Op LASER dans le Nord: le 2 GPRC en voie de conclure une mission d’une envergure sans précédent

Des rangers montent une tente dans le cadre de l'op LASER à Inukjuak. [2GPRC]
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Pendant que tous les yeux étaient tournés vers le établissements de soins de longue durée dans le sud du Québec et de l’Ontario où, dans le cadre de l’opération LASER, les membres des Forces armées canadiennes assistaient le personnel civil dans la lutte à la pandémie de la COVID-19, nos militaires accomplissaient une mission non moins difficile, tout au contraire, dans 28 collectivités nordiques de la Côte-Nord, de la Basse-Côte-Nord et du Nunavik.

La mission du 2e Groupe de patrouilles des Rangers canadiens dans ces régions vastes, éloignées, mais fragiles, aura été d’une durée et d’une envergure sans précédent.

Le 2e Groupe de patrouilles des Rangers canadiens (2e GPRC), dont le quartier général est situé à Saint-Jean-sur-Richelieu, qui couvre un territoire immense et dont plusieurs membres sont des Inuits, des Innus ou des Cris ayant différentes langues maternelles telles que l’inuktitut, le montagnais, le cri, l’anglais et pas très souvent le français, a eu pour mission d’assister le personnel civil et de sensibiliser les habitants de ces communautés éloignées pour éviter que le virus ne se répande et décime la population.

Aujourd’hui, le danger écarté, le lieutenant-colonel Benoît Mainville, commandant du 2e Groupe de patrouilles des Rangers canadiens, et son adjudant-chef, Mathieu Giard, ont bien voulu expliquer à 45eNord.ca quels étaient les défis uniques que posait cette mission, qui en était à son 70e jour au moment de l’entrevue.

«Alors que toutes les conditions étaient réunies pour avoir une pandémie sévère, la proximité sociale, et je dis ça, c’est connu, c’est documenté depuis plusieurs années, la proximité sociale au niveau du Nunavik, c’est présent. La présence de maladies telle que la tuberculose [en est l’illustration]. Donc, on avait de grande crainte au départ, il semblait y avoir prédisposition à, probablement, une plus grande vulnérabilité à la COVID-19.», nous explique le lieutenant-colonel Mainville.

Mais les liens très forts entre, d’une part, les Forces armées canadiennes via le 2 GPRC et les Rangers, et, d’autre part, entre ces mêmes Rangers et les populations nordiques dont ils sont issus, ont permis de sensibiliser rapidement et efficacement les habitants de ce vaste territoire et d’éviter ce qui aurait pu être une hécatombe.

Au Nunavik, par exemple, il n’y a eu finalement eu jusqu’ici qu’une vingtaine de cas et, dans les autres zones du Nord québécois, à peine quelques cas: «Il y eu une discipline qui a freiné la propagation de la COVID rapidement.», note avec une satisfaction non-dissimulée le commandant du 2 GPRC, saluant le personnel de la santé qui travaillent dans ces régions éloignées «qui sont déjà difficiles en temps normal, dans des conditions normales; ils ont fait un travail incroyable pour confiner les quelques cas et la population a été disciplinée par rapport à ça et à comprendre cette problématique là.».

Et l’intervention des Rangers du 2 GPRC, assistance au triage dans les centres de santé, patrouilles pour informer les gens dispersés, sensibilisation de la population jusque «sur la banquise» auprès des chasseurs et pêcheurs, soutien aux personnes vulnérables, a fait la différence.

«Si quelqu’un avait présenté ce scénario au Collège des Forces canadiennes, il se serait fait traiter un peu de fou»

«Le 2 GPRC est entré dans l’histoire le 1er avril 2020 en étant la première unité des Forces armées canadiennes sollicitée dans la lutte à la pandémie de COVID-19. La demande d’assistance a été reçue le 1er avril 2020 du gouvernement du Québec pour activer les patrouilles du Nunavik, 14 communautés, 14 patrouilles, pour venir en aide au gouvernement régionale de Kativik.», raconte avec fierté le lieutenant-colonel Mainville.

