La Chine va instituer un «organe de sécurité nationale» à Hong Kong

Des Hongkongais bravent l’interdiction de rassemblement pour commémorer Tiananmen. le 4 juin. [AFP]
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Des juges nommés directement par le pouvoir politique et un «organe de sécurité nationale» qui représentera Pékin: la Chine a dévoilé samedi l’architecture de son projet de loi controversé à Hong Kong, accentuant l’inquiétude de l’opposition démocrate dans le territoire.

«C’est presque comme si la main de Pékin se saisissait des rênes administratives et judiciaires de Hong Kong», a dénoncé depuis l’ancienne colonie britannique un député prodémocratie, Alvin Yeung.

Après les manifestations monstres de l’an dernier contre l’influence de Pékin, le régime du président Xi Jinping a annoncé le mois dernier une «loi sur la sécurité nationale à Hong Kong», perçue par l’opposition locale comme un moyen de la réduire au silence et comme la fin de l’autonomie de la métropole financière, garantie en principe depuis sa rétrocession à la Chine en 1997.

Le principe de la loi a été adopté fin mai par la session plénière annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP, le Parlement chinois), qui a donné mission à son comité permanent de rédiger un projet de loi. C’est ce texte qui a été publié samedi par l’agence de presse officielle Chine nouvelle.

Le document stipule qu’un «organe de sécurité nationale», relevant directement du gouvernement central, sera institué à Hong Kong. Il sera chargé de réunir des informations et de poursuivre les crimes contre la sécurité nationale.

Le texte, qui entend réprimer le séparatisme, le terrorisme, la subversion et la collusion avec des forces étrangères, prévoit aussi que la loi en préparation prime sur celles de l’ancienne colonie britannique qui entreraient en conflit avec elle.

«Référendum» pour la grève

Depuis la rétrocession, les relations entre Hong Kong et Pékin sont régies par le principe «Un pays-deux systèmes», qui garantit au territoire des libertés inconnues ailleurs en Chine communiste.

Mais la région autonome est dirigée par un exécutif dont les membres sont systématiquement inféodés à Pékin, aux termes d’un processus de sélection qui écarte les personnalités favorables à la démocratie.

L’actuelle cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, est dénoncée par ses adversaires comme une marionnette de Pékin.

Dans le projet de loi, Mme Lam se verra placée à la tête d’un «comité de maintien de la sécurité nationale» placé sous la supervision du gouvernement central.

Mme Lam aura aussi la prérogative de nommer les juges chargés de juger les crimes contre la sécurité nationale.

Cette disposition suscite les craintes d’Alvin Yeung, le député d’opposition qui s’est adressé à la presse après la publication du projet de loi.

«La cheffe de l’exécutif aura le pouvoir de choisir les juges qu’elle veut», a-t-il déclaré.

«Ce qui m’inquiète le plus, c’est le cas où des juges rendraient des jugements favorables aux accusés. Dans ce cas, seraient-ils révoqués ? C’est une possibilité», a ajouté le député.

Aucune date n’a été fournie pour l’adoption du texte mais Chine nouvelle a précisé que le projet serait «prochainement» finalisé, malgré les inquiétudes des pays occidentaux.

Dans un communiqué, les puissances du G7 ont appelé cette semaine Pékin à revenir sur ce projet, un appel rejeté «fermement» jeudi par le gouvernement chinois.

Le Parlement européen a appelé vendredi l’UE à prévoir des «sanctions contre les dirigeants responsables de la répression à Hong Kong» et à saisir la justice internationale si la loi est adoptée.

Les États-Unis ont annoncé des sanctions économiques contre Hong Kong.

L’annonce du projet de loi a provoqué de nouvelles tensions à Hong Kong ces dernières semaines entre contestataires et forces de l’ordre, alors que les manifestations avaient pratiquement disparu depuis le début de l’année, à la faveur de l’épidémie de coronavirus, qui a entraîné une interdiction des rassemblements.

Samedi, plusieurs milliers de Hongkongais ont participé à un «référendum» à l’appel d’organisations syndicales en faveur de l’organisation de grèves pour protester contre le projet de loi.

De longues files d’attente sont apparues en plusieurs endroits de la ville où le «scrutin» était organisé.

Taïwan appelle à protéger Hong Kong contre l’autocratie chinoise

La présidente taïwanaise Tsai Ing-wen. [AFP]

Par ailleurs la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen a appelé vendredi à protéger les libertés de Hong Kong contre la Chine autoritaire lors d’un rare discours prononcé en Europe, dans lequel elle a vanté les mérites de son île.

«Si l’on permet aux forces antidémocratiques et aux autocrates de déborder leurs frontières, nous négligeons nos propres valeurs démocratiques», a-t-elle déclaré lors d’une intervention vidéo au sommet annuel sur la démocratie à Copenhague.

«Taïwan s’est joint à la communauté internationale pour exhorter les autorités de Pékin à honorer leur obligation de respecter les libertés fondamentales de Hong Kong», a-t-elle ajouté.  

Son discours a mis en avant son île comme une «démocratie vivante, ouverte et respectueuse», qui entend continuer à «apporter toute l’aide humanitaire nécessaire à la population de Hong Kong».

Réélue en janvier pour un deuxième mandat, la dirigeante taïwanaise est la bête noire de la Chine continentale car elle considère que son île est un État souverain de facto, et rejette fermement la vision chinoise d’une «Chine unique».

L’ambassade de Chine à Copenhague a protesté contre sa participation, ainsi que celle de Joshua Wong, figure de l’opposition hongkongaise, à un sommet où devait également intervenir le secrétaire d’État américain Mike Pompeo.

Leur participation «viole le principe de la Chine unique, s’immisce dans les affaires intérieures de la Chine et provoque la Chine», a affirmé l’ambassade dans un communiqué.

Depuis l’élection de Mme Tsai en 2016, la Chine a exclu toute offre de négociation avec Taïwan et intensifié les pressions économiques, militaires et diplomatiques contre une île qu’elle voit toujours comme une province rebelle appelée à revenir dans le giron de la mère patrie, par la force si nécessaire.