A Hong Kong, les manifestants laissent leurs pancartes en blanc

Des manifestants brandissent des papiers blancs dans un centre commercial à Hong Kong, le 6 juillet 2020. (AFP)
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A Hong Kong, les manifestants pro-démocratie se sont mis à brandir ostensiblement des feuilles de papier blanc, après l’entrée en vigueur début juillet de la nouvelle loi imposée par Pékin sur la sécurité nationale. 

Ils expriment ainsi leurs craintes pour la liberté d’expression dans cette ville où les voix dissidentes s’expriment d’habitude de manière bruyante et colorée. Hong Kong a connu l’an dernier d’imposantes manifestations, émaillées de violences, durant lesquelles plus de 9.000 personnes ont été arrêtées. 

Avec la nouvelle loi sur la sécurité, même les manifestations pacifiques sont devenues risquées. Huit manifestants tenant en silence de grandes feuilles de papier blanc ont ainsi été arrêtés cette semaine dans un centre commercial.

Jessie, une adolescente de 16 ans rencontrée lundi parmi quelque 70 personnes rassemblées au centre commercial de Kwun Tong, explique à l’AFP que ces papiers blancs adressent un message au gouvernement.

« Ce que vous ne pouvez pas voir c’est ce qui compte le plus pour nous, et ce que vous ne pouvez pas voir continuera d’exister dans nos esprits et nos coeurs », dit-elle. « Peut-être qu’actuellement notre liberté de parole est compromise, mais après ce qui s’est passé l’année dernière je suis sûre que l’esprit des gens n’est pas blanc ».

« Ce bout de papier blanc représente la terreur blanche », renchérit une étudiante de 17 ans, Carrie, utilisant une expression chinoise qui désigne les persécutions politiques.

Le gouvernement de Hong Kong a ordonné lundi aux écoles de retirer les livres qui pourraient violer la loi sur la sécurité. Deux jours auparavant, les bibliothèques avaient annoncé faire de même. Parmi les auteurs dont les titres ne sont plus disponibles figurent Joshua Wong, l’un des militants les plus célèbres, et Tanya Chan, une députée pro-démocratie renommée.

Les slogans et drapeaux qui ornaient les pancartes des manifestants de l’année dernière, ou leurs cris de ralliement, sont dorénavant illégaux. Les militants pro-démocratie se sont mis à nettoyer leurs traces sur l’internet et les magasins se débarrassent de tout signe ou objet compromettant.

Malgré les peurs et l’incertitude, nombre de HongKongais ont trouvé de nouveaux moyens pour se faire entendre, utilisant des jeux de mots ou des slogans qui sonnent comme ceux dorénavant interdits mais avec un sens différent.

« Si le gouvernement voulait publier une liste noire des mots interdits, il faudrait l’actualiser chaque jour », ironise un homme de 54 ans qui se désigne comme M. Law. « Si des papiers blancs sont aussi illégaux, alors je sortirais avec des papiers d’autres couleurs ».