«Très rapidement, endéans de deux semaines par la suite, on a reçu les demandes d’assistance pour la Base Côte-Nord et, quelques jours plus tard, la demande d’assistance de Service Autochtones Canada pour les communautés innues de la Basse Côte-Nord, incluant la communauté naskapie de Kawawachikamach, près de Schefferville.», poursuit le commandant, indiquant aussi que, même si au niveau de la Baie de James, le 2 GPRC a pas été sollicité, il a mis des Rangers en état de veille qui s’assuraient de permettre d’anticiper les besoins à venir, les besoins potentiels.

«L’approche qu’on a eu, la zone de responsabilité du 2 GPRC représente un territoire que couvre environ 70% du Québec, plus d’une quarantaine de communautés en région éloignée, et qui dit région éloignée dit absence d’infrastructure, absence de liens routiers, et éloignement. Alors c’est certain que les défis ont été assez importants dès le départ. Comment commander autant de troupes sur un aussi grand territoire à distance. Si quelqu’un avait présenté ce problème là au Collège des Forces canadiennes, il se serait fait traiter un peu de fou.», déclare le commandant.

Déployer des Rangers dans 28 communautés, à distance, avec un exercice du commandement et contrôle tout en assurant un appui logistique, administratif, financier, présentait en effet des défis énormes.

«Le 2 GPRC, normalement on a des opérations régulières. Même si les Rangers sont des réservistes, on parle même pas de Première réserve, on parle de réservistes qui se trouvent à être la troisième ligne, ils sont appelés régulièrement à intervenir, ils font des opérations de recherche et sauvetage qui sont généralement ponctuelles. La complexité des fois implique plusieurs patrouilles, dure plusieurs jours, mais ça reste, ça se résume à quelque chose qu’on connaît très bien, qu’on maîtrise très bien.», explique le commandant.

«Au Nunavik, on s’est adapté à nos partenaires civils qui avaient établi une cellule de crise à Kuujjuaq, alors on a établi un commandement et contrôle à Kuujjuaq qui, à partir de là, commandait les 14 patrouilles du Nunavik.Sur la Basse Côte-Nord, c’était un autre modèle. C’était un modèle virtuel où nos partenaires où nos partenaires civils préféraient un commandement et contrôle à partir de Québec avec des stations à Sept-Îles et à Blanc-Sablon.», explique-t-il.

Le 2 GPRC s’est donc finalement retrouvé avec trois méthodes de contrôle et de commandement différentes, tout en ayant des défis logistiques, par exemple, de fournir les équipements de protection individuels dans vingt quelque patrouilles tout en offrant la formation pour le port de ces équipements à distance avec ses partenaires civils.

Chaque situation amenait des problématiques auxquelles l’état-major, le personnel devait adapter, être créatif et trouver une façon d’accomplir la mission. Le  »sens créatif » a été très, très mis à l’épreuve, indique le commandant du 2 GPRC.

Un exemple que nous donne le lieutenant-colonel Mainville illustre bien la problématique particulière de cette opération. «Normalement, toutes nos procédures sont faites pour qu’on soit en contact avec l’individu. Par exemple, lorsqu’on a fait l’activation des Rangers, il y a un processus de vérification administratif avant l’activation du Ranger, pour s’assurer qu’il est en santé, qu’il n’a pas de problèmes de dossiers, bref, tout le médical et l’ensemble des procédures administratives.», explique le lieutenant-colonel Mainville. «Normalement, ça se fait en ayant la personne devant soi à son examen médical, à son examen dentaire, la vérification du dossier financier, etc, Mais cette fois, ça s’est fait par téléphone, un par un, à distance, et souvent le Ranger ne comprenait pas nécessairement exactement ce qu’on lui demandait ou l’accord qu’on lui demandait alors que l’activation du Ranger demande de sa part un consentement libre et éclairé. Cela est juste un exemple de qu’on a doit affronter avec les Rangers, c’est qu’on doit adapter les directives au travail à distance et, dans le cas d’une pandémie, cela est venu exacerber toutes ces tensions là.»

