L’affaire George Floyd et les violences policières en débat à l’ONU

Le Conseil des droits de l'homme a tenu ce mercredi 17 juin un débat urgent sur «les violations actuelles des droits de l'homme d'inspiration raciale, le racisme systématique, la brutalité policière contre les personnes d'ascendance africaine et la violence contre les manifestations pacifiques. [You Tube]
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Le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à Genève s’est emparé mercredi de la question brûlante du racisme et des violences policières, à la demande des pays africains qui demandent la lumière sur le «racisme systémique», notamment aux États-Unis, point de départ d’un mouvement de protestation devenu mondial après la mort de George Floyd.


Mise à jour 19/06/2020, 22h35

Une résolution condamnant le racisme systémique et les violences policières a été unanimement adoptée vendredi par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à l’issue d’un débat historique et après le retrait d’une mention ciblant spécifiquement les États-Unis.

Dans sa version initiale, la résolution réclamait l’établissement d’une commission d’enquête internationale indépendante pour faire la lumière sur le « racisme systémique » aux États-Unis. Ce type de commission est une structure de haut niveau généralement réservée aux grandes crises comme le conflit syrien.Mais le texte a été progressivement édulcoré et ne cible plus nommément les États-Unis, déclenchant l’ire des ONG de défense des droits de l’Homme telle l’American Civil Liberties Union (ACLU): «En harcelant d’autres pays pour édulcorer ce qui aurait été une résolution historique, et s’exonérer ainsi de toute enquête internationale, les Etats-Unis tournent le dos encore une fois aux victimes des violences policières et aux personnes noires».


Le président américain Donald Trump a lancé la veille une réforme limitée de la police avec un décret interdisant les prises controversées d’étranglement, sauf en cas de danger pour la vie du policier. Des mesures qui ne devraient guère satisfaire les manifestants américains qui réclament entre autres l’interdiction pure et simple de ces prises.

Le débat à Genève, convoqué à partir de 11 h, qui devrait se poursuivre jeudi, a été engagé par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU dans le contexte du mouvement historique qui secoue les États-unis depuis la mort, le 25 mai à Minneapolis (Minnesota), de George Floyd, un quadragénaire noir asphyxié par un policier blanc.

Avant l’ouverture des débats, une vingtaine de hauts fonctionnaires des Nations unies d’origine ou d’ascendance africaine, parmi lesquels le chef de l’Organisation mondiale de la santé Tedros Adhanom Ghebreyesus, ont signé à titre personnel une déclaration pour indiquer que «la simple condamnation des expressions et des actes de racisme ne suffit pas».

Un message vidéo de Philonise Floyd, le frère de George Floyd, a été diffusé mercredi lors d’une réunion sur le racisme et la police des États-Unis convoquée par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à Genève. [AFP]

Le frère de George, Philonise Floyd, s’est adressé par lien vidéo à cette instance dont les États-Unis se sont retirés il y a deux ans.

Il a appelé l’ONU à «aider les Américains noirs» notamment en envisageant «la mise en place d’une commission d’enquête indépendante» sur les violences policières contre les Afro-Américains.

«Vous avez le pouvoir de nous aider à obtenir justice», a lancé Philonise Floyd dans un message vidéo au ton très combatif diffusé lors d’une réunion sur le racisme et la police des États-Unis convoquée par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à Genève à la demande des pays africains.

«Vous avez vu mon frère mourir», a-t-il poursuivi, en revenant sur le calvaire de George Floyd, asphyxié le 25 mai à Minneapolis par un policier blanc, resté agenouillé sur son cou pendant près de neuf minutes, tandis qu’une passante filmait la scène.

«La triste vérité, c’est que ce n’est pas un cas unique», a-t-il poursuivi. «La façon dont mon frère a été torturé et tué devant une caméra est la façon dont les personnes noires sont traitées par la police en Amérique».

Ensuite, a-t-il poursuivi, «quand des gens ont osé lever la voix, et manifester au nom de mon frère», ils ont fait face à des gaz lacrymogènes, des tirs de balles en caoutchouc… «Plusieurs ont perdu des yeux ou souffert de lésions cérébrales», a-t-il assuré.

Se posant en «gardien» de la mémoire de son frère, il a lancé aux pays membres «vous êtes les gardiens de vos frères et sœurs en Amérique».  

«Je vous demande de m’aider, de nous aider, les Américains noirs», a imploré Philonise Floyd. «J’espère que vous allez considérer la mise en place d’une commission d’enquête indépendante sur les personnes noires tuées par la police aux États-Unis et sur la violence déployée contre des manifestants pacifiques».

Mais la dernière mouture du projet de résolution qui seras soumis aux délégués n’ira pas aussi loin que l’aurait souhaité Philonise Floyd.  

«Transparence»

Le Conseil doit en effet se prononcer sur le projet de résolution présenté par le groupe africain condamnant «les pratiques raciales discriminatoires et violentes des forces de l’ordre contre les Africains et les personnes d’origine africaine et le racisme endémique structurel du système pénal, aux États-Unis et dans d’autres parties du monde ».

Dans sa version initiale, le texte réclamait l’établissement d’une commission d’enquête internationale indépendante, une structure de haut niveau généralement réservée aux grandes crises comme le conflit syrien.  Mais les États-Unis ont fait pression via leurs alliés pour que cette mention de la commission n’apparaisse pas dans la version finale, selon plusieurs sources.

Une nouvelle mouture le texte se contente de demander à Michelle Bachelet, Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, «d’établir les faits et les circonstances relatives au racisme systémique, aux violations présumées du droit international en matière de droits de l’Homme et les mauvais traitements contre les Africains et les personnes d’origine africaine».

Andrew Bremberg, ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies à Genève, a souligné la «transparence» dont fait preuve son pays en matière de lutte contre la discrimination et l’injustice raciales, citant la réforme lancée par le Donald Trump.  

«Point de non-retour»

Le chef des droits de l’homme de l’ONU a appelé à des réparations pour l’esclavage et le colonialisme lors du débat sur le racisme américain et la brutalité policière au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à Genève après le meurtre de George Floyd, un quadragénaire noir asphyxié par un policier blanc de Minneapolis. [Twitter]

Il faut «rapprocher la police et les communautés, pas les éloigner», a affirmé mardi M. Trump, martelant sa volonté de restaurer la «loi et l’ordre». Seul un «très petit» nombre d’agents commet des fautes, a-t-il insisté dans des remarques prenant parfois des allures de discours de campagne.

S’il a déploré la mort de George Floyd et d’autres victimes noires, le républicain a depuis le début des manifestations esquivé le débat sur le racisme.  

Le président américain n’ayant qu’un pouvoir limité sur les services de police, qui dépendent surtout des États et des villes, le décret utilisera le levier des subventions fédérales pour les «encourager» à respecter les «normes professionnelles les plus élevées».

Sans attendre l’administration Trump ou le Congrès, plusieurs villes ont interdit des pratiques policières controversées depuis la mort de George Floyd qui a suscité dans tout le pays la plus forte mobilisation depuis le mouvement pour les droits civiques dans les années 1960.

La colère a été ravivée par la mort vendredi soir à Atlanta (Sud) sous les balles d’un policier blanc d’un autre Afro-Américain, Rayshard Brooks. Et plusieurs affaires continuent d’alimenter l’indignation.