La chaîne d’approvisionnement militaire livre en retard la moitié du temps, indique la vérificatrice générale

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La chaîne d’approvisionnement militaire livre en retard la moitié du temps, titre le rapport publié ce matin de la nouvelle vérificatrice générale du Canada, Karen Hogan nommée en juin 2020.

L’examen de la vérificatrice a porté sur les demandes de matériel qui ont été présentées et satisfaites entre le 1er avril 2017 et le 31 mars 2019.  Le matériel sélectionné aux fins de l’examen comprenait notamment des outils, des pièces de rechange, des uniformes, des vêtements spécialisés et des vivres. Les munitions, les bombes et les missiles ont été exclus de l’audit, tout comme les équipements autonomes tels que les aéronefs, les navires et les véhicules.

Cet audit est important, explique la vérificatrice, parce que la sécurité nationale du Canada et le succès des opérations militaires canadiennes à l’étranger dépendent de la capacité de la Défense nationale de fournir aux Forces armées canadiennes le matériel dont elles ont besoin pour remplir leurs missions au mieux de leur capacité. Le matériel doit donc être livré en temps opportun pour que les militaires le reçoivent au moment où ils en ont besoin.

L’audit a fait ressortir, souligne le bureau de la vérificatrice générale, que dans bien des cas, le matériel n’est stocké ni à l’endroit voulu, ni au moment où il est requis. Cela signifie que les demandes de matériel doivent être réacheminées, ce qui exige des approbations et des étapes supplémentaires pour remplir les demandes. La moitié des demandes en retard accusaient un retard d’au moins 15 jours, et 25 % d’entre elles étaient en retard d’au moins 40 jours.

L’audit a aussi recensé bien des cas dans lesquels le niveau minimum de stocks avait été établi à zéro dans le système d’approvisionnement, indique le bureau de la vérificatrice. La Défense nationale n’a pas pu confirmer si ce niveau avait été fixé accidentellement ou intentionnellement. Il reste que le système ne produit aucune alerte pour signaler le besoin de renouveler les stocks pour éviter des ruptures de stock qui retardent ensuite la livraison du matériel demandé par les Forces armées canadiennes.

Bref, l’examen arrive à la conclusion que la Défense nationale souvent ne livrait pas à temps aux Forces armées canadiennes le matériel qu’elles avaient demandé, et qu’elle n’avait pas non plus les contrôles nécessaires pour déterminer si elle avait évité des frais de transport inutiles. En moyenne, le matériel, comme des uniformes, des vivres et des pièces de rechange, a été livré en retard dans la moitié des cas.

«Dans l’ensemble, nous avons constaté qu’une mauvaise gestion de la chaîne d’approvisionnement avait souvent empêché la Défense nationale de fournir du matériel aux Forces armées canadiennes au moment où elles en avaient besoin. Ainsi, dans la moitié des cas, les militaires ont reçu le matériel après la date demandée (notamment des pièces de rechange, des uniformes et des vivres).», écrit la vérificatrice générale dans son rapport.

«Les retards étaient souvent imputables à des ruptures de stock.», indique le rapport. «Lorsque le stock est épuisé, il faut trouver le matériel ailleurs et l’acheminer à l’endroit voulu, ce qui exige des étapes supplémentaires et retarde la livraison. Nous avons constaté que des réacheminements de matériel étaient survenus dans le tiers des cas, sur un total d’environ un million de demandes de matériel. De tels réacheminements entraînent un recours accru aux transporteurs commerciaux, soit une solution généralement plus coûteuse que les autres.»

«Nous avons aussi constaté qu’une grande partie des demandes de matériel prioritaires avaient été présentées comme telles sans aucune justification.», écrit la vérificatrice générale. «Or, le fait de désigner sans fondement des demandes comme étant prioritaires exerce des pressions indues sur la chaîne d’approvisionnement et occasionne des coûts supplémentaires.», déplore la vérificatrice.

La Défense nationale n’avait pas d’indicateurs de rendement pour déterminer si le matériel était conservé dans les bons entrepôts, ou si les entrepôts disposaient de stocks suffisants pour répondre aux besoins des bases et des unités militaires qu’ils devaient desservir, indique le rapport, notant que ces faiblesses créent dans la chaîne d’approvisionnement des incertitudes et des retards qui empêchent la Défense nationale d’optimiser l’utilisation de ses ressources en vue d’approvisionner les Forces armées canadiennes.

Le ministre affirme que le travail est déjà en cours

Réagissant au rapport, le ministre de la Défense nationale, Harjit S. Sajjan, reconnaissant l’ampleur du problème, affirme toutefois que le travail est déjà en cours.

À la suite du dépôt du rapport de la vérificatrice générale du Canada concernant l’approvisionnement des Forces armées canadiennes, le ministre a déclaré avoir «déjà apporté des améliorations considérables à la manière dont nous gérons nos ressources.», notamment aux chapitres de la prise d’inventaire, la communication des coûts d’inventaire et la surveillance des travaux d’approvisionnement.

Le ministre Sajjan a souligné également faire avancer un nombre de nouveaux projets de gestion, comme l’acquisition de technologies normalisées utilisées en matière de codes à barres et de nouvelles capacités de systèmes électroniques, afin d’améliorer davantage notre rendement.

Mais il reconnaît que les mesures prises aujourd’hui par son ministère ne sont pas des mesures définitives concernant la manière dont la Défense nationale commande, entrepose et distribue le matériel pour les Forces armées canadiennes et s’engage à améliorer les capacités d’analyse des données et à s’assurer d’avoir «la bonne approche de la chaîne d’approvisionnement pour nos besoins évolutifs, et pour nous aider à mieux anticiper les besoins à venir.»