Nunavik
Le 3 avril 2020, le 2 GPRC a d’abord été mandaté pour aider la Régie régionale de la santé et des services sociaux Nunavik (RRSSSN), qui relève du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec. Le 2 GPRC a répond à cette demande en déployant environ 100 Rangers qui sont des résidents permanents des quatorze collectivités touchées au Nunavik.

Basse-Côte-Nord (BCN)
Le 17 avril 2020, le 2 GPRC a été mandaté pour aider la section régionale de la Côte-Nord du MSSS. Ses membres constituent une force d’intervention locale dans leur collectivité respective. Ils en soutiennent actuellement neuf : Kegaska, Harrington Harbour, Tête-à-la-Baleine, Chevery, Bonne-Espérance, Saint-Augustin, La Tabatière, et Blanc-Sablon.

Côte-Nord
Le 19 avril 2020, le 2 GPRC a reçu un autre mandat en réponse à une demande de Services aux Autochtones Canada (SAC) visant le soutien aux collectivités innues sur la Côte Nord. Les membres du 2 GRPC sont actuellement employés à Nutashkuan (Natashquan), Ekuanitshit (Mingan), Unamen Shipu (La Romaine) and Pakua Shipi.

Le 30 avril 2020, Services aux Autochtones Canada (SAC) a augmenté sa demande afin d’inclure la communauté Innu de Kawawachikamach, près de Schefferville.

Mission accomplie, le processus de désengagement est commencé

L’opération LASER dans les communautés nordiques au Québec est maintenant entrée dans un processus de désengagement.

En partenariat avec le gouvernement du Québec, les Forces armées canadiennes ont établi pour la fin de cette opération des critères de transition.

«Dans la majorité de nos communautés, on estime que nos critères de transition ont été atteint», indique le lieutenant-colonel Mainville.

Dès le 6 juin, la posture a pu être réduite à deux Rangers par communauté, avec renfort au besoin.

Vendredi 5 juin, les opérations à Kawawachikamach auprès de la population naskapie à l’extérieur de Schefferville ont cessé, et à partir du 12 juin les Forces armées se sont désengagées de la Basse Côte-Nord où le gouvernement du Québec considère que le travail est accompli et que les critères de transition ont été atteints.

«Après cette date, on est en attente de décision pour le Nunavik ainsi que pour les communautés sur la Côte-Nord où les militaires répondaient à une demande du Services aux Autochtones Canada.», indique le commandant du 2 GPRC qui se dit optimiste et s’attend là aussi à un désengagement vers la mi-juin.

Une opération où le 2 GPRC et ses Rangers se sont dépassés

Ainsi se terminera une opération qui aura changé la perception des Rangers du commandant du 2 GPRC: «Nos Rangers n’ont pas de fin de service, un certain nombre de Rangers dépasse les 55 ans et plus et les Rangers n’ont pas d’examens médicaux», confie le lieutenant-colonel Mainville qui ne cache pas qu’une de ses plus grandes craintes était que nombre d’entre eux ne puissent pas répondre à l’appel et maintenir l’opération.

Mais une bonne surprise attendait le commandant du 2 GPRC: après plus de «soixante jours d’opération, au delà de 250 Rangers ont été mobilisés pour soutenir l’opération, et, peut-il dire aujourd’hui avec soulagement, «je n’ai eu qu’un Ranger qui a eu un mal d’estomac et un autre qui a été évacué pour problème cardiaque».

«C’est sans précédent en terme de déploiement de Rangers, la capacité de déploiement des Rangers. La capacité des Rangers de répondre à l’appel en aussi grand nombre, sur une aussi longue durée va être LA leçon apprise de l’institution: les Rangers veulent aider leur communautés et sont prêts à répondre aux besoins de leurs communautés», conclut, admiratif, le commandant du 2 GPRC qui salue ses Rangers, son personnel et la population de ces régions pour qui son respect et son admiration sont évidents.