Ottawa serait prêt à laisser 500 militaires dans les CHSLD pour quelques semaines encore

Une équipe composée de militaires provenant de divers endroits au Québec fournit des soins aux résidents du centre d’hébergement et de soins de longue durée Vigi Reine-Élizabeth, à Montréal (Québec), dans le cadre de l’opération LASER, le 10 mai 2020. (Caporal (Cpl) Genevieve Beaulieu/Technicienne en Imagerie/Section imagerie Valcartier)
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Paru le 10 juin/Remis à jour 12 juin

Le gouvernement Trudeau serait prêt à laisser environ 500 militaires dans les CHSLD du Québec pour quelques semaines encore, évitant ainsi de mettre fin de manière abrupte à leur mission alors que ces établissements sont toujours touchés par la pandémie de COVID-19, rapportait cette semaine le quotidien montréalais La Presse sous la plume de Joël-Denis Bellavance.

Quant, en avril, il avait accepté la demande de Québec de déployer plusde membres des Forces armées canadiennes dans les CHSLD, le premier ministre Trudeau avait bien prévenu que là n’est pas le rôle de l’armée, qu’il ne s’agit pas d’une solution à long terme et qu’il faudra se poser des questions une fois la crise passée.

La mission des militaires déployés dans les CHSLD dans le cadre de l’opération LASER de lutte à la pandémie de COVID-19 devait prendre fin le 12 juin, mais le premier ministre du Québec, François Legault, a réclamé qu’Ottawa prolonge la présence des militaires dans les CHSLD jusqu’au 15 septembre pour lui donner plus de temps pour mener à bien sa campagne de recrutement de 10 000 nouveaux préposés aux bénéficiaires qui devront suivre une formation d’environ trois mois avant de pouvoir être «opérationnels».

Mais, le 28 mai, en conférence de presse à l’issue d’une rencontre des Nations unies réunissant plus de 50 chefs d’État et de gouvernement, l’Événement de haut niveau sur le financement du développement à l’époque de la COVID-19 et durant les années suivantes, le premier ministre Trudeau avait rappelé que la présence de l’armée dans des CHSLD relevait de l’anomalie.

Et plusieurs membres des Forces armées canadiennes (FAC) actuellement déployés dans les CHSLD du Québec ont d’ailleurs déjà commencé à plier bagage.

Plusieurs centaines de militaires ont quitté ces dernières semaines le CHSLD où ils avaient été affectés et n’ont pas été réassignés dans un autre établissement du réseau québécois de la santé, le désengagement des militaires déployés dans le cadre de l’op LASER qui assistent actuellement le personnel civil dans ces établissements, déjà en cours depuis un certain temps déjà, se poursuivant alors que les Forces armées canadiennes quittent les établissements après y avoir accompli leur mission

Alors qu’au plus fort de l’opération plus de 1700 militaires ont été déployés dans une trentaine de CHSLD du Québec, en date du 9 juin 2020, 933 membres des FAC soutenaient encore les autorités civiles dans 14 CHSLD.

Le personnel des forces armées canadiennes a quitté les établissements suivants après y avoir terminé leur mission et permis la stabilisation de la situation:

1. CHSLD Hôpital Sainte-Anne (Sainte-Anne-de-Bellevue)
2. CHSLD Valéo (Saint-Lambert)
3. CHSLD Villa Val des Arbres (Laval)
4. Manoir de Verdun (Montréal)
5. Centre d’hébergement Yvon-Brunet (Montréal)
6. Grace Dart Extended Care Centre (Montréal)
7. CHSLD Benjamin-Victor-Rousselot (Montréal)
8. CHSLD Floralies-De-Lasalle (Lasalle)
9. CHSLD Eloria-Lepage (Montréal)
10. Le Bellagio (Longueuil)
11. CHSLD Auclair (Montréal)
12. Résidence Berthiaume-Du Tremblay (Montréal)
13. Centre d’hébergement de Saint-Laurent (Saint-Laurent)
14. CHSLD Jean-Hubert-Biermans (Montréal)

15. CHSLD Cartierville (Montréal)

Il ne reste maintenant de membres des Forces armées canadiennes déployés que dans 18 CHSLD.

Et plusieurs autres militaires devraient se désengager au fur et à mesure que leur mission est remplie.

Le premier ministre du Québec, François Legault, déplore toujours quant à lui la baisse du nombre de soldats dans les CHSLD et demande à nouveau à Ottawa de maintenir au moins 1000 militaires jusqu’au 15 septembre. Les pourparlers continuent mais, en principe, a mission dans les CHSLD doit prendre fin vendredi.

En privé, rapportait également Joël-Denis Bellavance dans La Presse cette semaine, on évoque aussi la possibilité de faire appel à des employés de la Croix-Rouge et à des bénévoles pour combler le départ éventuel des membres des Forces armées.

Considérations politiques VS considérations opérationnelles

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, et une partie de la hiérarchie militaire, n’ont jamais caché leur opposition à la prolongation de la mission.

«Je peux vous assurer qu’on ne pourra pas tenir comme ça pendant quatre autres mois […] Nous n’avons pas le personnel suffisant; nos gens travaillent sept jours par semaine, ce n’est tout simplement pas soutenable», a déclaré le ministre, ajoutant que certaines provinces ne «comprennent pas tout à fait comment l’armée fonctionne», et qu’il comptait leur «expliquer les limites».

Les militaires, explique le ministre, ont d’autres obligations qui ne peuvent être mises de côté pendant cette pandémie.

Et cela reste d’autant plus vrai que le besoin d’une armée n’est pas disparu avec la COVID-19. Comme l’avait déjà expliqué en avril le chef d’état-major de la Défense, le général Vance, malgré la COVID-19, les militaires sont et restent des militaires et la disponibilité opérationnelle doit être maintenue.

«Toutes les opérations nationales courantes et les opérations à l’étranger désignées continuent», avait alors indiqué le général, «même si la posture et le profil de la force ont été adaptées pour tenir compte de la COVID-19.»

Et il faut aussi être prêt pour la saison des incendies de forêt et pouvoir également donner un coup de main aux régions d’autres provinces qui pourraient être touchées par des inondations.

Mais les élus jugent politiquement risqué que les militaires quittent Montréal alors que la métropole demeure l’épicentre de la pandémie de COVID-19 au pays et que le travail qu’effectuent les membres des Forces armées canadiennes dans les CHSLD a permis et permet encore de sauver des vies.

Les considération politiques, les libéraux craignant de payer un prix politique élevé si les militaires quittent Montréal alors que la métropole demeure l’épicentre de la pandémie de COVID-19 au pays, pourraient donc, à défaut de l’emporter sur les considérations opérationnelles, du moins amener Ottawa à faire un compromis entre les tenants du désengagement et les demandes de Québec. À suivre…