Militaires dans les CHSLD du Québec : de la manipulation politique à la sauce Justin Trudeau

Des membres du 12e Régiment blindé du Canada se rendent au centre d'hébergement et de soins de longue durée Vigi Mont-Royal, pour fournir de l'aide lors de l'opération LASER, à Montréal, au Québec, le 11 mai 2020. [MDN]
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Aujourd’hui, nous sommes le 12 juin 2020, date officielle de la fin de l’Opération LASER des Forces armées canadiennes. Vous savez l’Opération LASER est celle qui a amené les militaires à venir prêter main-forte dans les CHSLD aux services de santé du Québec qui étaient littéralement dépassés par la pandémie.

D’ailleurs, les chiffres glacent le sang. Sur les 5105 décès enregistrés au Québec entre le mois de mars et le mois de juin 2020, près de 90% proviennent de la population des personnes âgées. Heureusement, la venue des militaires dans les CHSLD de la région de Montréal a permis de stabiliser la situation et de venir en aide à de nombreuses personnes vulnérables et malades. La présence des militaires dans les CHSLD a définitivement permis de sauver de nombreuses vies. Nous ne serons jamais assez reconnaissants pour cette contribution des Forces armées canadiennes à la nation québécoise.

Mais, nous sommes le 12 juin 2020 et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, n’a toujours pas pris de véritable décision en lien avec la demande du premier ministre du Québec, François Legault, de prolonger le maintien de 1000 militaires dans les CHSLD jusqu’au 15 septembre 2020. Cette demande date depuis maintenant quelques semaines. Aujourd’hui, le premier ministre Trudeau a mentionné que la mission allait se poursuivre pour une période supplémentaire de deux semaines. Deux semaines de plus, nous amène au 26 juin, ce qui est relativement loin du 15 septembre 2020.

Même si Justin Trudeau n’a pas encore pris de véritable décision cela n’a pas empêché un retrait graduel des militaires des CHSLD depuis les dernières semaines. En date du 11 juin 2020, la force opérationnelle au Québec était de 725 militaires alors qu’elle était de près de 1350 au cœur de la pandémie.

J’ai l’impression que Justin Trudeau a oublié «son leadership» au vestiaire dans ce dossier. Un leader doit prendre de véritables décisions et dans le présent cas, les valses-hésitations de ce dernier ne font que créer des tensions inutiles avec le Québec et générer de l’incertitude, de l’inquiétude et de la peur chez les personnes âgées qui vivent dans un CHSLD touché par la pandémie.

Le manque de leadership de Justin Trudeau dans ce dossier est sidérant. Pourtant, si nous analysons de manière factuelle et sur un plan humain la présente situation dans les CHSLD, une décision logique en découle. La COVID-19 frappe toujours. Une potentielle deuxième vague est à l’horizon. Les personnes âgées sont les plus touchées et les plus vulnérables. Les CHSLD du Québec sont toujours sous pression en raison d’un manque d’effectifs médicaux. Le gouvernement du Québec a mis en place un programme de recrutement et de formation qui sera complété en septembre pour les préposés aux bénéficiaires. Les militaires sont déjà sur le terrain et font un travail remarquable. Le gouvernement du Québec n’a aucune autre option actuellement et juge que les militaires sont la meilleure réponse à la situation.

Une assistance de trois mois supplémentaires des Forces armées canadiennes demeure une solution temporaire et à court terme qui permettrait au Québec de s’organiser, de former du personnel et de les déployer dans les CHSLD.

Il me semble que c’est assez clair ! Si j’étais le premier ministre du Canada, je n’aurais pas à attendre jusqu’à minuit moins une pour prendre une véritable décision, surtout si celle-ci concerne la vie de Canadiens et de Canadiennes.

Pour Justin Trudeau et pour le ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan, l’analyse ne semble pas aussi logique et claire. Sajjan a déjà prêché pour le retrait complet des militaires des CHSLD le 12 juin 2020 avec une série de raisons plus faibles les unes que les autres. Certains ministres libéraux du Québec dont Pablo Rodriguez, Jean-Yves Duclos et Mélanie Jolie ont certainement dit à Sajjan «de se calmer le pompom», car cela concerne le Québec (et leur siège au Parlement). De plus, les libéraux fédéraux du Québec sont conscients qu’il y aura des manifestations dans l’opinion publique si les militaires sont retirés alors qu’il y a encore des morts en raison de la pandémie. Justin Trudeau ne répond pas aux questions depuis plusieurs jours, et encore aujourd’hui il a sorti ses meilleures feintes aux interrogations des journalistes lors de son point de presse, en lien avec cette demande du premier ministre Legault.

Réponse ou non, il faut reconnaître que Justin Trudeau a compris qu’il ne pouvait retirer les militaires «d’un coup sec» des CHSLD, car cela pourrait se traduire en perte de capital politique dans la région de Montréal. Il se doit de les retirer graduellement dans les prochaines semaines, pendant la période estivale, en espérant que les décès continueront de diminuer. De plus, en attachant les bénévoles de la Croix-Rouge à son offre au Québec, il tente de convaincre la population que ces derniers combleront le départ des militaires. Alors pourquoi n’a-t-il pas fait appel à la Croix-Rouge au mois d’avril ? C’est quoi exactement le plan d’intervention de la Croix-Rouge pour les CHSLD du Québec ? Quelle est la formation des bénévoles de la Croix-Rouge ?

Malheureusement, ma lecture de la situation m’amène à croire que la vie des personnes âgées ne semble pas être la plus grande considération de Justin Trudeau, car si c’était le cas, il aurait acquiescé sans réserve et rapidement à la demande du Québec et ne l’aurait pas laissé sur son appétit avec une décision de prolongation de deux semaines. Justin Trudeau semble davantage préoccupé à ne pas passer «pour le mauvais garçon qui retire les militaires en temps de pandémie» et cela pour des considérations politiques.

Justin Trudeau et les stratèges libéraux ne veulent pas perdre de capital politique dans la région de Montréal. Il s’agit d’une manipulation politique qui laisse un très mauvais goût en bouche. La vie des personnes âgées est la priorité absolue et la partisannerie politique ne devrait pas avoir cours. C’est inconcevable de laisser tomber les personnes âgées et la province de Québec ! Nous nous souviendrons !