Yémen: les séparatistes prennent le contrôle de l’île stratégique de Socotra

Des combattants séparatistes du Conseil de transition du sud (STC) dans la province d'Abyan, dans le sud du Yémen, le 11 mai 2020. [AFP]
Temps de lecture estimé : 3 minutes

Les séparatistes du Conseil de transition du sud (STC) ont pris le contrôle de l’île stratégique yéménite de Socotra, sapant davantage l’autorité d’un gouvernement aux abois face aux rebelles Houthis bien implantés dans le nord du pays.

L’île, située dans l’océan Indien à quelque 350 km de la ville portuaire d’Aden, tire son importance stratégique de sa position face à la Corne de l’Afrique, non loin du détroit de Bab al-Mandeb, qui commande l’entrée sud de la mer Rouge, et aux abords d’importantes routes commerciales maritimes.

Socotra, souvent appelée « Galapagos de la mer d’Arabie », a une biodiversité exceptionnelle avec une faune et une flore en grande partie endémiques.

L’opération qui a vu l’île passer aux mains des séparatistes approfondit la crise entre le gouvernement et le STC qui n’arrivent pas à appliquer un accord de partage du pouvoir dans les zones échappant encore au contrôle des rebelles Houthis, au pouvoir dans une bonne partie du nord du Yémen, dont la capitale Sanaa.

Un haut responsable du STC, Salem Abdallah al-Socotri, a félicité les forces dépendant du conseil pour avoir « normalisé la situation » à Socotra, dans un communiqué publié tard samedi.

Le STC indique avoir commencé à appliquer le statut d’autonomie à Socotra. Les séparatistes, basés à Aden, avaient proclamé l’autonomie du Sud le 26 avril après l’effondrement d’un accord de paix avec le gouvernement, compliquant le conflit dans ce pays dévasté par plus de cinq ans de guerre.

Carte du Yémen localisant l’île de Socotra, reprise par les séparatistes du Conseil de transition du sud (STC). [AFP]

Hostilité aux islamistes

Les séparatistes, farouchement hostiles aux islamistes, ont indiqué que les forces progouvernementales basées sur l’île étaient composées en grande partie de partisans d’Al-Islah, parti islamiste allié au président Abd Rabbo Mansour Hadi.

Cette hostilité du STC vis-à-vis des islamistes est partagée par les Emirats arabes unis qui ont formé les unités combattantes et de sécurité des séparatistes et continuent de les soutenir.

Les Emirats sont aussi un pilier de la coalition militaire internationale –menée depuis 2015 par l’Arabie saoudite– qui appuie le gouvernement yéménite dans sa guerre contre les rebelles Houthis, mais ils ont pris leurs distances avec le président Hadi.

En mai 2018, des forces émiraties avaient débarqué sur l’île et établi une présence notamment dans son aéroport, ce qui a été dénoncé par le gouvernement qui avait jugé cette présence injustifiée étant donné l’absence des rebelles sur place.

Cette première crise, qui a mis en lumière l’ambition des Emirats de renforcer leur présence entre le Yémen et l’Afrique, a pris fin deux semaines plus tard avec l’arrivée de troupes saoudiennes qui ont permis le retrait des troupes émiraties.

«Complot» et «machination»

Côté gouvernement, un porte-parole officiel a dénoncé « un complot » à Socotra et souligné son rejet du fait accompli dans l’île, dans une déclaration publiée samedi soir par l’agence de presse officielle Saba.

Le gouverneur de l’île, fidèle au gouvernement, a lui souligné avoir été « victime, ainsi que les habitants de Socotra d’une machination douteuse et d’un silence inattendu de la part de ceux qui étaient supposés nous soutenir ».

La coalition qui intervient au Yémen en soutien à M. Hadi n’a pas réagi dans l’immédiat aux développements à Socotra.

Selon des sources militaires séparatistes, les forces du STC ont pris le contrôle samedi de l’île à l’issue d’une opération déclenchée vendredi et qui n’a provoqué que des affrontements limités avec les forces progouvernementales.

Les forces séparatistes sont entrées samedi à Hadibou, capitale de Socotra, et y ont établi des points de contrôle, selon les mêmes sources.

Le STC et le gouvernement sont en principe alliés au sein de la coalition militaire qui lutte contre les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran.

Cette guerre dans la guerre a compliqué un conflit qui, en une demi-décennie, a fait des dizaines de milliers de morts et provoqué, selon l’ONU, la pire crise humanitaire en cours dans le monde.