celui-ci s’est fait photographier devant l’église avec une bible à la main, quelques minutes après la dispersion brutale, à coups de matraques et de gaz lacrymogène, de manifestants qui protestaient pacifiquement près la Maison-Blanche.

Le général Milley a été filmé marchant en tenue de camouflage derrière M. Trump. Des images vite reprises par la Maison-Blanche dans une vidéo aux accents électoraux.

Tout ceci a semé la consternation dans l’opposition démocrate et parmi d’anciens responsables militaires.

«L’Amérique n’est pas un champ de bataille. Nos concitoyens ne sont pas l’ennemi», a tweeté un ancien chef d’état-major américain, l’ex-général Martin Dempsey.

Un haut responsable du Pentagone a assuré qu’en parlant de «champ de bataille», M. Esper n’avait pas d’arrière-pensée, et qu’ancien militaire lui-même, il s’exprimait juste dans un «jargon militaire».  

Quant à la présence du général Milley derrière le président américain lors d’une sortie de la Maison-Blanche visiblement politique, elle aurait été involontaire, a ajouté ce haut responsable ayant requis l’anonymat.

Le président leur a dit «qu’il voulait voir les troupes déployées à l’extérieur», a-t-il expliqué, assurant que ni M. Esper ni le général Milley «ne savaient que les forces de l’ordre avaient décidé de faire évacuer» la zone.

«Jargon militaire»

Le Congrès s’est emparé de l’affaire. L’influent président de la commission des Forces armées de la Chambre des représentants, Adam Smith, s’est inquiété mardi de la direction «autocratique» du président Trump et de «la façon dont elle affecte le jugement de la hiérarchie militaire».

«Le rôle de l’armée américaine dans le maintien de l’ordre sur le territoire est limité par la loi», a-t-il rappelé.  

Une loi interdit en effet d’utiliser des soldats d’active dans des missions de maintien de l’ordre, sauf en cas d’insurrection. En cas de désordres publics, il revient à chaque État américain de faire appel à d’anciens policiers réservistes de la Garde nationale.

Le candidat démocrate à la Maison-Blanche Joe Biden a accusé lundi Donald Trump d’utiliser l’armée «contre les Américains» et du gaz lacrymogène contre des «manifestants pacifiques» pour une opération de communication.  

Les minorités sont largement représentées au sein de l’armée américaine, considérée comme un ascenseur social, et le malaise était palpable parmi les militaires une semaine après la mort à Minneapolis de George Floyd, un homme noir de 46 ans asphyxié par un policier blanc.

«Je suis George Floyd», a notamment tweeté l’adjudant-chef de l’armée de l’air Kaleth Wright, un des militaires noirs américains les plus en vue. «Comme la plupart des aviateurs noirs, je suis outré de voir un autre homme noir mourir à télévision sous nos yeux».

«Ce qui arrive trop souvent dans ce pays à des hommes noirs victimes de brutalités policières […] pourrait m’arriver à moi», a-t-il ajouté dans des messages ayant reçu un large écho.